RUE
É es!
De A
en
H ISTOIRE
l DE LA
LOUISIANE.
TOME PREMIER:
LA A RQ ER
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à. ad à vs
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2 \
-
M DE LA
UISIANE,
Contenant la Découverte de ce vafte Pays:
2 x
fa Defcription géographique ; un Voyage
dans les Terres|; lHifloire Naturelle :; les
PR UE se
_Moœurs, Coûtumes & Religion des Natu-
| DU tr,
rels , avec leurs Origines ; deux Voyages
dans le Nord du nouveau Mexique, dont
un jufqu’à la Mer du Sud ; ornée de deux
_ Cartes & de 40 Planches en Faille douce.
_—
Chez La Veuve DreracuErre, rue S, Jacques, à--
a.
sl4
l
Par M, Lr Puce ov PRATz.
TOME PREMIER.
e
A PARIS,
DE BurE, l’Aiîné, furle Quai des Auguñins;
46, Paul. ï
POhivier. e
LAMBERT, rue de Ja Comédie-Frinçoiles
y M HG NEA LU ae ARE ET SU 0
M, DCC, L VIII.
ARENA CAEN
Dir ee TATEE
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| GG BxÉNÈNES Ne ES +
PRÉFACE.
DEAN A Fruhce depuis plufeurs
AU | P
L a années s Fate aflez vive=
a Vs AE Gate ; pour que Je croye
faire au Public un véritable préfent,
en communiquant les connoiffances :
que 7° aide ce vaité Pays, où j'ai de-
_ meuré feizé ans. S'il éf toujours
agréable de prendre une idée un peu
détaillée d'un Pays n ee ln “et
pas moins eflentiel de le connoître
éxaétement ; & lPintérês que je prends
au bien de ma Patrie, exige que je lui
découvre le nouveau fonds de Con
- merce que la Nature lui préfente dans
les Résions éloignées, & que l'induf-
trie de l’homme peut préparer pour
_ nous fournir par fon moyen un fur-
croît de commodités & d'abondance. |
Les faux jugèmens qu'on a portés
fur cette contrée de l Amérique , fems
blent même inviter un bon Patriote à
: | ma
y] PRÉFACE
_ xedreffer les idées & à en donner de
quites, On fçait tout ce que l’on a dit
_& penfé de défavantageux fur le Mi-
Micipi, nom que le Vuigaire affecte
de donner à ce Pays, quoique le
premier & le véritable foit celui de la
Louifiane que je lui confére. Il eft
donc abfolument néceffaire de dé-
truire ces faux jugemens occafionnés
par des Relations infideles, fouvent
pleines de malignité, & prefque tou-
jours d’ignorance : je ne puis donc
efpérer d’en venir à bout qu'en pu-
bliant cette Hifloire. On y verranon-
feulement avec quelle impartialité
j'ai confidéré la Louiliane ,. mais en-
core avec quelle attention J'enaiexa-
miné les produéëtions.
Je donne de ce Pays une Defcrip=
tion géographique exaëte & très-dé-
taillée : j'ai mis dans le premier volu-
me & en Jeur place deux Cartes de la
Louifiane , une générale & une plus
petite à grands points, lefquelles font
bien différentes de celles qui ont pa-
rû jufqu’à préfent, parce que J'ai été
fur les lieux, que jai vü les originaux
< or « ] -. à.” j 7) c 6," £
Se # + } 0 :
è g ; Æ
« 1
F o - À 1
PORP PRE ACES |
des Cartes Efpagnoles , & que j'ai eu
d’ailleurs des connoiffances certaines
de la partie de l'Ousft & du Nord, où
eft cette Province. |
Après y avoir demeuré quelques
années ; j'acquis une connoiflance
. particuliere des Simples ; & j'en en-
voyai plus de trois cent à la Compa-
gnie d'Occident , & dont j'indiquat
les vertus. Je fisaufli quelques décou-
vértes ; qui auroieñt dû, ce me fem-
ble , calmer l'ardeur de mes recher-
chés; maïs j'avois un plaifir fécret à
_ découvrir tous les joursquelque chofe
de nouveau; êt afin que dans la fuite je
_puffe être utile au Public, jentrepris
F
un Voyage de cinq mois dans l'inté-
rieur des Terres, pour m’aflurerainfi
par moi-même des productions mer-
__ veilleufes de ce Pays, auffi agréable à
la vüe , qu'il féroit avantageux à cul-
La Defcriprion de ce Voyage eft
_ fuivie de P'Arricle qui traite de la Na-
ture des Terres de la Louifiane : jy
fais connoïître la qualité de chaque
terrein en particulier, les Mines &
: ali}
viij PRÉFACE.
les Carrieres qu’il renferme, & les
différentes efpéces de Plantes qu’il
peut produire. J'y fais régner un ordre
qui doit farisfaire l’efprit du Lecteur ;
& tout y eft détaillé de maniere , que
la Carte à la main, on pourroit de
fon cabinet former le plan d’une Ha-
bitation avantageufe, & prefque avec
autant de juiteffe que fi l’on étoit fur .
des lieux. Fe
Dans [a feconde Partie de cette
Hiftoire, jetraite des graines & des
fruits, dés arbres fruitiers, de ceux
de haute futaye, de leurs qualités &
utilités, des arbuftes, des autres plan-
tes & de leurs propriétés, des Ani-
maux quadrupédes & des reptiles , -
des Oiïfeaux & des Poiffons , avec des
figures fur différents fujets ; en un
mot je rapporte les produétions de la
Louifiane,, que mesrecherches n'ont
permis d'acquérir, & je ne parle que
de ce qui eft propre à ce Pays.
Après ce détail, je pañle à ce qui.
regarde particuliérement les Naturels
de cette Province : je décris leurs
travaux & leurs ouvrages ordinaires,
PRÉFACE: 1x
… leurs habillemens , leur hiftoire, leur
… fituation, les Étabflemiens ou Poftes
François, & la Capitale 3 enfin les
… mœurs, la Langue & la Religion des
_ Peuples de la Louifiane, leurs Fêtes
& leur maniere de faire la Guerre.
La troifiéme Partie contient la fuite
“# mœurs & des cérémonies reli-
( gieufe de cette Nation.
L'origine des Peuples de l’Amé-
rique eft une matiere affez curieufe
_& aflez intéreflante , > qu'aucun Au-
teur n ’a encore pü traiter à fond juf=
qu'à préfent d'une maniere fatisfai-
fante, faute d’avoir eu des principes
folides fur lefquels il fe fñt appuyé,
. Je ne me contenterai point de par-
‘er de l'origine des Peuples de cette
| Colonie dont je fais l'Hiftoire ; je
traiterai en même tems de celles de
œous les Peuples de l'Amérique en
général. Je donnerai les preuves les :
_ plus convaïnquantes que l’on puifle
. défirer à ce fujet, fur lequel l'Hifioire
_de l’ancien Monde ne nous dit rien
de pofitif, Quoique celle du nouveau -
Monde ne foit point écrite, elle ng
a V
*. PREFAOË
“aille pas que d'être füre, du moins *
ma-telle paru fidéle. Je confens au
refte qu'on ne prenne ces preuves que
pour des conjeétures, dont} je me fuis :
_- inftruit fur les Heure mais je penfe
qu'on fera obligé d'avouer qu’elles |
font fortes. Je n’ai garde d’étendremes !
vûes fur l'avenir ? néanmoins je fuis
charmé € avoir fait pendant monfé- :
jour en cette Province les Décou-
vertes que je donne au Public, par.
ce qu'il n'eft guéres croyable qu'il fe
trouve jamais parmi toutes les Na«
tions de l’Amérique Septentrionale !
aucun homme, qui par la fuite püût
donner aux Francois des connoiffan+
ces femblablés à celles que ’ai ac
quifes par le nioyen de ceux à qui je
m'en {uis informé, attendu que cette
Nation ne fubfifte plus.Piofeurs Sca=
. vans qui ont vû cet objet dans le Jour-
nal Economique , où javois inféré
un Abrégé de l'Hiftoire de Ja Loui-
fiane, n'ont témoigné que je Te
mettre cet article plus dérailié,
dans un même Corps d'Ouvrage sil
que tout ce qui concerne la Louiliane:
! PRÉFACE. Lt
& les Peuples qui Phabitent; & c’eit
ce qui m'a déterminé à y travailler &
_àle donner au Public.
Je décris enfuite un Voyage depuis
(ie centre de cette Province, jufqu’a
_ fa Mer du Sud, & un autre au Nord-
Oueft de cette Colonie. Ces deux
- Voyages donnent de grandes con-
noiffances touchant les Peuples de
ces contrées , & font très-utiies à
ceux qui feroient curieux de fcavoir
la fituation des Pays qui confinent ,
_ ou qui font peu éloignés de l'endroit
. où l’on croit devoir être la Mer de
P'Oueft. Je fais enfuite le tableau de
_ {a Guerre contre les Natchez, & ce
ui de leur deftruction.
L’évenement du Maffacre des
François aux Natchez a été fcû en
France dans fontems , & a fait frémir
d'horreur les honnêtes gens ; mais les
_circonftances n’en ont été connues
que de très-peu de perfonnes » lef-
quelles pour la plûpart n°y ont nulle-
ment ajouté foi ; parce que le fait
paroît en effet incroyable ; aufli me
rs) Je bien de le raconter, sil
5 prérac
_ N'y avoit pas encore quelque peu de
perfonnes vivantes qui en font réchap:
pées , même une à Paris qui eftaflez
gonaue , c'eft M. Gonichon. .
_ Ayant aïinfi donné une cofinoif-.
fance exaûte de la Louiliane , de la:
nature de fon Sol, dé toutes fes pro-
duétions, du caraétére de fes Peü-
ples, je me permets quelques réfle+
xions fur ce qui eccafonne la Guerre
dans ce Pays, & je donneles moyens
de l’éviter ; &-fi on eft obligé de la
faire ; je promets les moyens de s’en!
tirer avec avantage & à peu de frais >
de telle forte même, que fans expofer:
beaucoup les Trouves, les plus fortes |
Nations du Favs trembleroient au
feul nom des Francois, -
… Dans l’article fuivant, je traite de
lAcriculture, c’eft-a-diré de [a ma-
niere de cultiver & préparer les pro= :
duétions de ce Pays qui peuvent en-
trer dans le Commerce. Je parle en-
fuite de celui que l’on y fait & que
l'on y peut faire, tant avec l’Europe,
qu'avec les Ifles Françoifes de l'Amé-
rique , & avec les Efpagnols , ainfi
AA
Un
6
# Loi |
DO PREFPACE. xy
‘que des Marchandifes que ceux-ci ap=
Portent.- Enfin mes dernieres réfle-
xions s'étendent fur tous les avanta-
ges que lon peut tirer fans peine de
ce riche Pays pour la gloire du Roï,
le bien de fon fervice, & le bonheur
de ceux qui l’habitent. |
_ Malgré toutes mes recherches &
mes obfervations , malgré mes décou-
\vertes & mes expériences, Jai crû
devoir communiquer mon Manufcrit
original à des perfonnes refpectables,
qui ont occupé dignement & durant
‘plufieurs années les premieres places
dans cette Colonie. Ces Officiers qui
çonnoiflent cette Province , m'ont
exhorté à faire imprimer promte-
ment cette Hiftoire. Ro
: Lertroifiéme volume de l'Hifoire
Critique de la Philofophie per M.
des Landes, page 59. parle de la
Louifians comme d'une terre fiérile ;
L& fous le Soi de laquelle font des
“Lacs fouterraios qui nourriflent des
poiflons empailonnés. La premiere
de ces allégations, c'eft-:-dire la fié-
_xilité prétendue de ce Fays, eft de.
sy. PRE FAC
puis quarante ans démentie par”
tous les Habirans de la Colonie. Sa
fertilité , très-fupérieure à celle des
plus heureux climats de l'Europe, eft «
reconnue fans contradiétion. Quand «
à la fable des Lacs fouterrains, jJen’en «
ai jamais oui parler dans le Pays :
d’ailleurs, quoique je parle d'un Can- :
ton où il paroit qu'il y a des Mines
de fel, parce quil en fort plufieurs
fources d’eau falée, je n'ai jamais |
entendu dire aux Naturels, dont je
parle la Langue, & qui y alloient !
faire du fel, qu'il yeütnien cet en-
droit, ni ailleurs des Lacs fouter-
sains, ni du poiffon empoifonné ;
enforte que 7 aurois laiflé ces alléoa-
tions dans l’oubli qu’elles méritent,
fins le nom refpe&able de l’Auteur
. du Livre qui les rapporte; mais quel.
que réputation quil fe foit acquife
dans la République des Lettres, il
n'eft perfonne à l’abri des méprifes,
& je dois à fa mémoire la juftice de
ublier que depuis mon retour en
np & dans plufeurs converfa-
tions familicres que j'ai eues avec lui
ne PRÉFACE. Fo.
Ace fujet, je l'ai trouvé abfolument
revenu de fes faufles idées; & il eft
convenu de bonne foi quil avoit
adopté trop facilement ce que l'on
Jui avoit dit.
… Ileneft de même à peu- près d'un
” Auteur vénérable qui rapporte la mort
du Soleil Serpent-Piqué , dont je
parle aufli dans cette Hiftoire; illa
_ met quelques années plus tard que
; Je ne fais , parce que j'ai été préfent
à cette ARR , & quau contraire il
ne l'a apprife que depuis fon retour
* en France. Je lui en ai parlé ily a
. quelque tems , & il me promit
_ alors de changer la datte de cette
mort dans la feconde édition quil
. cfpéroit faire de fon Ouvrage.
J'avertis Le Public de ces chofes,
pour qu'il {cache faire la différence
| d’un Auteur qui a féjourné plufieurs
| années dans le Pays dose il écrit
. l'Hiftoire, & qui en parle la Langue,
Ridavec ceux qui n'écrivent que fur .
ques OUI-dire, ou qui ne fcavent point
| la Langue du Pays dont ‘ils écrivent
T'Hifloire. Quand même ils yauroient
) (L'he re. N | te (E
XV] PR É F À c E.
été, ilneft pas furprenant « que ces
Auteurs ayent été trompés. En-
fin je m’eftimerai heureux & très-dé-
dommagé des peines & des foins que
m'ont coûté mes recherches, fi cette
Hiftoire peut être utile au fervice du
Roi, & à l'avantage du Commerce
de ma Patrie, puifque toute ma vie
je n’ai eu d’autre ambition ni d’autres -
défirs , que de pouvoir me rendre:
utile au fervice du Roi & à a l'Etat
HISTOIRE
ee PTE
HISTOIRE
4 PL A
ä LOUISIA NE.
PREMIERE PARTIE.
+ CHAPITRE PREMIER.
» Découverte de la LouIsrANE.
3 pop des François fur la Riyiére
de Mobille : M. de S, Denis va au
nouveau Mexique pour faire un Traité
de Commerce avec les Efpagnols,
1 © RSQUE les Ffpagnols
fe furent établis dans les
grandes Antilles ,isne
tardérent pas à aller re-
rer connoître les côtes du
Golfe du Mexique. Lucas Vafquez de
illon aborda en 1520 au Continent
Tome E À
57
ST Re RE St si :
à
AN :"Hifloire : NES
de la partie Septentrionale de ce Gol-
fe, & fut favorablement reçû des peu-
ples du pays, qui lui firent des pré-
fens en or, en perles & en lames d’ar-
gent. Cette bonne réception l'engagea
À y retourner quatre ans après : maïs les
Naturels ayant changé de fentiment à 4
{on égard , luituerent deux cens hom-
mes , & le contraignirent à fe retirer.
En 1528, Pamphile Néfunez mit &
à terre fur cette côte ; & ayant recü !
des premieres Nations qu'ilrencontra,
des préfens en or, qu'elles lui frent !
connoître par fignes venir des mon-
tagnes des Apalaches , dans le pays
qui porte aujourd’hui le nom de Flo-
de , il entreprit d'y aller, & s'en-#
gagea dans une route de vingt-cinq |
journées. Dans cette marche, il fut fi
fouvent attaqué par les peuples nou,
veaux qu'il découvrit, & perdit tant |
de monde, qu’il ne penfa plus qu'a fe
rembarquer avec ce qui lui en reftoit :
trop heureux d'échapper lui-même aux
dangers aufquel il s’'étoit ‘imprudem=
ment expolé. M
La Rélation de Dominique Soto;
ui en 1539 aborda dans la Baye du
é. Efprit , eit fi romanefque, & fi con
flumment démentie par tous ceux qui
dt
som »
ES
- \
»
Rs æ . {
Se re gd PÉR—
: =
- de la Louilianes +
ont voyagé dans ce pays, que loin
d'ajouter foi à ce que nous dit P'Hif-
torien de ce Capitaine, on doit être
au contraire perfuadé que fon entre -
prife n’eut pas un heureux fuccès,
puilqu’il n’eneft pas plus refté de vefti-
es que de ceux qui l’avoient précédé.
L'inutilité de ces tentatives ne rebuta
point les Efpagnols. Après avoir dé-
couvert la Floride, ils ne virent point
fans jaloufie les François s'y établir en
1564, fous la conduite de René de
- Laudoniere, que l'Ariral de Coligny
yavoitenvoyé, & qui y avoit con-
fruit le Fort Carolin, dont on voit
encore les ruines fix lieues au-deflus
de celui de Penfacola. Ils les y atta-
“querent peu de tems après ; & les
ayant forcé à capituler , ils les égor-
gerent cruellement, fans aucun égard
au Traité conclu aveceux. Conme la
France éroit alors plongée dans les
“malheurs des Gueres de Religion,
cette action barbaré feroit demeurée
impunie, fi un feul homme du “ont
de Marfan, nommé Dominique de
Gourgues, n’eût entrepris d’en tirer
vengeance au nom de la Nation fl
arma en 1567, pañla à la Floride,
prit crois Forts que les Eipagnols
Po
4. Hifloire A
avoient conftruits ; écenayanttuéun «
grand nombre dans les différentes at-
taques , il pendit le refte. Il établit
enfuite un nouveau polte , & revint en
France ; maïs le défordre des affaires :
de l'Etat ne permit point de foûtenir
cet Etabliffement , & bientôt les Efpa-
gnols fe remirent en pofleflion de ce
pays , où ils font encore.
Depuis ce tems les François paru-
rent avoir oublié ces parages ; & ils
ne penfoient point du tout à y tenter
des découvertes , lorfque les guerres
qu’ils avoient dans le Canada avec les
Naturels, leur donnerent la connoif-
fance du vafte pays qu'ils poffédent au-
jourd’hui.. Dans une de ces guerres,
un Recollet nommé le P, Hennepin,
fut pris & emmené chez les [Hlinois :
comme il {çavoit un peu de Chirurgie,
il fe rendit utile à ces peuples, & en
fut bien traité. Son calice & fa paté-
ne qui brilloient à leurs yeux, & fon
bréviaire dans lequel ils le voyoient
lire, contribuerent aufli à le faire ref-
pecter, parce que toutes ces chofes
leur paroifloient être des Efprits avec
jefquels ils’entretenoit. Jouiffant donc
d’une entiere liberté, ce Religieux
parcourut le pays, & fuivit aflez longs
| de la Louifiane. $
tems Îles bords du Fleuve S. Louis,
- où Mifficipi ; mais il ne put aller juf
- qu’à fon embouchure. Cependantil ne
laiffa pas de prendre poñleffion de ce
… pays au nom de Louis XIV, & lui
. donna le nom de Louifiane. Lorfque la
Providence lui eut facilité fon retour
en Canada, il y fit le détail le plus
avantageux de ce qu'il avoit vü; &c
. étant de retour en France, il en com-
- pofa une Rélation qu’il dédia à M, Col-
bert. |
Les connoïffances qu'il avoit don-
mées de la Louifiane ne tarderent pas
“à porter leur fruit. M. de la Salle,
“auili connu par fon malheur que par
“fon courage , entreprit de traver{er
jufqu'à la mer ces terres inconnues.
“Il partit de Quebec en 1679 avec un
gros Détachement; & étant entré chez
es Illinois, il y conftruifit le premier
Fort que la France y ait eu. [l lui don- Premier Fors
na le nom de Crevecœur , & y laïffa une
“bonne Garnifon , fous le commande- ne aux Illinois
ment du Chevalier de Tonti. De-là
1 defcendit fur le Fleuve S. Louis,
.jufqu’à fon embouchure , qui, comme
ïla été dit, eft dans le Golfe du Mexi-
que ; & après avoir fait fes obferya-
tions , & pris hauteur le mieux qu'il
À iij
+ Hifioire
put, il retourna par le même chemin
à Quebec, d’où il pafla en France.
Lorfqwil eut fait à M. Colbert le :
récit de fon voyage, ce grand Minif- |
tre qui connut de quelle importance il
étoit pour l'Etat de s’affürer d’un fi beau
& fi grand pays, n’héfita point à lui don-
ner un Vaifleau & une petite Frégate,
pour aller reconnoître par le Golfe du
. Mexique, l'embouchure du Fleuve S.
Louis. Il partit en 168$. Mais fes Ob-
fervations n'ayant pas eu, fans doute ,
toute la juftefle requife , quand il fut ar-
rivé dans le Golfe, il dépafla le Fleuve ;
& courant trop à lOueft , il entra dans
la Baye S. Bernard. Quelque méfin-
tellivence étant furvenue entre lui 6e
les CMiciers des Vaifleaux . 1l fe fit dé-
barquer avec le monde qui étoit fouà
fes ordres ; & ayant établi un poñte
en ce lieu , il entreprit d’aller par terre
chercher le grand Fleuve. Mais après
avoir marché plufieurs jours, quel-
ques-uns de fes gens irrités contre lui
des peines qu'il leur faifoit efluyer .
profiterent d’un tems où il fe trouvoit
| avec eux féparé du refte de fa troupe .
ro des & l’affaffinerent indignement. La trou-
dkanfs. pe, quoique privée de fon Chef, con=
tinua fa route, traver{à un grand nome
ee png game > M
de la Louifiane. 7
_ bre de rivieres, & arriva enfin aux
Arkanfas , où elle trouva contre toute
* attente un pofte François nouvellement
établi. Le Chevalier de Tonti étoit
. defcendu du Fort des Illinois , jufqu’à
Pembouchure du Fleuve , vers le tems
où il avoit jugé que M. de la Salle
pourroit y être arrivé par mer. Ne
Payant point trouvé, il avoit remonté
. ke Fleuve pour fe rendre à fon pofte ;
& chemin faifant, étant entré dans la
Riviere des Arkanfas jufqu’au Village
. de cette Nation, avec qui il fit allian-
ce, quelques-uns de fes gens le prie-
. rent de les y établir, ce qu'il leur ac-
… corda. Îl en laiffa dix , & cette petite
… habitation s’eit foûtenue & fortifiée ;
. non-feulement parce que de tems à au-
-tre elle à été groflie par quelques Ca-
nadiens qui ont defcendu ce Fleuve ;
« mais fur-tout parce que ceux qui la
formoient, ont eu la fagefle de vivre
en paix avec les Naturels, & ont traité
comme légitimes les enfans qu’ils ont
eus des filles des Arkanfas, avec qui
ils fe font alliés par nécefhité. |
…_ Le bruit de la beauté de la Louifia-
ne s'étant répandu dans le Canada,
plufieurs François de ce pays allerent y
demeurer, & fe difperlerent chacun
À. iv
Premier Eta-
bliflement des
Ô H'floire
felon fon gré, le long du Fleuve S.
Louis, principalement vers {on em-
bouchure, & même dans quelques Ifles
de la côte & fur la Riviére de Mobille,
qui eft plus voifine du Canada. La fa.
cilité du commerce avecS. Domingue,
étoit fans doute ce qui les attiroit dans
2 voifinage de la mer, quoiqu’à tous
sards l'intérieur du pays füt préfé-
rable e. Cependant ces Etablifiemens
épars , _incapebles de fe foutenir par
eux-mêmes , & trop éloignés les uns
des autres pour s’entr'aider , ne garan-
tifloient pas la poffeffion de ce pays, &
même'n’écoit pas une prife de pofieflion
véritable. La I ouifiane refta dans cet
état négligé, jufqu’a ce que M. d'Hi-
berville, Chef d'Efcadre, ayant dé-
couvert en 1698 les embouchures du
Fleuve S. Louis , & ayant été nom-
mé Gouverneur général de certe vaite
contrée, y portaen 1 699 la premiere
obuic. Comme il étoit du Canada,
elle fut prefque toute compofée de Ca-
nadiens, entre lefquels fe diftingua fur-
tout M. de Luchereau de S. Denis,
oncie de Madame d’'Hiberville.
L’établiflement fe fit fur la Riviére
Yrancoïs dans de Mobiile avec toute la facilité qu’on
fa Louifiare fur
la Mobilles
pouvoit défirer ; mais ces progrès fus L
de La Louifiane. 9
rent lents ; parce que ces premiers Ha-
. bitans n’avoient rien au-deflus des Na-
turels pour Les néceflités de la vie que
leur propre induftrie , & quelques ou-
tils grofliers pour donner aux bois les
façons les plus fimples. |
_ La guerre qu’avoit alors à foutenir
Louis XIV , & les befoins urgens de
l'Etat abforboïent fans cefle l’atrten-
EL D : 5 ET
id UNE : ve :
D D PO Ra 2
p=
tion des Miniftres ; & ne leur permet-
soit point de penfer à la Louifiane,
Ce que l'on crut alors pouvoir faire
de mieux, fut de la donner en con-
cefhon à quelque riche Particulier, qui
trouvant fon intérêt a mettre ce pays
* en valeur, feroit le bien de l'Etat , en
_ travaillant au fien propre. La Louifia-
ne fut donc ainfi cédée à M. Crozat..
El eft à. préfumer que fi M. d'Hiber-
_ ville eüt vécu plus longtems, la Co
lonie.auroit fait des progrès confidé-
rables ; mais cer illuftre Marin, dont
Pautorité étoit grande , étant mort à
la Havanne, un longtems s’écoula né-
ceflairement avant qu’un nouveau Gou-
verneur arrivät de France. Celui qui
… futchoifi pour remplir ce pofte, fut M.
de la Morte Cadillac, qui débarqua
dans.ce pays au mois de Juin 17124.
La. Colonie: n'avoir que des mar=
| À À y
\
HO . Hifloire 10
chandifes en petite quantité, & Par
"1
gent étoit encore plus rare. On lan-
guifloit plütôt qu’on ne vivoit dans
un des plus excellens pays du monde,
parce que l’on étoit dans Fimpofhbili-
té de faire les travaux &c les premieres.
avances que les meilleures terres de-
mandent. Une Lettre que l’on remit à
M. dela Motte , quelque tems après
{on arrivée , parut ouvrir une voye
pour fortir d'une fituation fi fâcheule.
Les Efpagnols ont long-tems re-
gardé la Louifiane comme devant leur
appartenir, parce qu’elle fait la plus
grande partie de la Floride, qu'ils
?
avoient découverte les premiers. Les
-mouvemens que fe donnoient alors les.
François pour s’y établir, réveillerent
eur jaloufie ; ils conçurent le defleim: :
de nous borner en s’établiffant aux
Affinaïs , Nation peu diftante des
Naétchitoches , où quelques François.
avoient déjà pénétré. fl: ne trouvoient
pas peu de difficulté à former cet Eta<
lifement ; & ne fçachant comment
en venir à bout, un Pere Ydalgo,
Recollet, s’avifa d'écrire aux Fran-
çois pour les prier d'aider les Efpa-
gnols à établir une Mifion chez les
Afinaïs. El fit trois copies de fa Lettre,
|
PE
| de la Louifianes ri
qu'il envoya à tout hazard de trois cô-
tés différens vers nos habitations, ef-
pérant du moins que lune des trois
tomberoit entre les mains de quelques
" François. LUN
. Ilne fe trompa point dans fa con-
jecture. Une de fes Lettres parvint aux:
François, & de pofte en poifte & de
main en main fut remife à M. de la
Motte.. Ce Général continuellement
occupé des befoins de la Colonie, &
des moyens de la foulager , n’apper-
çGut point dans cette Lettre l'intention
des Efpagnols. Il n'y vit qu'une
voye füre & courte de remédier aux.
* maux prélens, en favorifant les Ef-
. pagnols, & faifant avec euxun Traité
de Commerce qui procureroit à la Co-
lonie ce qui lui manquoit , &c dont les
Efpagnols abondoient ; c’eft- à - dire
… des chevaux , des befliaux & de Par-
… gent. Îl communiqua donc cette Let-
tre & fes intentions à M.de S. Denis,
à qui il propofa de faire par terre le:
voyage du Mexique.
M. de S: Denis, depuis quatorze:
… ans quil étoit dans la Louifiane , avoic:
_ fait de côtés & d’autres beaucoup de:
voyages. Ii fcavoit généralement tou-
sesles Langues desdifférentes Nations,
| | À vi},
f, de 8, Denis
“ part pour le
souveauMesi-
Que
T2 Hifhire
qui l'habiteht, & s’étoit fait aimer &
eftimer de ces peuples, au point qu'ils
lavoient reconnu pour leur grand
Chef. Ce Gentilhomme , d’ailleurs
plein de courage , de prudence & de
force, étoit ne le plus propre que
M. de la Motte pût choifir pour exé-
cuter fon deflein.
Quelque pénible que fût PAneUtE
fe, M. de S. Denis s’en chargea avec
plaifir, & partit avec vingt-cinq hom:
mes. Cette petite troupe auroit enco-
re un peu figuré , fi elle fe fût confer--
vée en fon entier ; maïs quelques-uns
abandonnerent M. de 8. Denis en che-
min, & plufieurs refterent aux Nact-
chitoches , chez qui il pañla. Il fut
donc réduit < à partir de ce lieu accom-
pagné feulement de dix hommes, avec
lefquels 1l traverfa plus de cent cin-
quante lisues de Pays entierement dé-
peuplé, n'ayant trouvé fur fa route.
aucune Nation jufqu’au Préfide ou
Fortereffe de S. Jean Baptifte , fur la
Riviére du Nord dans. le nouveau
Mexique.
Le Gouverneur de ce Préfide étoit
D, Diegue Raimond, Officier avancé
en âge, Îl reçut favorablement M. de 4
S. Denis, qui lui dit que le motit de #
= de la Louifiane: 53
fon voyage étoit la Lettre du P. Vdal-
… go, & qu'il avoit ordre de pañfer à
Mexico, Mais comme les Efpagnols
ne laifent pas volontièrs les Etrangers
voyager dans les terres de leur domi-
nation en Amérique , de peur que la
À
vüe de ces beaux pays ne donnent à
ces Etrangers des idées dont les fuites
pourroient être contr’eux d’une gran-
de conféquence, D. Diegue ne voulut
point permettre à M. de S. Denis de
continuer fa route, fans'avoir aupara-
vant le confentement du Vice-Roi. EE
fallut donc dépêcher un Courier à
Mexico, & attendre fon retour. La
lenteur de l'expédition, & celle du
voyage firent faire à M.de S. Denis
un très-long féjour au Préfide de S,
Jean-Baptifte , pendant lequel il ga-
gna plus que les bonnes graces du Gou--
verneur. D. Diegue avoit avec lui fa
famille, qui confiftoit en un fils, une
fille veuve , la fille d’une autre de fes
filles qui étoit morte. Cette jeune per-
fonne étoit déjà d’âge à être mariée 5.
& dès au fortir de l’enfance elle avoir
dans lefprit qu’elle n’épouferoit point.
d'Efpagnol , mais qu’elle étoit defti-
née à un Etranger. Cet Etranger fe
fe trouva être M, de S, Denis. La
T4 Hiffoire
tante l'ayant pris en affection , it fie
connoître fa niéce , & s'étant conve--
nus de part & d’autre, on prit des:
mefures fi jufies pour en parler à D.
Diegue, qu'il v confentit avec plaifir..
Ainf il fut arrêté que M. de S. Denis:
au retour de Mexico épouferoit la De-
moifelle.
Le Courier que les difpofitions fai--
foient attendre avec une double im-
patience, arriva enfin avec la permif
fion du Duc de Linarez, Vice-Roi du:
Mexique. Aufli-tôt M. de S. Denis {e:
mit en marche , & fe rendit à Mexico:
le $ Juin 171 Fe Le Vice-Roi aimoit
naturellement la France, & fe propo-
foir , lorfque le tems de fon Gouver-
nement {eroit fini, de venir à Paris:
pañler le refte de fes j jours. M. de S:.
Denis en fut donc favorablement ac-
cucillil, à quelques précautions près ,
que le Duc jugeoit à propos de pren:
dre,pourne point effaroucher quelques:
Officiers de Jufice qui l environnoient,
& dont le cœurconiervoit encore dans:
toute fa force l’ancienne antipathie qui:
n’a que trop longtems regnée entre les:
deux Nations,
Les affaires ne traînerent' point « en.
longueur, Le Duc de Linarez ayant.
de la Louifiane. ré
promis de faire un Fraité de Commer-
ce, lorfque les Efpagnols feroient aux.
Aflinais, M. de S. Denis fe chargea de:
les y établir en retournant à la Loui-
fiane.
Le Pere Ydalgo étoit alors à Mexi-
co ; il vit M. de S. Denis, & fça-
chant ce qui étoit arrêté avec le Vi-
_ce-Roi & lui, il le pria d’en taire le:
fecret à fon Compagnon le P. Oliva-
rez mefprit jaloux, inquiet & dange-
eu donc il vouloir fe débaraffer. M.
de S. Denis le lui promit , Jui. tint
parole, & ne penfa plus qu’à retourner
au Préfide de S. Jean-Baptife. LeP.
. Ydalgo de fon côté ne tarda pas à s’y
j rendre.
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CHAPITRE II.
Retour de M. de S. Denis: Ce Com-
. mandant établit les Ffpagnols aux:
Affinais : M. de S. Denis part de.
nouveau pour Mexico + Ses iraverfes
dans ce fecond Voyage. Son retour.
Préfide de S. Jean-Baptifte fut
bientôt fuivi de fes nôces, dont les.
| réjouiffances durerent quelques jours.
Mariage de
D On penfa enfuite à former la Caravane.
avec une Ef- qui devoit s'établir aux Affinais, 6
pagnole.. M, de S. Denis laiffant fa femme chez.
fon ayeul , fe mit à la‘têce de cette.
troupe, & la conduifit heureulement:
au lieu deftiné.
Alors , en qualité de grand Chéts
ayant aflemblé la Nation des Afliraïs,.
à
il l’exhorta à recevoir les Efpagnols ,
& à les bien traiter. La vénération:
que ces peuples avoient pour lui, les
fit plier fous fes volontés, & la pro-
mefle qu’il avoir faite au Duc de Li
narez fut ainfi fidélement accomplie.
Les Aflinaïs font à cinquante lieues
E retour de M. de S. p#. au.
1 _ de la Louifiane. LT
* des Na@chitoches. Les Efpaznols fe
D trouvant encore trop éloignésde nous,
« fe font fervi de ce premier Etabliffe-
ment , pour en former unfecond chez
. les Adaïes, Nation qui eft à dix lieues de
… notre pote des Naétchitoches.Pardails
nous refferrent du côté du Couchanc
dans le voifinage du Fieuve S. Louis :
depuis il na pas tenu à eux qu’ils ne
nous ayent bornés du côté du Nord,
: C’eft ce que je rapporterai en fon lieu.
. À cette Anecdote de leur Hiftoire,
L j'ajoütérai én deux mots celle de leur
» rérabliffement à Penfacola, fur la côte
de la Floride , trois mois après que
- M. d'Eliberville eut porté les premiers
Habirans à la Lovuifiane , ce pays étant
_ refté inhabité par les Européens depuis
. que la Garnifon qu'y avoit laiffé Domi-
nique de Gourgues, eut péri ou défer-
- té, faure d’avoir été entretenue.
__… Je reviens à M. de la Motte, & à
M. de S. Denis. Le premier toujours
occupé du deffein d’avoir un Traité de
Commerce avec les Efpagnols; & char-
mé du fuccès qu’avoit eu le voyage au
Mexique de M. de S. Denis, lui pro-
pofa d’y retourner, ne doutant point
que le Duc de Linarez ne tint parole,
comme on la lui avoit tenue, M. des,
18. Hifloire
Denis, toujours prêt à aller, & à qui.
fon mariage avec une Efpagnole de-
voit donner de grandes prérogatives,
accepta la Commiffion que lui donnoic
fon Général. Maïs il ne falloit pas faire
ce fecond voyage comme le premier ;
il convenoit qu'il portät avec lui des
marchandifes , afind’exécuter ce Trai-
té, aufli-tôt qu'il feroit conclu , & de
s'indemnifer de la dépenfe qu'il alloit
faire. Quoique les magafins de M.
Crozat fuflent pleins, il ne fut pas
facile d’avoir des marchandifes. Les
Commis n'en voulurent point donner
à crédit ; ils refuferent même la cau-
tion de M. dela Motte ; & on ne pou-
voit les payer: car d’où auroit-on tiré
de Pargent ? Le pays n’en produit
point. Il fallur donc que le Gouver-
neur formât une Compagnie de ceux
qui étoient les plus folvables de la Co-
Jonie 3 & ce ne fut qu’à cette Com-
pagnie, que les Commis fe détermi-
nerent à avancer ce qu’on leur deman-
Défauts ordi- doit. Cet expédient n'étoit point du
maires qui font À : sure
échouer les goût de M de S. Denis : ii s'en ou-
plus belles en- yrit À M. de la Motte, & lui dit que:
treprifes , l’in- ; à
docilité : Pa_ {es Affociés voudroient accompagner,
varice, lPindif ou tous où en partie, ce dont ils:
erétion ” : , rer
* avoient répondu ; & qu’au lieu qu'il
de la Louifiane. F9
étoit abfolument néceflaire que les
effets paruflent n’appartenir qu’à lui
feul , ils ne manqueroient jamais de
faire connoître qu’ils en étoient les
_ propriétaires ; ce qui fufhiroit pour les
faire confifquer , le commerce n’étant
point ouvert entre les deux Nations.
M. de la Motte fentit la folidité de
ces raïfons ; maïs l’impoflhbilité de faire
autrement , le contraignit de pañler où-
tre ; & tout ce que M. de S. Denis
avoit prévü, ne tarda pas d’arriver.
Il partit de la Mobille le 13 Août
1716 , efcorté ,commeil le craignoit »
de quelques-uns de fes intéreflés ; &
étant arrivé aux Affinaïs , il y paffa
l'hyver. Il fe mit en route le dix-neuf
Mars de l’année fuivante , & fe ren-
dit au Préfide de S. Jean - Baptifle.
M. de S. Denis annonça ces marchan-
- difes, comme étant à lui, afin d’ob-
vier à la confifcation, dont autre-
ment il n’auroit pû les garantir ; & il
voulut en faire quelques libéralités
pour fe concilier l’amitié des Efpa-
gnols. Mais Pindocilité , l’avarice &
Pindifcrétion des intéreffés rompit tou-
tes fes mefures ; & pour n’en point
voir la déroute entiere, il fe hâta de
partir pour Mexico. Il arriva dans:
26: Fijioire 4
cette ville le 14 Mai 1717. Le Due
de Linarez y étoit encore, mais ma-
lade & au lit de la mort. M. de S.
Denis eut cependant le tems de le
voir, il en fut reconnu ; & ce Sei-
- gneur le fit recommander au Vice-
Roi qui lui avoit fuccédé. C’étoit le
Marquis de Baléro , aufi contraire
aux françois que le Duc leur étoit
favorable. Re ù
… M. de S. Denis, se fellieta pes
longtems le Marquis de Baléro pour
conclure le Traité de Commerce ; il
eut bien -tôt à fonger à d’autres
affaires. Le P. Olivarez fe trouvant
alors à la Cour du Vice-Roi, ne vit
pas de bon œil celui qui avoit éta-
bli le P. Ydalgo aux Affinaïs, & ré-
folut de fe venger fur lui du chagrin
qu'il confervoit toujours, de n'avoir
point été de cette Miffion. Il s’unit
avec un Officier nommé D. Martin
D’Alarcon, particulierement protégé
par le Marquis de Baléro ; &ilstra-
vaillerent fi bien auprès de ce Sei-
des, Denis oneur , que dans le:tems quille
eit mis en pri- Es D !
fn. à Mexico. attendoit le moins, M.-de S. De-
; nis fe vit arrêté & mis au cachot. If
n’en fortit que le 20 de Décembre de
. cetteannée, par un ordre du Conieil
de la Loufiane. | 21 .
fouverain de Mexico , autel il avoit
trouvé moyen de faire préfenter plu-
fieurs Requêtes. Le Viceroi forcé de
l'élargir , lui donna la ville pour ie
_ fon.
Il ne Peg plus de Traité de
Commerce. M. de S. Denis fongea feu-
lement à tirer partie de fes marchan-
difes, dont fon beau-pere D. Dicgue
Raimond avoit fait pañler ce qu'il avoit
pû dans la Ville de Mexique, où D.
Martin d’Alarcon les avoit fait arrêé-
ter, comme étant de contrebande ;
‘ car il étoit un des Emiflaires de fon
Protefteur , pour faire la chafle aux
Etrangers , qui n'achetoient pas ché-
rement ja permiffion de vendre ce qu’ils
avoient apporté. M. de S. Denis ne
put tirer de fes effets pil Ilés & avariés,
que de quoi fatisfaire à certains frais de
Juftice, qui font énormes dans un Pays
Où touteft or & argent. Du refte il
fubffta au moyen 4 quelque es reflour-
ces, que la Providence lui fournit , &
que l’on ne peut guéres comprendre !
que lorfqu’on les a éprouvées.
Notre Prifonnier ayant plus rien
dans le Mexique qui l’intéreflat , que fa
propre perfonne , fongea férieufement
a la mettre en sûreté ; car il avoit tou-
DEA
M fort furtive-
ment de Mexi-
COs
Son retour à
la Louifianee
22 | Hifloire Au
jours de juftes fujets de craindre quel-
ques mauvais traitemens de la part de
{es trois ennemis déclarés Ayant donc
médité les moyens de fa fuite, il fortit
de Mexico le 25 Septembre 1718,
lorfque la nuit approchoït, & s'étant
mis en embufcade à une certaine dif-
tance de la Ville, il attendit que fa
bonne fortune lui donnât le moyen de
faire la route autrement qu’à pied.
Versles neuf heures du foir, un Ca-
valier pafla fort bien monté. Fondre
{ur lui à Pimprovifte , le démonter ,
fauter fur le cheval, tourner b:ide &
& prendre le galop, ce fut l'ouvrage
d'un moment pour M. de S. Denis.
11 courut jufqu’au jour, & s'écarta
alors du chemin pour fe repofer. Ce
fut fa précaution continuelle jufqu’a
ce qu’il fût près du Préfidede S. Jean-
Baptifte , dont. il n’approcha que la
nuit, & uniquement pour parler à fa
femme, dans un endroit du jardin de
D. Diegue , où il fcavoit qu’elle avoit
coutume de prendre le frais ; de-là il
continua fa route à pied ; & enfin ar-
riva le 2 Avril 1719 à la Colonie
Françoile, où iltrouva de grands chan-
gemens.
_ Près de trois ans s’étoient écoulés
dela Louifiane. 23
depuis le départ de M. de S. Denis
pour le Mexique, jufqu’à fon retour.
Pendant ce long efpace de tems la
conceflion de la Louifiane avoit pañlé
de M. Crozat à la Compagnie des
Indes. M. de la Motte Cadillac étoit
mort , & M. de Biainville, frere de
M. d’Hiberville , lui avoit fuccédé dans
_ le Gouvernement général; le Chef-
lieu de la Colonie n’étoit plus à la Mo-
bille , il n’étoit plus même au vieux
Biloxi, où il avoit été transféré. La
nouvelle Orleans que l’on commençoit
à bâtir, étoit devenue la ville Capi-
_ tale de tout le pays,
M, de S. Denis alla donc à la nou-
velle Orléans trouver M. de Biain-
ville, pour lui rendre compte de fon
voyage. Le peu de luccès qu’il avoit
cu, n'étoit pas propre à engager le
nouveau Gouverneur à fuivre les idées
. de fon prédécefleur : d’ailleurs il avoit
. les fiennes propres & un plan de con-
_ duite tout différent, qu’il a conftam-
… ment fuivi pendant le tems qu’il a été
en place. Ainfi M. de S. Denis r’eut
qu’a fe retirer à fon habitation, où
quelques années après les Efpagnols
Jui envoyerent fa femme , avec un équi-
page de douze bêtes de Somme. Dans
La
224 __ Hifloire |
la fuite le Roï lui donna la Croix de
S. Louis, pour reconnoître & récom-
penfer fes fervices. |
La Compagnie des Indes ayant
fondé de grandes efpérances de com-
merce fur la Louifiane, fit pour-peu-
pler ce pays des efforts capables de la
faire bientôt arriver à fon but. Elle
y envoya dès la premiere fcisen1718,
une Colonie de huit cens hommes,
dont quelques - uns s’établirent à la
nouvelle Orleans, & les autres for-
merent les habitations des Natchez.
Ce fut avec cet embarquement que je
paflai à la Louifiane.
CHAPITRE
dela Louifiane: ,. 25%
Le
CHAPITRE 11E
Embar uement dé‘huit cens. prie >
sp Compagnie d'Occident’ envoye
” à la Louifiane : Arrivée & Ji jour.
au Cap François : Arrivée à l’Ifle
Dauphine: Deftription de cette Île.
Le Commandant Général y reçoit les
Coneeonnairer,
E EMBARQUEMENT fe fc : à la Ro-
chelle fur trois Vaifleaux , fçavoir :
la Viéloire | commandée par M. du
Rouffel, la Duchelle de Nosilles ;par M.
dela Salle, & la Flûte la Marie, com-
mandée par M. Japy, für laquelle je
m'embarquai avéc mes gens ; MM.
_de la Houflaÿye &c plufieurs autres Con
ceffionnaires é étoient ju le même Vaic
feaux. l'CJTe A rio
Les premiérs jours. de notre voya-
ge nous eumes le vent contraire 5 &
quoique la mer ne fût pas ‘Fort grofle , 35
plufieurs paflagers à qui ce tems faifoit:
peur, ayant oui dire que l'on voyoit
la Rochelle, demanderent. qu’on les
mit à rèrre, Les era prévoyant
Tome I.
26 . Hifhoire.
que la plépart y refteroient ; n’eurent
Er de leur accorder leur. demande ;
LS RE ©
ble , : & cèux qui avoienc. nee rega- |
_gner le port, en auroient pour "lors
Baptème des
Paflagers.
été bien: fâchés. Je ne vois riend'in-
téreffant dans.cette routejufqu'amnotre
arrivées. ‘fous. le: tropique du. Cancer.
(1), que l’on nomme le Solftice d'Eté.
L’ufage et, que quand un navire eft
par cette. latitude ; on fait le 2 Bapiême ;
la coutume a. pale en. loi de. forte. |
que, perfonner n’en eft.exemt>. pas mês
mme Le; Capisaine ou fon, Vaifleau, s'ils, |
n’y ont pas encore pañlé ; les a téioual
ont établi cet ufage pour ayeir de quoi
fe divertir an premier port, Cette {or-.
te de cérémppie a Été rapportée, par
un FAP grand : nombre. Auteurs, à
"n°! 2, 4 Er y NA CITE En
Mo : TB ei
@) Cle fscrmebor le Soleil s'arrête le
20 Juin ; d'où gnfuite il retrogradessss Lx
d €
w_L.-
‘4 de la Louifiane. 27
pour en dire quelque chofe ici; en
donnant la piéce aux matelots on en
eft quitte,
.. Après avoir pañlé le Tropique du
Cancer, le Commandant prit trop le
Sud.Notre Capitaine qui écoit un Loup
de mer (1) s’en apperçüt, & noûs dit .
que nous prenions'le chemin des Eco-
iers ; en effet après plufieurs jours de
oute , nous fûmes obligés de nous re-
ever vers le Nord & au large; nous
Fe écouvrimes enfuite l’Ifle de S. Jean
le Porto Rico , qui appartient aux Ef-
| agnols. Quittant la vûe de cette ffle,
po apperçûmes celle de S. Domin-
ue, & peu après en continuant l’on
vi EL Grange, qui eft un rocher élevé
EU g-deffus du Morne ou Ecore (2), qui
É prefque à pic far le bord de la
Mer ; ce rocher vû de loin, paroït
loir la figure d’une grange. Nous
: rivämes peu d'heures après au Cap-
pucois. qui n’eft diflant de ce ro-
pe
x
1
|
|
: bmer dès leur enfance, & ont continuée
(2) Morne ou Ecore eft une Montigne
ii & quelquefois à pic du côté de
re er ou des fleuves, & dont la penie et
is douce du coté des terres; ce qui patoit
e montagne coupée, ;
W sb
nu (1) On donne ce nom à ceux qui ont été
|
FE
2e Hifloire
cher que de douze lieues. !
Nous fümes deux mois en mer avant
Arivée au d'arriver au Cap-Francois, tant à cau-
Per Eransois & des vents contraires que nous eûmes
en partant, que par le retardement que
nous cauferent les calmes qui font fré-
quens dans ces parages ; notre Vaïfleau !
d'ailleurs étant fort & pélant, nous !
avions peine à fuivre les autres , qui ,*
pour ne pas nous quitter, ne por-!
toient que leurs quatre voiles majeurs ,
tandis que nous en avions dix-iept à.
dix-huit. |
C’eft dans ces parages que l’on trou»!
ve les vents alifés ; ces vents font ainftt
nommés parce qu’ils font doux ; mais!
quoiqu'ils foient foibles , on feroit!
beaucoup de chemin, s'ils foufloient
toujours , parce qu’ils vont de l’Eft à.
l’Oüeft fans varier; on n’y voit jamais,
d’orages,mais les calmes ou bonaces re-
tardent fouvent de beaucoup ; il faut
alors attendre quelques jours, & qu'un
Grain ramene le vent (1). L'on n’Y
.
D CE ND. PT
Vents alifése
à.
{1} Onnomme Grain, enterme de mer;
une petite tache dans l'air qui s'étend fort
vite, & forme un nuage , lequel donne ur
vent qui d’abord eft roide, mais dont la ré
pidité ne dute pas, quoiqu'il y en ait aflez
pour faire route, PU 14
s
de la Louifiane. 29
voit d’ailleurs rien de curieux, fice
n’eft là chaffe que les Bonites font aux
Poifjons volans. La Bonite eft un poif-
fon dont la longueur va quelquefois
jufqu’à deux pieds ; il eft fort friand
du poiffon volant ; c’eft pour cela qu’il
fe tient toujours où il y a de ces der-
niers. La Bonite a la chair très-déli-
cate & d’un bon goût ; pour ce qui
eft du poiflon volant, je me crois obhi-
gé d’en faire la defcription pour dé-
. tromper les incrédules , tels que ceux
que j'ai trouvé à Paris & en Province. |
Le Poiffon volant eft de la longueur Poïton v-
d’un Harang 3 mais plus rond. Îl fort “*"
* de fes côtés en place de nageoires,
deux aîles qui ont chacune environ
quatre pouces de long fur deux de lar-
ge à l’extrémité ; elles fe ploient &
s'ouvrent comme un éventail, & font
rondes par le bout ; elles font compo-
fées d’une membrane fort mince percée
d’une infinité de petits trous , qui con-
“ervent l’eau quand le-poiffon en fort;
pour fuire la Bonite qui le pourtuit,
il s'élance en l’air, étend lesaïîles, va
droit devant lui fans pouvoir diriger fa
route à droite ou à gauche, cesqui
| fait qu'auffi- tôt que les toilettes d’eau
. qui rempliffent les petits trous de fes
1 B ï
à
30 Hifloire
ailes font féches , 1l retombe ; il ar=
rive de-là que la même Bonite qui lui
LA
€
donnoit la chaffe dans l’eau , le pour- |
fuivant encore de la vûüe dans Pair, le
reçoit en tombant dans l’eau ; il arrive
même, & j'en fuis témoin oculaire,
qu’il en tombe fur les vaifleaux. Une
nuit que je ne pouvois dormir, je fus
joindre notre Capitaine qui fe prome-
noit {ur le pont ; une demie heure
après , le Capitaine fentit un coup ec
dans le dos ; il fe tourna en colère,
& demanda qui lui avoit jetté quel-
que chofe ; je cherchois cependant au
clair de la lune ce qu’on pouvoit lui
avoir jetté: un moment après ayant
trouvé un Poiflon volant, je me mis
a rire, il fe tourna de mon côté, &
fe mit de même à rire dès qu’il l’eut
apperçu. lle mit fur le champ dansun
-La Bonite,
bocal d’eau-de-vie pour le montrer en
Fränce, à ceux qui ne croyent pas
les voyageurs fur cet article. La Bo-
nite, à fon tour, devient la proye des
Matelots. Ils font de petites poupées,
qui imitent le poiffon volant. La Bo-
nite trompée par cet appas, voulant
avaler la poupée qu’elle prend pour un
poiflon , fe trouve prife elle-même.
Nous reflämes quinze jours au Cap
A
de la Louifiane. ROSE
… François, tant pour y faire du bois &
“ de leau, que pour nous rafraîchir ;
* terme marin fort impropre en ce lieu,
_ puifqu’à la lettre, il n’eft pas poffible
“ de fe rafraichir dans une fournaife 5
en effet c'étoit le tems où ce pays eft
. brûlant & ne peut procurer aucun ra-
fraîchiflement , puifque dans cette fai-
. fon le foleil du midi darde direétement
fur la tête. La plûüpart de nos pañla-
gers furent fi charmés de voir la terre
& d’y refter, que malgré les bons con-
feils qu’on ne cefloit de leur donner,
… ils s’obftinerent à y vouloir demeurer;
je ne pûs même , par bienféance, me
… difpenfer d’y aller à leur follicitation,
… & je fus diner avec eux. Je les trou-
vai dans une falle baffle qui n’en étoit
guéres plus fraîche, quoiqu’elle fut Repas au Cap
inondée dans cette intention: ils n°a- Fransois.
voient pour tout habillement que leur
chemife & un petit bonnet de toile,
… On nous fervit une mauvaife foupe ;
.… fans herbage ni aucun autre légume ;
le bouilli étoit néanmoins très-abon-
dant en bœuf accompagné d’une vo-
. Haïille, mais le tout fi dur & fi cor-
riafle, qu’une grande faim étoit {eule
À capable d’en faire manger. L'on nous
fervit enfuite des poulets étiques, un
nie B iv
”-
LE . Hifloire 4 |
ragoüt de cochons-marons ; qui étoit
le mets le moins mauvais du repas;
des ramiers affez charnus, mais durs.
& maigres ; enfin une pintade qui étoit
pañlable & d’aflez bon goût, parce
qu’elle eft naturelle au pays où elle eff
nourrie de bon grain. L’abondance de
ce repas ne m’ayant nullement'fatif-
fait, je me vengeai fur le deflert que
je-trouvai fort bon, n'étant compo-
1é que de fruits & de confitures de
pays, au lieu que fa viande n’y vaut
rien. Ce pays étant brûlant, l’herbe
y eft très-rare, & tous les animaux y
fanguiffent ; nous bûmes cu vin de
Bordeaux qui fe trouva d’une affez
bonne qualité, mais de beaucoup trop
chaud pour être bû avec quelque plaï
Sir ; ce que je ne dois pas omettre,
c’eft que malgré la délicatefle & la
fomptuofité de ce repas, il ne nous
en coûta que quatre francs par tête,
. Quelques Lettres que javois re-
mifes à des habitans, me procurerent
des connoiffances , où je mangeai fou-
vent, & où je faifois, fans contredit,
meilleure chere que je ne fis à l’auber-
ge; on fervoit toujours de beaux &
bons poiflons , & les viandes étoient à
la daube ; je revenois cependant tous
ai CE EE
d [a Los f Lane, 32
Tes foirs fouper & coucher à bord de no-
“tre Vaïfféau', non feulement parce que
lès vivres y étoient meilleurs qu’à ter-
re , mais encore parce que je craignois
de gagner la maladie du pays, vü que
fix femaines avant notre arrivée, il
étoit mort quinze cens perfonnes d’une à
maladie épidémique.: que l’on nomme ra y)
le Mal de Siam. ‘lout cela me donna Démingue
occafion de refléchir fur la condüite de 10e Mal
ceux-qui vont chercher fortune en ce
pays-l, (aux Ifles ) tandis que nous
avons d’autres belles Colonies ; j'en
conclus que courir de figrands rifques
pour acheter de grands biens, fuffent:
ils immenfes, c'étoit toujours les payer:
ttop cher.
Le Cap François’eft firué au Nord
de l’Ifle de S. Domingue, dont nous:
cd la: partie feptentrionale ; les:
Efpagnols font en poñeffion de Pautre
parties. Ceci n'étant: point de mon:
füjet, & la défcriprion dé cette Ifle
ayant été donnée plus d’une fois au
public. , je me borne à ce que je viens
d'en rapporter:
Nous partimes du Cap François AVéRE à
le même vent & le plus beau têms du
monde ; nous paflâmes de-là entre l’Tile
de la Tor rue & cellede S. A pue,
Y j
34 - : , ia |
où nous vimes le Port de Paix; qui
_eft vis-à-vis la Tortue ; nous nous
_trouvâmes enfuite entre les extrémités
de lIfle dé S. Domingue & de celle du
Cuba , qui appartient aux Efpagnols ;
nous fuivimes la côte méridionale de
cette derniere, laïifflant à notre gauche
l’'Ifle de la Jamaïque & celles du grand
& petit Kayeman, qui font fous la
domination des Anglois. Nous quit-
tâmes enfin l’Ifle de Cuba au Cap S.
Antoine, faifant route pour la Loui-
fiane en fuivant le Nord-Oueft : nous
vimesterreen y arrivant , mais fi plat-
te , que quoique nous n’en fuflions éloi-
gnés que d’une lieue, nous ne pûmes
la diflinguer qu'avec beaucoup de pei-
ne; nous n'avions cependant que qua-
amtvée spin tre braffes d'eau. On mit le canot à la
Dauphine, ner pour reconnoître cette terre qui
fe trouva être l’Ifle de la Chandeleur :
nous fimes voile fur le champ pour
Vifle Maffacre, que l’on a depuis nom-
mée l’Ifle Dauphine (1): nous la dé-
couvrimes peu de tems après ; nous y
jettâmes l’ancre devant le Port,en Rade
(1) Elleeft ftuée à trois lieues au midi du
Continent, qui ferme. le Golfe de Mexique
au Nord, à 27 dégrésenviron 3$ minutes de
AIT IS EE ST
Æ]
|
latitude Nord, & à 286 désrés de longitude, !
de la Louifiane. _ $f
foraine, parce que le Ports "étoit bou-
ché. Nous mimes trois mois à faire
» cette route, & nousn arrivèmes que
_ le 25 Août.
_ Aufi-tôt que lon eût jetté l’ancre
& fait la manœuvre néceffaire en pa-
. reille occafion, on chanta le Te Deum,
en action de graces de notre heureux
voyage, & d'autant plus heureux ;
que perfonne n’étoit mort, ni même
navoit été dangereufement malade.
L'on nous mit à terre avec tous NOS Débarque-
… effets. La Compagnie s'étoit engagée ment-
_de nous tranfporter avec nos gens &
nos effets à {es frais, de nous loger,
nourrir & tranfporter également juf-
ques fur le lieu de nos ” Conceffions.
… Je fus logé de même que mes engagés
- chez M. de la Pointe, ancien Capi-
taine de Vaïffeau du Canda , & alors
. habitant de l’Ifle Dauphine. Nous y.
étions aufhi nourris, mais il n’en coûta
… guëres à la Compagnie pour ce qui me
regardoit ; mon hôte qui avoit de
bons pêcheurs , me fit faire une chere
excellente en poiflons délicieux de la
_côte dont le Golfe eft rempli, tels que
la Sarde , le Poiffon rouge , la Morue,
jf l Efurgeon, la Raïe BU AelEe & quan-
:tité d’autres Poïilons de toute efpèce
B v; |
”
FE
07 AT 1e Ffifotres 4 "4
_ PeGriprion de & des meilleurs. La Sarde efEungtand
Poïflon rouge, Poiflon dont la chair eft fine, & d’un
Pa ie très-hon goût, l’écaille moyennement.
fe trouvent fr grande eft grife : le Poiflon rouge efk
Lars 18 ainfi nommé à caufe de fon écaille qui.
eff rouge & large comme un écu de
fix livres fur les gros ; la Morue que:
l’on pêche fur cetre côte, eft de la,
moyenne efpèce & très-délicate ; la
Raie eft. la même qu'en France. Avant.
de partirde cette Ifle, il ne fera peut--
être point hors. de propos d’en. dire:
| uelque chofe.
Pcurquoi Pile [/[fle Maflacre fut. nommée ainf
Dauphine fur ” : : ÿ
d’abord appel. Qar les premiers François.qui y abor-
D le Mafa- derent, parce.qu’au bord de cette Ifle:
hi an trouva une butte qui parut extraor--
dinaire dans une [fle toute olatie, qui
paroifloit n’avoir-été formée que parles.
fables que quelque gros coup de vent y:
avoit-jettés, vû que toute la côte ef:
très platte., &que lelong decette côte.
il.y aune chaine de pareilles Iles qui.
femblent fe tenir par leurs pointes.les.
unes aux autres, @& faire une ligne:
paralléle avec la côte du Continent.
&ette butte, dis-je, ayant paru. ex--
traordinaire, on l’examina. de. près ».
en apperçut en différens endroits des: :
#3. de morts fortir du peu de terre qui.
A
F
de la Eomfiane $Ÿ
es couvroit ; alors la curiofité enga=
igea à: gratter cette terre en plufieurs:
endroits ; mais ne trouvant deffous:
qu'un tas d’offlemens , ons’écria avec:
effroi: ah Dieu, quel maflacre! L'on:
a appris des Naturels qui n’en font:
pas loin , qu'une Nation voifine de:
cette Jile, étant en Guerre avec une:
autre bien: plus puiflante qu’elle, fut:
contrainte de quitter larcôte, qui n’eft
qu'à trois lieues, & de pafler dans:
cette Ifle, pour y prolonger fes jours 5:
que leurs ennemis fe confiant avec rai--
fon en leurs-forces, les pourfuivirent:
jufques dans leur foible retraite , &les-
détraifirent entierement, & fe retire-
rent après-avoir élsvé ce Trophée in--
humain à leur Barbarie vi&torieufe.
Jai vû ce funefte monument, qui m’a
fait juger que cette malheureufe Na-
tion devoit être encore afféz nombreu--
fe vers fa fin, puifqu'il ny devoit y
* avoir que les os des:Guerriers & des:
Vicillards:; leur coûtume étant de fai-
re Efclaves les jeunesfemmes, les fl
les & les enfans.. Teile eft Forigine du’
_ premier nom de cette Ifle, que l’on:
Changea à notre arrivée en celui d’Ifle.
Duaphine ; il étoit, ce femble, de la:
prudence ,.de-ne lui pas laiffer un nom f&
*Defcription de
Pifle Dawphi-
Br
33. 4 Hifiôtre
ll
|
|
; puifqu’elle eft le berceau de
pe: | |
la Colonie , comme la Mobille en eft.
la naïffance.
Pr
Cette Ile eft très-platte & toute
de fable blanc, comme toutes les au-
tres, ainfi que la côte ; fa longueur
eft d’environ fept lieues de PES à
P'Oueft, & fa largeur d’une petite lieue
du Nord au Sud, fur-tout vers le Le-
vant, où s’étoit formé l’établiffement
à caufe du Port qui fe trouvoit au
Midi vers ce. bout de l’'Ifle , mais qui
fut bouché par un coup de Mer peu
ayant notre arrivée 3 le bout de l’Eft
va en pointe ; elle eft affez bien boifée
de Pins ; mais elle eft fi aride & fi brû-
lante à caufe de fon fable chriftallin,
qu'aucun légume n’y peut croître, &
que les befliaux ont peine à y trou-
ver. de quoi vivre. Ce féjour ennuyant
me donna , dès mon arrivée un ardent
defir de le quitter promptement. Je
me diffipai de mon mieux à la vérité
pendant trois jours que nous y fumes à
attendre M. de Biaïinville , Comman-
dant Général pour la Compagnie dans
cette Colonie. ù |
Ce Commandant étoit allé marquer
l'endroit où l’on devoit bâtir la Ca-
pitale fur un des bords du Fleuve S..
1
à
+
t
>
»
Louis ; où elle eft à préfent , & a été
. nommée la Nouvelle Orleans, en l’hon-
neur de Monfeigneur le Duc d’Orleans,
de la Louifiane: 30
V4
pour lors Régent du Royaume.
Le Commandant Général arriva en-
fin, & reçût tous les Conceflionnai-
res ; le lendemain je fus le voir , & lui
… préfentai la Lettre de la Compagnie,
. & en même tems l’Adte pañlé avec
elle, qui conftatoient mon crédit. Il
. me dit qu'il étoit bien aife que j'eufle
_ choifi ma Couceflion près de la Capi-
tale , parce qu’une bonne métairie
* près d’une Ville , eft fouvent d'un
meilleur rapport qu’une Terre Sei-
} gneuriale dans les bois, plus propres
… à la Chaffe qu’au Commerce. Je le priai
… de me faire partir le plûtôt qu’il pour-
roit ; il me promit que je partirois par
- la premiere voiture qui feroit prête.
Trois ou quatre. jours après il mé
demanda fi je n'avois pas une Bouflole |
| à cadran; qu'il feroit bien aife d'en
faire acquifition pour le fervice de la
Compagnie ; je lui dis que j'en avois,
. &cque je men priverois volontiers pour
le fervice de la Compagnie ; nous con-
vinmes d’un prix hô@nnête , & je la lui
… cédai. Cette Bouflole étoit pour le
départ de M. du Tiffener, Capitai-
- = 3%
& Hifioire. ‘
ne, qui entrèprenoit d'aller par: terré:
depuis cette Îfle jufqu’en Canada. Er
effet , peu de jours après que j’eus
cédé ma Bouflole,. ii partit. de cette
Jfle avec quatorze Canadiens ; il fe-
fit mertre {ur la terre du: Continent,
(. comme il me lavoir dit ) &: à l'Eft
de l'embouchure de la Riviere de Mo--
bille ; puis prenant fa route au Nord-
Eft, alla pañler chez les Alibamons 3:
de-là gagna le haut des Rivieres, en
fuite ie Fieuve S. Laurent qui le con.
duitit à Quebec. Îi comptoit n'avoir
pas plus de cinq cens lieues à faire:
pour fe. rendre à. cette. Capitale du
Canada, d'où il revint l’année fuivan-:
te par les Rivieres avec fa famille ;. il:
fat depuis mon Commandant aux Nats
chez: |
de la Eouifiane: 4%
CHAPITRE I.
Départ de L'Auteur pour fa Conceffion :
Defcriprion des endroits par lefquels
il paîle jufques à la Nouvelle Or-
leans : Lettres-Parentes données par
le Roi, en forme d'Edit , en faveur
de l'Etabliffement dune Colonie à la
Louifiane. |
| L E tems de mon départ tant defiré
| arriva enfin ; M. de Biainville
m'en avertit quatre jours auparavant 3
je le remerciai & m°’y préparai avec au
moins autant de joye que de diligen-
_ ce. J'e partis avec mes Engagés, mes
_ effets & une Lettre par M. Paillou,.
Major Général à la Nouvelle Orleans ;
& qui y commandeit en l'abfence de
_ M. de Biainville. Nous côtoyâmes le
Continent , & fûmes coucher à l’em-
bouchure de la Riviere des Pafca-
Ogoulas ; cette Riviere eff ainfi nom-
mée, parce que près de fon embouchu-
re & à l'Eft d’une Baye de même nom,
. habite une Nation que lon nomme
Pafca-Ogoulas , qui fignifie Nation du
. Pain; fur quoi on peut remarquer que
—
s 42 Le ae |
dans Ja Province de la Louifiane, lé
nom de plufieurs Peuples fe termine
par ce mot Opoula, qui fignifie Na-
uon, & que la plüpart des Rivieres
tirent leurs noms de la Nation qui ha-
bite fur fes bords. Nous paflâmes de-
là devant le Biloxi, où étoit autrefois
une petite Nation de ce nom ; enfuite
devant la Baye de S. Louis , laiffant à
notre gauche fucceffivement lIfle Dau-
phine, l’Ifle à Corne ; l'Ifle aux Vaif-
{eaux & lIfle aux Chats. |
- Jai fait la defcription de l’Ifle Dau-
Defcription de phine avant d’en partir ; venons aux
Fe à Corne troïs fuivantes. L’Ifle à Corne eft
très-platte & paflablement boifée, lon-
gue d'environ fix lieues ; étroite en
pointe du côté de l'Oueft: je ne fçais
fi pour cette raïfon, ou à caufe de
la quantité de bêtes à cornes qui y
étoient , elle fut nommée ainfi ; maïs
ce qui eft-sûr, c’eft que les premiers
Canadiens qui s’étoient établis à l’Ifle
Dauphine, y avoient mis la plüpart
leurs beftiaux & en grande quantité;
au moyen de quoi ils fe font enrichis
en dormant, Ces beftiaux n ayant point
befoin dans cette Ifle d’être gardés ni
d’aucun autre foin, fe font multipliés
de façon que les Maïtres en ont re*
de la Louifiane. 45
tiré de groffes fommes à notre arri-
vée dans la Colonie. Il y auroit grand
plaifir, d’avoir en France des Parcs
bien fournis de pareil gibier.
PhHEn-füivant toujours lOuelt, on
_ trouve Pfle aux Vaiffeaux , ainfi nom- A
mée, parce qu’il y a un petit Port feaux
. dans lequel fe font mis à couvert en
» différens tems plufieurs Vaifleaux; mais
», comme elle eft éloignée de quatre
. lieues de la Côte, & que celle-ci ef
. : fi platte, que les Chaloupes n’en peu-
vent approcher plus près que d’une de.
mie lieue, ce Port devient tout à-fait
. inutile.Cette Ffle peut avoir cinq lieues
_ delong, & une grande lieue à la pointe
_ de lOueft. Auprès de cette pointe eft
. ce Port, au Nord, quiregardela terre;
. du côté de l'Eft, cette [fie peut avoir
une demie lieue 3 elle eft aflez boifée ,
& n’eft habitée que par des rats qui y
fourmillent. |
A deux lieues de diftance , en allant perstprton de
toujours vers l'Oueft , on rencontre die,
) . / AtSe
l'Ifle aux Chats, ainfi nommée, parce FL
“ que dans le tems qu’on la découvrit,
+ on y en trouva un grand nombre;
cette Ifle eft très-petite , & n’a pas plus
… de demie lieue de diamétre ; le bois y
» ef fourré en bas, ce qui détermina
De lle aux.
Œoquilles.
#£ .: Hiftoire
fans doute ,. M. de Biainville à y met:
tre quelques porcs avec leurs femelles;
ils fe multiplierent à telle quantité,
qu’en 1722, quon y fut à la chañle,
on ne voyoit autre chofe, jufques-là
qu'on jugea quil falloit qu’ils {e man-
geâflent les uns les autres ; on trouva
aufli qu'ils avoient détruit les Chats.
Foutes ces [fles font très - plattes ,
& ont le même fond de fable blanc 3
leurs bois, fur-tout des trois premie-
res, font des Fins ; elles font, à peu:
de chofe près, à même diftance du
Continent, dont la Côte eft femblable.
Après avoir pañlé la Baye de S.
Louis , dons j'ai parlé, on entre dans:
les Chenaux qui conduifent au Lac de
Pontchartrain, que l’on nomme à pré-
fent le Lac de S. Louis ; de ces deux
Chenaux , lun eft le grand Chenal &
Pautre le petit ; ils ont environ trois
lieues de long , & font formés par une-
chaîne d’Iflots entre la terre ferme &e:
PIfle aux Coquilles.. Le grand Chenal
eft au Midi, | ou
Nous couchâmes au bour des Che=
naux dans l'Lfle aux Coguilles : fon:
nom lui. vient de ce qu’elle eft pref-
que entierement formée de Coquilles...
que l’on.nomme dans.les Ports de. Mers
LU. de la Louifiane. 4
des Coquilles de Palourdes, fans au-
- cun mélange d'aucun autre Coquillage ;
“ ces Coquilles font de la même ef-
| pèce que celles que portent les jeu-
nes gens de Paris au pélérinage de
. S. Michel. Cette Ifle ferme le Lac de
… S. Louis du côté de l’Eft, & laifle
deux iflues à ce Lac à fes deux extré-
… mités ; l’une par laquelle nous enträ-
mes, qui font les Chenaux, dont je
viens de parler, & l’autre par le Lac
Borgne. Ce Lac communique encore
par l’autre bout vers FOueft & par un
canal, au Lac de Maurepas ; il peut
avoir dix lieues de long, de l'Eft à
l'Oueft, & fept lieues de large au
Nord ; plufieurs Rivieres s’y jettent
» en courant vers le Sud. Au Midi de
ce Lac eft un grand Bayouc (1), que
l'on nomme le Bayouc $S. Jean ; il
vient d’auprès de la Nouvelle Orleans,
& tombe dans ce Lac à la pointe aux
Flerbes , qui avance beaucoup dans ce
Lac, qui eft à deux lieues de l’Ifle aux
Coquilles. Nous pañffâmes près de cette
pointe, qui n'elt qu’un marais trem-
blant : de-là on va au Bayouc Tchoupic
(1) Bayouc eft un grand ruiffleau d’eau
morte, Où on ne voit que très-peu, OU
méme prefque point de courant,
Lac Borgnes
| AG : Hifloire
dE 5 cb
(1), à trois lieues de la pointe aux
Herbes : toutes ces petites Rivieres -
qui fe déchargent dans ce Lac, ren-
dent ces eaux prefque douces, quoi-
qu'il communique à la Mer; ce qui
fait que l’on trouve dans ce Lac quan-
tité de Poiflons de Mer, &, à ce que
Von dit , des Carpes qui pafleroïent en
France pour monftrueufes. - |
Nous enträmes dans ce Bayouc
\
Tchoupic, à l'entrée duquel il y a
à préfent un Fort. On remonte ce
Bayouc lefpace d’une lieue , & l’on
débarque où étoit autrefois le Village
des Naturels nommés Cola Piflas, nom
corrompu par les François ; le vrai
nom de cette Nation eft Aquelon Pif°
fas, c'eft à-dire la Nation des Hom-
mes qui entendent & qui voyent. De:
cet endroit il n’y a plus qu'une lieue
jufqu’à la Nouvelle Orleaus, & au
pitale eft conftruite. |
Plufieurs perfonnes qui pourroient
avoir envie de pañler dans cette Co-
lonie , feroient fans doute bien aïfes de
{rÿ On nomme ainfñ ce Bayouc, parce
que l’on y pêche le Poiffon Tchoupic , dont,
je donnerai la Defcription en fon lieu,
Fleuve S. Louis , fur lequel cette Cas
de la Lou jf ane,
lire les Lettres-Patentes en forme d’'E-
dit: que le Roi donna en conféquence
de ce nouvel Etabliffement ; c’eft pour-
quoi je crois les obliger de les inférer
ici, puifqu'il eft difficile d’en trouver,
fur-tout lorfque le tems de la date s’é-
Joigne A nôtre,
LETTRES PATENTES
EN FORME D'EDIT,
Por tant Erabliflement d'une Compagnie
de Commerce fous le nom de Com-
pagnie d Occident ; ;
Données à pue au mois d'Août 1717
op 3 D OUIS par la grace de Dieu
Roi de France ë de Navarre :
> À tous prélens & à venir ) Salut.
» Nous avons depuis notre avénement
.» à la Couronne travaillé utilement à
ë >» rétablir le bon ordre dansnos Finan-
.» ces, & à réformer les abus que les
on longues Guerres avoient donné occa-
.» fion d' yintroduire; & Nous n’avons
1» pas eu moins d'attention au rétablif-
MU» jets , qui contribue autant à leur
{
Aus * Hifloire KA
» bonheur que la bonne adminiftra-.
» tion de nos Finances ; mais par!
» la connoïiffance que Nous avons
» prife de l’état de nos Colomnies fi-
>» tuées dans la partie Septentrionale
» dePAmérique., nous avons recon-
“nu qu'elles avoient d’autant plusbe-
# foin de notre protection que le fieur
» Antoine Crozat , auquel le feu Roi
» nôtre très-honoré Seigneur & Biza-
_æyeul, avoit accordé par fes Lettres-
» Patentes du moiïs de Septémbre de
> Pannée 1712. le privilege du Com-
» merce exclufif dans notre Gouver-
» nement de la Louifanne, Nous a
» très - humblement fait fupplier de
» trouver bon qu’il Nous le remit , ce
» que Nous lui avons accordé par
» l’Arrêt de notre Confeil du vingt
» troifiéme jour du préfent mois ; &
» que le Traité fait avec les fieurs Au-
» bert, Neret & Gayot le dixiéme
» jour du mois de Mai de l’année 1706.
æ pour la traite du Caftor de Canada
» doit expirer à la fin de la préfente
» année. Nous avons jugé qu'il étoit
» néceflaire pour le bien de notre fer-
» vice & l'avantage de ces deux Co-
» Jonies, d'établir une Compagnie eñ
# état d'en foutenir le Commerce , ss
» de
de la Louifiune. 49
wde faire travailler aux différentes
» cultures & plantations qui s’y peu-
vent faire. À CES CAUSES & autres
» à ce Nous mouvans,de l'avis denotre
» très cher & très-amé Oncle le Duc
» d'Orléans , Petit fils de France, Ré-
» gent , denotre très-cher & très amé
» Coufin le Duc de Bourbon, de notré
» très-cher & amé Coufin le Prince de
» Conty , Princes de notre Sang, de
» notre très-cher & très-amé Oncle le
» Duc du Maine , de notre très-cher &
» très-amé Oncle le Comte de Tou-
» Joufe, Princes légitimés, & autres
» Pairs de France, Grands & Notebles
æ Perfonnages de notre Royaume ; &
» de notre certaine Science , pleine
» Puiffance & Autorité Royale, Nous
» avons dit, ftatué & et ire
» {ons, ftatuons & ordonnons , vou-
» lons & nousplait.
ARTICLE PREMIER.
» Qu'il foit formé en vertu des
» Préfentesune Compagnie de Com-
> merce fous le nom de Compagnie
» d'Occident , dans laquelle il fera per-
» mis à tous nos Sujets de quelque
» rang & qualité qu'ils puiflent être,
æ» même aux autres Compagnies for-
Tome L,
1
LT Hifloire M
» mées ou à former, & aux Corps &
» Communautez , de prendre intérée
+ pour telle fomme qu'ils jugeront à
» propos, fans que pour raifon dudit
» engagement ils puiflent être réputez
» avoir dérogé à leurs titres , qualitez
» & noblefle ; notre intention étant
» qu'ils jouifient du bénéfice porté
» aux Edits des moïs de Mai & Août
» de l’année 1664. Août 16609. &
» Décembre de l’année 1701. que
» Nous voulons êtreexécutez fuivanc
» leur forme & teneur.
» ÏI. Accordons à ladite Compa-
» gnie d'Occident le droit de faire feu-
» le pendant l’efpace de vingt-cinq
» années, à commencer du jour del’en-
» repiftrement des Préfentes ,le Com-
+ merce dans notre Province & Gou-
» vernement de la Louifiane , & le
» privilége de recevoir à lexclufion
» detous autres dans notre Colonie
» de Canada, à commencer du pre-
» mier du mois de Janvier de l’année
» 171€. jufques & compris le dernier
» Décembre de l’année 1742. tous
» les Caftors gras & fecs que les habi-
» tans de ladite Colonie auront trai-
» té ; Nous réfervant de régler fur les
» Mémoires qui Nousferont envoyez
Fr
de la Louifiane. St
# dudit pays, les quantitez des diffé-
» rentes efpeces de Caftors que la
_ æ Compagnie fera tenue de recevoir
» chaque année defdits Habitans de
æ Canada , & les prix aufquels eile fe-
» ra tenue de les leur payer. |
» JII. Faifons défentes à tous nos
autres Sujets de faire aucun Com
» merce dans l’étendue du Gouverne-
»ment de la Louifianne pendant le
>» temps du privilege de la Compagnie
_ » d'Occident, à peine de confication.
» des marchandifes & des Vaiffeaux :
__» N’entendons cependant par ces dé-
»_ fenfesinterdire aux Habitans leCom-
» mérce qu’ils peuvent faire dans ladite
» Colonie , foit entr'eux, foît avec
> les Sauvages.
a» Ï V. -Défendons pareïllement à
» tous nos Sujets d'acheter aucun Caf
»tor dans l'étendue du Gouverne-
»-ment de Canada, pour le tranfpor-
ter dans notre Royaume , à peine
2 de confifcation dudit Caftor au pro-
» fit de la Compagnie, même des Vaif£
» feaux fur lefquels 1l fe trouvera em-
» barqué. Le Commerce du Caftor
» reftera néanmoins libre dans l’inté-
» rieur de la Colonie , entre les Né-
» gocians &les Habitans qui pourront
GC ij
52 Hifloire
» continuer à vendre & acheter er
» Caftor , comme ils ont toujours
> fait,
» V. Pour donner moyen à ladite
» Compagnie d'Occident de faire des
> établiflemens folides, & la mettreen
» état d'exécuter toutes les entreprifes
» qu’elle pourra former , Nous lui
» avons donné, octroyé , & concédé 3
» donnons ,oétroyons & concédons
» par ces Préfentes à perpétuité toutes
» les Terres, Côtes, Ports, Havres,
» & Ifles qui ‘compofent notre Provin-
» ce dela Louifianne , ainfi, & dans la
» même étendueque Nous lavions ac-
» cordé au fieur Crozat, par nos Let-
» tres Patentes du quatorziéme jour
» du mois de Septembre mil fept cens
» douze, pour en jouir en toute
» priété , Seigneurie & Juftice 5n
» Nous réfervant autres droits ni
» voirs que la feule foy & hommagez
» lige , queladite Compagnie {era te-
»nue de Nous rendre, & à nos fuc-
» cefleurs Rois, à chaque mutation de
» Roi , avec une Couronne d’or du
>» poids de trente marcs.
» VI. Pourra : ladite Compagnie
» dans les Pays de fa conceffion , trai-
» ter & faire ailianceen notre nomavyec
. ea e
de la Louifiane. (E1
» toutes les Nations du pays, autres.
>» que celles dépendantes des autres
» Puifflances de l'Europe , & convenir
» avec elles des conditions qu’elles ju-
>» gera à propos pour sy établir, &c
. #/ LA
» faire fon Commerce de gré à gré ;
æ & en cas d’infulte, elle poura leur
_ » déclarer la guerre, les attaquer ou
æ fe défendre par la voie des armes,
» & traiter de paix & de tréve avec
» elles. je
» VII. La propriété des mines &c
» minieres que ladite Compagnie fera
» ouvrir pendant Je tems de fon privi-
» lége, lui appartiendra incommuta-
» blement , fans être tenue de Nous
+ payer pendant ledit tems, pour rai-
» fon defdites mines & minieres au-
» Cuns droits de Souveraineté , def-
» quels Nous lui avons fait & faifons
_» don par ces Préfentes.
» VIIT. Pourra ladite Compagnie
_ » vendre & aliéner les terres de facon-
» ceffion à tels cens & rentes qu'elle ju-
» geraà propos, même les accorder en
>» franc Aleu, fans Juftice, ni Seigneu-
> rie. N’'entendons néanmoins qu’elle
» puifle dépofléder ceux de nos Sujets
.» qui font déja établis dans le Pays de
.> fa conceflion , des terres qui leur ont
C ij
Hifloire |
_» été concédées, ou de celles que fans
» conceflion ils auront commencé à
» mettre en valeur. Voulons que ceux
» d’entr’eux qui n’ont point de Bre-
» vets,ou Lettres de Nous, foientte-
>» nus de prendre des conceffions de la
» Compagnie, pour s’aflurer la pro-
» priété des terres dont ils jouifient,
» lefquelles conceffions leur feront
» données gratuitement.
»['X. Pourra ladite Compagnie
» faire conftruire tels Forts , Cha.
» teaux, &c Places qu'elle jugera né-
» ceffaires pour la défenfe des Pays
+ que Nous lui concédons ; y mettre
» des Garnifons, & lever des gens
» de guerre dans notre Royaume ,
“en prenant nos permiflions en la
2 forme ordinaire & accoûtumée.
» X. Ladire Compagnie pourra aufli
# Établir tels Gouverneurs, Officiers,
æ Majors & autres, pour commander
» les Troupes qu'elle jugera à propos,
æ lefquels Gouverneurs & Officiers
» Majors Nous feront préfentez par
» les Directeurs de la Compagnie pour
» leur être expédié nos Provifions ; &
» pourra ladite Compagnie les defti-
>» tuer toutes fois & quantes que bon
» li femblera, & en établir d’autres
PM Londrañe. S%
en leurs places, aufquels Nous fe-
» rons pareillement expédier nos Let-
» tres fans aucune difficulté ; en atten-
» dant l'expédition defquelles , lefdits
-» Officiers pourront commander pen-
æ dant le temps de fix mois, ou un an
_» au plus fur les Cominiffons des Di-
» recteurs 3 & feront tenus lefdits
__» Gouverneurs & Officiers Majors de
_» Nous prêter ferment de fidélité.
» X I. Permertons à ceux de nos
» Officiers militaires qui font préfen-
» tement dans notre Gouvernement de
» la Louifiane , & qui voudront y
» demeurer ; de même qu’à ceux qui
» voudront y pañler fous notre bon
» plaifir, pour y fervir en qualité de
» Capitaines, ou de Subalternes, d'y
» fervir fur les Commifions de la
_ » Compagnie, fans que pour raifon de
» ce fervice, ils perdent les rangs &
. » grades qu’ils peuvent avoir actuelle-
_ » ment, tant dans notre Marine, que
_ » dans nos Troupes de terre ; voulant
_» que fur les permiffions que Nous leur
_»en accorderons, ils foient cenfez &
» réputez être toujours à notre fervice 5
» & Nous leur tiendrons compte de
» ceux qu’ils rendront à ladite Comp:=
» gnie , comme s’ils Nous lesrendoiert
» à Nous-mêmes. C ir
68 0. NP
» XII. Pourra aufi ladite Compa-
» gnie armer & équiper en guerre au
æ tant de Vaifleaux qu’elle jugera né-
> ceflaires pour lPaugmentation & la
» füreté de fon Commerce, fur lefquels
» elle pourra mettre tel nombre de ca-
» nons que bon fui femblera , & arbo-
» rer le Pavillon blanc fur l’Arriere &
5 au Beaupré, & non fur aucunsdes au-
» tres Mats ; & elle pourra auffi faire
>» fondre des canons à nos Àrmes , au
>» deffous defquels elle mettra celles
> que Nous lui accorderons ci-après.
» XIIT. Pourra ladite Compagnie ,
» comme SeigneursHautsJufliciers des
æ Pays de fa conceffion, y établir des
«
d
…
»'
“2
…—
» Juges & Cficiers par tout où befoin :
æ fera & où elle trouvera à propos ;
» & les dépofer & deftituer quand bon
> Jui femblera ; lefquels connoïtront de
+ toutes affaires de Juftice, Police, &
» Commerce, tant Civiles que Crimi-
» nelles ; & où il fera befoin d'établir
» des Confeïls Souverains, les Off-
> Ciers dont ils feront compolez, Nous
» feront nommés & préfentés par les
» Directeurs Généraux de ladite Com-
> pagnie ; & fur lefditesnominations ,
> les Provifions leur feront expédiées,
> XIV. Les Juges de l'Amirauté
gate
de la Louifrane. 57
. > qui feront établis dans ledit Pays de
»la Louifiane, auront les mêmes fonc-
» tions , & rendront la Juftice dans la
> même forme ; & connoîtront des
_ >» mémesaffaires, dont la connoiffance
_» leur eft attribuée, tant dans notre
» Royaume , que dans les autres Pays.
» foumis: à notre obéiffance ; & feront
æ par Nous pourvüs fur la nomination
» de l’Amiral de France.
» XV, Seront les Juges établis en
»touslefditslieux , tenus de juger fui-
» vant les Loix, & Ordonnances du
» Royaume, & fe conformer à la Coù-
ætume de la Prévôté & Vicomté de
» Paris , fuivant laquelle les Habitans
» pourront contracter , fans que l’on y:
æ puifle introduire aucune autre Coù-
»tume,pouréviter ladiverfité.
_ _» XVI, Tous Procès qui pourront
» naître en France entre la Compa-
» gnie & les Particuliers pour raïfon
. » des affaires d’icelle ,. feront terminés
_» & jugés par les Juges-Confuls à Pa-
æris, dont les Sentences s’exécuteront
»en dernier rellort jufqu’'à la fomme
» de quinze cens livres &au deflus par
. »provifion, fauf l'appel en notre Cour.
_» de Parlement de Paris ; & quant aux
> matieres Criminelles dans lefquelles
GC v
2 Hifloire "4
» la Compagnie fera partie, foit en de=
» mandant , foit en défendant , elles{e=
» ront jugées parles Juges ordinaires ,
» fans que le Criminel puiffe attirer le
» Civil, lequel fera jugé comme il eft
>» dit cy defius,
» XVIT. Ne fera par Nous accordé
» aucune Lettre d'Etat ni de Répy,
» Evocation, ni Surféance, à ceux qui
» auront acheté des effets de la Com-
» pagnie, lefquelsferont contraints au
» payement de ce qu'ils devront, par
ples voyes, & ainfi qu'ils y feront
» obligés.
» X VIIT. Nous promettons à la=
» dite Compagnie de la protéger, &
» défendre, & d'employer la force de
» nos armes, s'il eft befoin, pour la
+ maintenir dans la liberté entiere de
+ fon Commerce & navigation, & de
» Jui faire faire raïfon de toutes injures
» &t mauvais traitemens, en cas que
+ quelque Nation voulüt entreprendre
» contre elle,
» XIX. Si aucuns des Directeurs,
» Capitaines des Vaifleaux , Officiers,
» Commis, ou Employez, a@uelle-
+ ment occupés aux affaires de la Com-
» pagnie, étoient pris par les Sujets
edes Princes & États avec lefquels
23 de la Louifiane. sa
. » Nous pourrions être enguerre, Nous
> promettons de les faire retirer, ou
PECMUPET..
» XX. Ne pourra ladite Compa-
» gnie fe fervir pour fon Commerce
» d’autres Vaifleaux que ceux à elle
» appartenans, Ou à nos Sujets armés
» dans les Ports de notre Royaume
» d’équipages François, où ils feront
» tenus de faire leurs retours; ni faire
» partir lefdits Vaiffeaux des pays de
» fa conceflion pour aller à la Côte de
» Guinée directement ; fous peine d’é-
» tre déchüe du préfent privilége,& de
>» confifcationdes Vaiffeaux & des mare
» chandifes dont ils feront chargez.
_ » XXI. Permettons aux Vaifleaux
» de ladite Compagnie, même à ceux
» de nos Sujets qui auront permiffon
» d'elle ou de fes Directeurs , de cou-
»rir fur les Vaïffleaux de nos Sujets
? qui viendront traiter dans les Pays à
_meile concédés, en contravention de
+ 4 ÿ
_» ce qui eft porté par les Préfentes ; &
» les prifes feront jugées, conformé-
» ment aux Réglemens que Nous fe-
_» rons à ce fujet.
_ » XXII. Tousleseffets, marchan-
_mdifes, vivres, & munitions qui fe
# trouveront embarqués fur les Vaif-
GC y]
60 Hifloire
» de ladite Compagnie , feront cen-
© fés & réputés lui appartenir; à moins
> qu'il n’apparoifle par des Connoïfie-
» mens en bonne forme qu'ils ont été
» chargés à fret par les ordres de la
r À
#
*
#
» Compagnie , fes Directeurs, ou Pré-
x pOfés.
» XXIIT. Voufons que ceux de nos
» Sujets qui pañeront dans les Pays
/ # À Q e . 0
» concédés à ladite Compagnie, jouif-
» fent des mêmes libertés & franchifes
» que s'ils étoient demeurant dans no-
mire Royaume, & que ceux qui y’
» naîtront des Habitans François du-
» dit pays , @& même des Etrangers
»> Européens, faifant profeflion de la
>» Religion Catholique, Apoftolique
» 6 Romaine, qui pourront s'y éta-
» blir, foient cenfés & réputés Regni=
».coles ; & comme tels capables de
» toutes fucceflions, dons; legs, &
» autres difpofitions, fans être obligez
» d'obtenir aucune Lettres de neu-
» tralité.
» XXIV.Et pour favorifer ceux de
æ nos Sujets qui s’établiront dans lef-
æ dits Pays, Nous les avons déclarés &
» déclarons exemps tant que durera le
» Privilége de la Compagnie, de tous.
æ droits, fubfides & impofirions., tels
de la Louifiane, 6r
_# qu'ils puiflent étre, tant furles Per
»{onnes & Efclaves , que fur les mar+
» chandifes. |
- »X XV. Les denfées & marchan
- » difes que la Compagnie aura .defti-
_ »nées pour les Pays de fa conceflon ;
> & celles dont elle aura befoin pour
“ > la conftruction, armement ; & avi-
_ »- tualllement defes Vaïfleaux, feront
»exemptes detous droits, tant à Nous
» appartenans , qu'à nos Villes, tels
>» qu'ils puiflent être , mis & à mettre ,.
# tant à l’entrée qu’à la fortie ; & en-
>» core qu’elles fortiffent de l'étendue
_» d’une de nos Fermes pour entrer
_5 dans une autre, ou d'unde nos Ports.
2 pour être tran{portées dans une au+
ætre, où.fe fera l'armement ; à la chare
#2 ques Commis & Prépolés don-
».neront leurs foûmifiions de rappor-
»ter dans dix-huit mois, à compter du
» jour d’icelles, certificat de la dé+
_» charge dans les Pays pour lefquels
» elles auront été deftinées 3. à pei-
>. ne, en cas de contravention, de payer
» lequadruple des droits ; Nous réfer-
>» vant de lui donner un plus long délä.
» dansles cas & occurences que Nous
» jugerons à propos,
» XXVIL Déclarons parçillement
62 Hifloire AS
|» ladite Compagnie exempte des droits
» de péage, travers, paflage, & autres
impofitions qui fe perçoivent à rotre
» profit ès KRivieres de Seine & de
» Loire, fur les futailles vuides, bois,
» mairain , & bois à bâtir Vaifleaux,
» & autres marchandifes appartenan-
» tes à ladite Compagnie, en rappor-
>» tant par les voituriers& conducteurs
» des certificats de deux de fes Direc-
2 reurs, |
» XX VIT. En cas que ladite Com-
» pagnie foit obligée pour le bien de
» fon Commerce de tirer des Pays
» Etrangers quelques marchandifes
» pour les tranfporter dans les Pays
» de fa conceflion , elles feront exemp-
»tes de tous droits d'entrées & de
» fortie, à la charge qu’ellesferont dé-
» pofées dans les magazins de nos
» Douanes, ou dans ceux de ladite
» Compagnie, dont les Commis des
» Fermiers Généraux de nos Fermes,
r & ceux de ladite Compagnie auront
+ chacun une clef, jufqu’à ce qu’elles
» fojent chargées dans les Vaifleaux de
» la Compagnie , qui fera tenue de
» donner fa foumiflion de rapporter
» dans dix-huit mois, à compter du
> jour de la fignature d’icelle certificat
de la Louifiane. 63
» de leur décharge efdits Pays de fa
D conceffion , à peine en cas de con-
# travention de payer le quadruple des
_» droits, Nous réfervant lors que la
» Compagnie aura befoin de tirer def-
» dits Pays Etrangers quelques mar-
» chandifes, dont l’entrée pourroit être
» prohibée , de lui en accorder la per-
» miffion, fi Nous le jugeons à pro-
» pos,fur les états qu’elle Nous en pré-
» fentera.
» XXVIIT. Les marchandifes que
_» ladite Compagnie fera apporter dans
» les Ports de notre Royaume pour
» foncompte , des Pays de fa concef-
- » fion, ne payeront pendant les dix
> premieres années de fon privilege,
» que la moitié des droits que de pa-
» réilles marchandifes venant des Ifles
. » & Colonies Françoifes de l’Améri-
» que doivent payer , fuivant notre
» Réglement du mois d'Avril dernier 3
» & fi ladite Compagnie fait venir def-
_ »dits Pays de fa conceflion d'autres
x marchandifes que celles qui viennent
» defdites Ifles & Colonies Françoi-
> fes de l'Amérique, comprifes dans
ip > notredit Réglement , elles ne paye-
| »ront que la moitié ‘des droits que
æ payeroient d'a autres marchandiles de
64 flore RUE $
» même efpéce & qualité, veriant des w
» Pays Etrangers, foïit que lefdits u
» droits Nous appartiennent, ou ayent
» Été par Nous ahénés à des particu-
» lier. Et pour le plomb , le cuivre, &
» les autres métaux, Nous avons ac:
» cordé & accordons à ladite Compa-
» gnie l’exemption entiere de tous
# droits, mis & à mettre fur iceux 5;
» mais fi ladite Compagnie prend des
+ marchandifes à fret fur fes Vaiffeaux ,.
» elle fera tenue d’en faire faire la dé-
à claration aux Bureaux de nos Fermes
>» par les Capitaines,dans la forme or-
æ dinaire , &c lefdites marchandifes
> payeront les droïts en entier, A l'é-
æ gard des marchandifes que ladite
» Compagnie fera apporter dans les
æ Ports de notre Royaume désommez
» en l'Article XV. du Réglement du
» mois d'Avril dernier , où dans ceux |
» de Nantes, Breft, Morlaix, & Saint-
æ Malo, pour fon compte, tant des
» Pays de fa conceffion; que des Ifles:
» Françoifes de l'Amérique,provenant
æ de la vente des marchandifes du crû
” de la Louifiane , deftinées à étre
» portées dans les Pays Etrangers ;.
>» elles feront mifes en dépôt dans les
»-magazins des Douanes des Perts où
de la Louifiane. 65
pellesarriveront, ou dans ceux de la
» Compagnie en la forme ci-deffus pref-
» crite, jufqu’à ce qu’elles foient enle-
» vées ; & lorfque les Commis de ladite
» Compagnie voudront les envoyer
» dans les Pays Etrangers par mer ou
>» parterre par tranfit, ce qui ne fe pour-
» ra que par les Bureaux défignés par
» notredit Réglement du mois d'Avril
> dernier , ils feront tenus de prendre
» des acquits à caution, portant fou-
» miflion de rapporter dans un certain
» temps certificat du dernier Bureau
_» de fortie, qu’elles y auroñt pañé, &
x
» un autre de leur décharge dans les
>» Pays Etrangers. F
_ XXIX. Si la Compagnie fait conf-
» truire des Vaiffleaux dans les Pays de
>» fa conceflion , Nous voulons bien,
æ lorfqu'ils arriveront dans les Ports
. “de notre Royaume pour la premiere
fois, lui faire payer par forme de
» gratification fur notre Tréfor Royal,
» fix livres par tonneau pour les Vaif-
> feaux du Port de deux cens ton-
» neaux & au deffous, & neuf livres
» auflipar tonneau pour ceux de deux
» cinquante tonneaux êc au deflus, &
» ce en rapportant des certificats des
» Directeurs de la Compagnie aufdits
|
66 = Hifhoire : À
> Pays, comme lefdits navires y atà
» ront été conftruits. >
» XXX. Permettons à ladite Com
» pagnie de donner des permiflions.
» particulieres à des Vaïiffleaux de nos
» Sujets, pour aller traiter dans les Pays:
2 de fa conceffion, à telles conditions
» qu’elle jugera à propos ; & voulens
» que lefdits Vaiffeaux munis des per«
2 miflionsde ladite Compagnie , jouif
» fent des mêmes droits , priviléges ,
» & exemptions que ceux de la Com-
» pagnie, tant fur les vivres, marchan-
» difes, & effets, qui feront chargez
» fur iceux, que furles marchandifes &
» effets qu’ils rapporteront. |
» XXXI. Nous ferons délivrer de
>» nos magazins à ladite Compagnie
» tous les ans, pendant le temps de fon
» privilege , quarante milliers de pou-
» dre à fufil, qu’elle Nous payera au
æ prix qu'elle Nous aura coûté. L
» XXXII. Notre intention étant.
» de faire participer au Commerce de
» cette Compagnie, & aux avantages
» que Nous lui accordons , le plus
» grand nombre de nos Sujets que
» faire fe pourra, & que toutes fortes
» de perfonnes puiflent s’y intérefler,
» fuivant leurs facultés. Nous voulons
+
de la Louifiane: 67
n que les fonds de cette Compagnie
» foient partagés en Aétions de cinq
» cens livres chacune, dont la valeur
æ fera fournie en Billets de l'Etat, defe
» quels les intérêts feront dûs depuis
» le premier jour du mois de Janvier
» de la préfente année ; & lorfqu’il
>» Nous fera repréfenté par les Direc-
>» teurs de ladite Compagnie, qu’il au-
» ra été délivré des A tions pour faire
»un fonds fufifant , Nous ferons fer-
» mer les Livres de la Compagnie.
» X XXII. Les Billets defdites Ac-
»tions feront payables au porteur,
» fignez par le Caïflier de la Compa-
» gnie, & vifez par un des Directeurs.
» [lenfera délivré de deux fortes, fça-
» voir des Billets d’une Action , & des
» Billets de dix A ions. |
» XX XIV. Ceux qui voudront en-
,, voyer les Billets defdites AGtions
», dans les Provinces, ou dans les Pays
Etrangers, pourront les endoffer pour
» plus grande füreté , fans que les en-
» doflemens les obligent à la garantie
: de l’AG@ion.
._ ,, XX XV. Pourront tous les Etran-
>, gers acquérir tel nombre d’Actions
» qu’ils jugeront à propos, quand mê-
#sme ils ne feroient pas réfidens dans
68 Hifhoire
>, notre Royaume ; & Nous avons dés
» Claré & décrou les Aétions appar=
>, tenantes aufdits Etrangers » non fu-
2, Jettes au droit d’Aubeine, ni à aucune
» confifcation , pour caufe de guerres
; Où autrement ; voulant qu’ils jouif=
>» {ent defdites Actions comme nos Sue
m jets.
» XXX VI. Et d'autant queles pro®
»fits & pertes dans les Compagnies
» de Commerce n’ont rien de fixes
» & que les Actions de ladire Com-
» pagnie ne peuvent étre regardées
» que comme Marchandifes, Nous per-
æmettons à tous nos Sujets, & aux
» Etrangers en Compagnie, ou pour
» leur compte particulier, de les ache-
pter, vendre. & commercer, ainfi
# que bon leur femblera.
» XX XVII. Tout AGtionnaire por-
> teur de cinquante Aétions aura voix
æ délibérative aux Afflemblées : & s’il
> eft porteur de cent AG@ions, il aura
x deux voix ; & ainft par augmenta-
æ tion de cinquante en cinquante. .
» XXXVIIL. Les Billets de l’Etat
#reçus pour le fonds des AGions
# feront convertis en rentes au de
» nier. vingt- cinq, dont les intérefts
æcourfont à commencer du: premicg
| de la Louifiane. 69
> Janvier de la préfente année fur
notre Ferme du Controlle des Ac-
tes des Notaires, du petit Sceau,
& Infinuations Laïques, que Nous
avons hypotéqué, & affecté, hy-
potéquons & affeétons fpécialement
au payement defdites rentes: en
s conféquence il fera pañlé en notre
»nom au profit de ladite Compa-
»pnle, par les Commifiaires de no-
» tre Confeil que Nous aurons nom-
» més à cet effet, des Contrats de qua-
»rante mille livres de rente, perpé-
»tuelle & héréditaire ; chacun faifant
» la reñte d'un million au denier vingt-
» cinq, fur les quittances de Finances
» qui en feront délivrées par le Gar-
» de de notre Tréfor Royal en exer-
cice la préfente année, qui rece-
» vra de ladite Compagnie pour un
» million de Billets de l'Etat à cha-
pque payement; & ce jufqu'a con-
» curfence des Fonds qui feront por-
»mtés pour former les Aions de
» ladite Compagnie. |
» XXXIX. Les arrérages defdites
» rentes feront payés; fçavoir, ceux
» de la préfente année dans les qua-
tre derniers mois d’iceile; & ceux
» des années fuivantes en quatre paye
:
/ ;
#70 Hifloire U
> mens épaux de trois en trois mois,
» par notre Fermier du Controlle de
» Actes des Notaires, petit Sceau8t
» Infinuations Laïques, au Caiffier de
>» ladite Compagnie fur fes quittance:
» vifées de trois des Directeurs, qui
»lui fourniront Copie collationnée
+ des Préfentes, & de leur nomination
2 pour la premiere fois feulement.
» XL. Les Directeurs employes…
»-ront au Commerce de la Compas
x gnie les arrérages dûs de la prés
» fente année des Contrats qui fe:
» ront expédiés au profit de la Com»
» pagnie ; leur défendons très-expref:
» fément d'y employer aucune partien
» des intérefts des années fuivantes..
“ny de contracter aucuns engagez
» ment fur icelles; Voulons que les
» Ationnaires foient régulierement
» payés des intérefts de leurs Aétions,
» à raifon de quatre pour cent pat
» année, à commencer du premier
» du mois de Janvier de l’année pro:
»chaine, dont le premier payement
»pour fix mois fe fera au premier
» Juillet prochain, & ainfi fucceffi=
x vement. k
» XLI. Comme il eft nécefaire
» qu’aufli-tôt après l'enregiftrement
de la Louifiane; EL)
des Préfentes, il y ait des perfon-
nes qui prennent la Régie de tout
ce qu'il conviendra faire pour lars
rangement des Livres, & des au-
tres détails qui doivent former les
commencemens de ladite Compa-
‘paie, ce qui ne peut fouffrir aucun
retardement ; Nous nommerons pour
cette premiere fois feulement les
Directeurs que Nous aurons choi-
à» fis à cet effet; lefquels auront pou«
voir de répgir & adminiftrer les
y Affaires de ladire Compagnie ; la-
> quelle pôurra dans une A fflemblée gé:
y nérale après deux années révolues,
» nommer trois nouveaux Directeurs,
> ou les continuer pour trois ans, fi
»elle le juge à propos; & ainfi fuc-
» ceffivement de trois ans en’ trois ans,
> lefquels Directeurs ne pourront être
> choifis que François ou Regnicoles,
" » XLII. Les Directeurs arrêteront
» tous les ans à la fin du mois de Dé-
» cembre, le Bilan général des Af-
» faires de la Compagnie, après quoi
b ils convoqueront par une affiche pu-
p blique l’Affemblée générale de la-
» dite Compagnie , dans laquelle les
bp répartitions des profits de ladite
Dr feront rélolues & arrê-
pm TÉES.
"2 Hifioire ‘4
> XLIIT. Attendu le grand nom:
» bre d'A ions dont ladite Compas
» gnie fera compofée, Nous jugeons
x néceflaire pour la commodité de nos.
» Sujets, d'établir un tel ordre dans
æ les payemens, tant des intérefisé
_» que des répartitions, que chaque
» Porteur d’Actions puifle fçavoir le
» jour qu’il pourra fe préfenter à [a
» Caifle, pour recevoir fans remif@
» ni délai ce qui lui fera dû. Pouf
» cet effet, Voulons que les rentes!
» defdites Ations, enfemble les ré=
» partitions des profits provenans du
» Commerce, foient payées fuivant les:
» Numéro defdites Actions, en com
» mençant par le premier, fans que là
» Compagnie puifle rien changer à
» cet ordre ; & que les Directeurs faf=
» fent afficher à la porte du Bureau
» de ladite Compagnie, & inférer dans
» les Gazettes publiques les Numér®
» qui devront être payés dans la fes
» maine fuivante, REA É
» XLIV. Les A&tions de la Compas
» gnie, ni les effets d’icelle, enfemble
>» les appointemens des Directeurs , Of
» ficiers, & Employés de ladite Com
» paonie ne pourront être failis pa
» aucune perionne, & fous quelqu
» prétexte)
a
te lu Louifiane: 7S
» prétexte que ce puifle être, pas mé-
#me pour nos propres deniers & af-
» faires ; fauf aux Créanciers des Ac-
»tionnaires à faire faifir & arrêter en-
“tre les mains du Caïflier générai,
» & teneur de Livres de ladite Com-
m-pagnie, ce qui pourra revenir auf
» dits Actionnaires par les Comptes
» qui feront arrêtés par la Compagnie,
m aufquels les Créanciers feront te-
nus de fe rapporter, fans que lef.
» dits Directeurs foient obligés de lewæ
» faire voir l’état des effets de la Com.
» pagnie, ni de leur rendre aucun
compte, ni pareillement que lefdits
Créanciers puiflent établir des Com-
miffaires ou Gardiens aufdits ef-
fets; déclarant nul tout ce qui pour=
foit être fait à ce préjudice.
5 XLV. Voulons que les Billets de
PEtat qui feront remis au Garde de
de notre Tréior Royal par ladite
Compagnie d'Occident , foïent par:
lui portés à lHGtel de notre bonne
Ville de Paris ; auquel lieu en pré-
“fence du Sieur Bignon Confeiller
ordinaire en notre Confeil d'Etat,
“Ancien Prevôt des Marchands, du
#Sieur Trudaine Confeiller en notre
Confeil d'Etat, Prevôt des Mar-
Tome I, : 9,1,
À Hifloire Re
».chands en Charge; des Sieurs de *
» Serre, le Virlois, Harlan, & Bou- :
æ cot , qui ont figné les Billets de E-
» tat avec eux, & des Officiers Mu.
>» nicipaux dudit Hôtel de Ville qui
»sy trouveront, Ou voudront sy
» trouver; lefdits Billets de l'Etat fe-
> ront brûlés publiquement, inconti-
+ nent après l’expédition, de chaque.
æ Contrat, après en avoir dreflé pro-
» cès verbal, contenant les Repiftres,
>» Numero , & fommes; en avoir faic
» mention fur lefdits Repiftres, & les
æen avoir déchargé; lequel procès
>» verbal fera figné defdits Sieurs Pre-
» yôts des Marchands, & autres dé-
» nommés au préfent ÂArticie. |
» XLVI. Les Directeurs auront à
» la pluralité des voix la nomination
» de tous les Emplois, & des Ca-
» pitaines & Officiers fervans fur les
» Vaiffleaux de la Compagnie; aufli-
» bien que des Officiers Militaires,
» de Juftice, & autres qui feront em.
» ployés dans les Pays de fa concef-
> fion ; & pourront les révoquer lorf-
» qu'ils le jugeront à propos: & lef-
» dites nominations de tous lefdits Of-
» ficiers & Employés feront fignées
» au moins de trois des Directeurs s
de la Touifiane: … Et
#-ce qui fera pareille ment obfervé pour.
æ les révocations. |
:.» XLVII. Ne pourront lefdits Di-
» relteurs être inquiétés ni contrainte
+ en leurs perfonnes & biens pour les
» Affaires de la Compagnie. |
> XLVIII. Ils arréteront tous Îles
æ Comptes tant des Commis & Em-
» ployés en France, que dans les Pays
» de la conceflion de la Compagnie,
æ& des Correfpondans ,' lefquels
2 Comptes feront fignés au moins de
“trois defdits Directeurs.
» XLIX. Il fera tenu de bons &
® fidels Journaux de Caïfle, d’Achats,,
* de Ventes, d'Envois, & de Raifon
æ en parties doubles, tant dans la Di-
» rection générale de Paris, que par
_» les Commis & Commiflionnaires de
s la Compagnie, dans les Provinces
» & dans les Pays de fa conceflion,
# qui feront cottés & paraphés par les”
» Directeurs , aufquels fera ajouté foi
» en Juftice. |
» L. Nous faifons don à ladite Com-
» pagnie des Forts, Magazins, Mai-
» fons, Canons, Armes, Poudres,
Brigantins , Bateaux, Pirogues, &
»autres Effets & Uftenciles que Nous
» avons préfentement à la Louifiane,
D i]
m6 Hiffoire |
# dont elle fera mife en poñleffion fut
» nos ordres qui y feront envoyés
# par notre Confeil de Marine.
» LI. Nous faifons pareillement don
» à ladite Compagnie des Vaifleaux ,
» Marchandifes & Effets que le Sieur
» Crozat Nous à remis, ainfi qu’il eft
_» expliqué par l’Arrêt de notre Con-
» feil du vingt-troifiéme jour du pré-
» fent mois , de quelque nature qu'ils
» puiflent être, & à quelque fomme
» qu'ils puiflent monter ; à condition
» de tranfporter fix mille Blancs , &
p trois mille Noirs au moins, dansles
» Pays de fa conceflion pendant la dus
> rée de fon privilege. |
» LIL. Si, après que les vingt cinq an-
» nées du privilege que Nous accor-
» dons à ladite Compagnie d'Occident
» feront expirées, Nous ne jugeons
» pas à propos de lui en accorder la
> continuation ; toutes les Ifles & T'er-
> res qu'elle aura habitées , ou fair ha-
» biter avec les droits utiles, Cens,
» & Rentes qui feront dûs par les”
» Habitans , lui demeureront à perpé-
» tuité en toute propriété, pour en
> faire & difpofer ainfi que bon lui
» femblera. comme de fon propre hé-
# ritage, fans que Nous puiflions rex
de la Louifiane 7
À w | 2 5 ,
» tirer lefdites Terres ou [fles, pour
» quelque caufe, occafion, ou pré-
_» texte que ce foit : à quoi Nous avons
» renoncé dès-a-préfent ; à conditiof
»> que ladite Compagnie ne pourra ven-
» dre lefdites Terres à d’autres qu'à
» nos Sujets ; & à l'égard des Forts,
» armes & munitions, il Nous fe-
» ront remis par ladite Compagnie,
» à laquelle Nous en payerons la va-
» leur fuivant la jufte eftlimation qui
» en fera faite. if
» LIIT. Comme dans l’Etablifie-
» ment des Pays concédés à ladite
» Compagnie par ces Préfentes, Nous
» regardons particulierement la gloire
» de Dieu, en procurant le Salut des
»> Habitans Indiens, Sauvages , & Ne-
» gres, que Nous défirons être inf-
» truits dans la vraye Religion, la“
» dite Compagnie fera obligée de b&<
> tir à $ dépens des Epliles dastes
» lieux de fes Habitations; comme
» aufli d'y entretenir le nombre d’Ec=
_» cléfiaftiques approuvés qu'il fera né-
» ceffaire: foit en qualité de Curés,
ou tels autres qu’il fera convena-
»ble, pour y prêcher le Saint Evans
» gile , faire le Service Divin, & y
# adminiftrer les Sacremens : le tout
D ïïj
SE Hifloire |
» fous Pautorité de l'Evêqué de Qué-
æ bec; ladite Colonie demeurant dans:
>» {on Diocefe, ainfi que par le paf-
>» LÉ; & feront les Curés, & autres
» Eccléfiaftiques que ladite Compa-
>» gnie entretiendra, à fa Nomination
» & Patronage. | |
» LIV. Pourra ladite Compagnie
= prendre pour fes Armes un Ecuflon
» de Sinople, à la pointe ondée d’Ar-
» gent {ur laquelle fera couchéun Fleu-
æ ve au naturel, appuyé fur une cor
> ne d'Abondance d’or au chef d’a-
» zur , femé de fleurs de lys d’or,
# foutenu d'une face en: devife aufli
» d’or, ayant deux Sauvages pour Sup-
» ports, & une Couronne trefllée ; lef-
æ quelles Armes Nous lui accordons,
- » pour s’en fervir dans fes Sceaux &.
» Cachets, & que Nous lui permet-
» tons de faire mettre & appofer à
e fes Edifices, Vaïffleaux, Canons, &
5 par tout ailleurs où elle jugera à
æ propos. PAL ER
x LV. Permettons à ladite Compa-
» gnie de drefler & arrêter tels Sta-
» tuts & Réglemens quil appartien-
æ dra ; pour la Conduite & Direction
s de fes Affaires & de fon Commer-
y ce, tanx en Europe, que dans les
| de la Louifianes _ #$
‘# Pays à elle concédés: lefquels Sta-
» tuts & Réglemens Nous confirme-
» rons par Lettres Patentes, afin que
_» les Tntéreffés dans ladite Compa-
_» gnie foient obligés de les exécuter
» felon leur forme & teneur.
_» LVI. Comme notre intention n’eft
> point que la protection particuliere
» que Nous accordons à ladite Com-
» pagnie puifle porter aucun préjudi-
» ce à nos autres Colonies, que Nous
> voulons également favorifer ; défen-
> dons à ladite Compagnie de pren-
» dre ou recevoir , fous quelque pré-
» texte que ce foit , aucun Habitant
æ établi dans nos Colonies, pour les .
» tran{porter à la Louifiane, fans en
. » avoir obtenu la Permiflion par écrit
» de nos Gouverneurs Généraux auf-
» dites Colonies, vifée des [Intendans
_» où Commiffaires Ordonnateurs.
» Si DONNONS EN MANDEMENT à
x nos Amés & Feaux Confeillers les
_» Gens temans notre Cour de Parle-
» ment, Chambre des Comptes, &
» Cour des Aides à Paris, que ces
» Préfentes ils ayent à faire lire, pu
> blier, & répifirer ; & le contenu
æenicelles garder, obferver, & exé-
> cuter felon leur forme &c teneur;
rs
+. 2
+
89 Hifhoire
,, nonobftant tous Edits, Déclarations ; -
» Reglemens, Arrêts, ou autres cho-"
»» es à ce contraires, aufquelles Nous
4, avons dérogé , & dérogeons par ces
» Préfentes. Aux Copies defquelles
, collationnées par lun de nos amés .
, & feaux Confeillers-Secretaires ,
,, Voulons que foi foit ajoutée comme
> à lOriginal: CAR tel eft notre plai-
ir. Et afin que ce foit chofe ferme
., & ftable à toujours, Nous avons
,, fait mettre notre $cel à cefdites Pré-
fentes. DONNÉ à Paris au mois
, d'Août, l'an de’Grace 1717, 6
» de notre Regne le deuxiéme. Signé,
» LOUIS ; Et plus bas, Par le Roi,
= LE Duc D’ORrLEANS Régent, pré-
, fent. PHELIPEAUXx, Vila, DAGUuESs-
,, SEAU. VG au Confeil, VILLEROYS
., Et fcellé du grand Sceau de ciré
., verte, en lacs de Soye rouge & verte.
Résiftrées , oui & ce requerant le Pro-
cureur Général du Roi, pour être exé-
cutées felon leur forme € teneur, fans
néanmoins que les Statuts qui feront ci-
‘après dreflés par la Compagnie d'Occi-
dent , puiffent avoir exécution gwaprès
avoir été confirmés par Lettres Paten-
-_ ges du Roi régifirees en la Cour; & Cox.
| de La Louiliane. Sr
Dies collationnées des préfentes Lettres
être envoyées aux Bailliages © Sené
chaullés du Reffort, pour y être lues,
publices & régifirées ; Enjoint aux Sub-
fétuts du Procureur Général du Roi d'y
senir La main, &' d’en certifier la Cour
dans un mois. À Paris en Parlement,
de fix Septembre mil fept cens dix-fepr.
Signé, GILBERT. |
Régifirées en la Cour des Aides; ouë
le Procureur Général du Roï, pour être
exécutées felon leur forme & teneur, &
queles Procés & Différends qui naïîtrons
à l'occafion des droits du Roy, percep-
tion & dépendances d'iceux, feront inf=
truits &* jugés en premiere Inflance par
les Juges qui en doivent connottre, fauf
L'appel en la Cour. À Paris, les Cham-
bres affemblees, le vingt-trois Décembre
anil fept cens dix-huit. Signé ROBERT,
\
82. _ Hifhire
GH AP LENS V.
L'Auteur dl mis en pofeffion de. e
- terrein: Waine crainte que l’on a des
Crocodiles : Erreur commune fur læ
maniere de penfer. des Naturels:-L’ Aus
teur prend la réfolution d'aller s'éta=
blir aux. Naichez.
À RRrvÉ au Bayouc Tchoupic.;:
le fieur Lavigne, Canadien, met
Vogea dans une cabane des Aquelou=
Piffas, defquels il avoit acheté le Vil-
lige ; il en donna d’autres à mes Ou-
vriers pour fe loger ; & nous fümes
heureux de trouver tous en arrivants
_ de quoi nous mettre à l'abri des
injures de l'air, dans un endroit pour
lors inhabité, Pea de jours après.
mon arrivée, j’achetai d’un Habitant
V Auteur acer voifin.une Elclave Naturelle, afin de
Mumele m ‘afsûrer une perfonne pour nous faire
à manger,dans un Pays dont je m |
percevois que les Habitans faifoient
leur poflible pour débaucher nos Ou- |
“vriers, & fe les attirer par de belles
gromefles. Nous. ne nous entendions
de la Louifiann S3
point encore mon Efclave & moi ;
mais je me faifois entendre par fignes,
ce que ces Naturels comprennent ai
fément ; elle étoit de la Nation des
TFchitimachas, avec qui les François
étoient en guerre depuis quelques an-
nées. |
Je fus chercher un emplaceinent fur
le Bayouc S. Jean , à une petite de-
mie-lieue de lendroit où devoit être
fondée la Capitale , laquelle n’étoit
encore marquée que par une baraque
couverte de feuilles de Latanier , &
que le’ Commandant avoit fait bâtie
pour fe loger, & aprés lui M. Paillou.,.
qu'il laifloit Commandant de ce Pofte.
J'avois choïfi cet endroit par préfé-
rence, dans la vüe de me défaire plus
_aifément de mes denrées , & dé n’a-
voir pas fi loin à les tranfporter 5 j'as
vertis de mon choix M. Paillou; qui
vint m'en mettre en poffeffion au nom:
de Compagnie d'Occident,
Je bâtis unebaraque fur mon Habi-
tation , environ à vingt-cinq toi-
fes du Bayouc S. Jean , en attendant:
que j'eufle bâti ma maïfon , & des loge-
mens pour mes gens. Comme ma ba-
faque étoit compofée de matieres ex:
ttémement combuftibles, je faifois’
PS D vj.
L'Efclave de
84 | Hifloire |
faire le feu à une grande diftance ;5«
pour éviter les accidens ; de forte que |
ce feu étoit prefque à moitié chemin
du Bayouc, ce qui donna lieu à une !
avanture qui me fit revenir des pré-
jugés que l’on a en Europe , en con-
féquence des Rélations qui courent de
tems en tems. Le récit que je vais en
donner , pourra peut-être faire le mê-
me effet {ur l’efprit de ceux qui pen-
fent encore comme je penfois alors.
Il étoit prefque nuit, lorfque mon
Pr TE
PAuteur tueun Ffclave apperçût à une toife près du feu
Crocodile,
un jeune Crocodile de cinq pieds de
long , qui regardoit le feu fans re-
muer : j’étois dans le jardin près de-làs
elle me fit des fignes redoublés pour
me faire venir ; j'accourus. En arri-
vant elle me montra ce Crocodile fans:
me parier. Dans le peu de tems que
je lexaminai y je reconnus que fa vûe
étoit fi fixée fur le feu , que tousnos
mouvemens n'étoient pas capables de
le diftraire ; je courus à ma cabane
chercher mon fufl, étant bien affuré
de mon coup : mais quelle fut ma fur-
prife en fortant de ma cabane, de voir
mon Efclave un gros bois à la main
qu'elle leve en Pair , & avec lequel:
elle afomme cet animal ? Me voyant
da
+
_ de la Louifiane. 8
#rriver , elle fe mit à foûrire & me dit.
bien des chofes que je ne comprenois.
pas ; mais elle me fit mieux entendre
par fignes ; qu’il n’étoit pas nécefaire
d’avoir un fufil pour tuer cette bête;
puifque le bois qu’elle me montroit ,.
avoit été fuffifant.
Le lendemain l’ancien Maître de mon:
Efclave vint me demander du plant de
falade , car j'étois le feul qui euffe du
jardinage , parce que j’avois pris mes-
précautions peur conferver les grai-
nes que je tranfportois. Comme il fça- Mere
voit parler la Langue vulgaire des Na. L° on à 3
turels ; je le priai de demander à
cette fille , pour quoi elle avoit tué *
fi précipitament ce Crocodile que
je voulois tuer d’un coup de fuñl,
pour ne pas lexpofer à être dévo-
rée: il fe prit à rire, & me dit que
tous ceux qui arrivoient de France
croyolent cet animal redoutable, quoi-
qu'il ne le fût nullement , & que je ne
devois pas être furpris de ce que j’a-
vois vû faire à cette fille, puifque fa
Nation habitoit fur les bords d’un Lac
qui étoit rempli de ces animaux ; que
les enfans . lorfqu’ils en voyoient des
petits à terre , les pourfuivoient & les
tuoient, qu’alors Jes gens de la cabane
CET
Fra
fortoïent pour les écorcher 3 qu’ils [ess
emportoient , & en faifoient bonne
chere: Re
Il lui parla, & me raconta ce qu’el:
le venoit de luï dires que me voyant
courir à ma cabane , elle avoit crü que.
_j'avois peur, & qu’elle ne le craignoit.
point; que fielle eût fçû que j'avais.
envie de le tuer , elle fe feroit écartée.
& m'auroit laiflé faire. |
Dans ces commencemens je ne fça-
vois ni la Langue, ni les coutumes ;:
encore moins là maniere de penfer des:
Naturels , aufquels on donne le nom,.
qui prévient de façon à ne leur accor-
der prefque rien de ce qui fait l’hom-
me , pas même la figure que l’on s’i-
magine fauffement être différente de la:
_ Dérélé de nôtre. Prévenu de la forte , comme
M Raer avec tous les Européens qui ne fe donnent
Eu point la peine de s’en inffruire dans:
les véritables fources,un Habitant an:-
cien dans le Pays, me fit traiter d'un:
fufil à un Chef de Guerre des Naturels.
voifins. J’euslieu d’être furpris de voir
_ un Général d'armée de ces Peuples:
avec un habit d Arlequin, tout neuf,
& qu'il avoit acheté depuis peu ; il:
m'apprêta plus d’une fois à rire avec.
get habillement , avec lequel il fe quar=
à de la Louifiane.
toit & fé donnoit des airs ; il {e croyoit
réellement très-diftingné de fes Com-
patriotes, au moyen de cet habit d’une
nouvelle ordonnance , qu’il avoit payé
bien cher , à ce que j'appris ; maisil
eft à remarquer que ces Naturels don-
nent ce qu’on leur demande pour cho-
fes qui leur font plaifir, fur -tout fr
elle eft extraordinaire , comme l'étoit:
en. effet l’'habit dont il avoit fait lPac-
quifition.. :
Nous convinmes qu'il me donne-
roit pour mon fufl trente grofles va-
_lailles, il m'en donna vingt fur le:
champ ;. mais comme les dix autres ne:
venoient point aflez vite à mon gré ;.
je fusafon Village avec l’ancien Habi-
tant; je repris le fufil, & lui fis dire:
que. je le. lui remettrois lorfqu’il au--
xoit achevé le payement , s’il n’aimoit-
mieux reprendre fes vingt volailles.
Ma façon d’agir ne lui plût point ; il
_ avoit envie de mon fufil., & n'avoit
pas de quoi-le payer ; c'eft pourquot il
prit le chemin de la Nouvelle Orleans
pour fe plaindre au Gouverneur.. Je
fus mandé pour déduire mes raifons.z
M. de Biainivilleme demanda pourquoi
javois repris mon fufil après Pavo
traité ; que c’éroit l’ufage, & que tous
2 :. Hifloire RAR
les joufs on traitoit avec eux fans craïr
dre de rien perdre 3 mais qu'il falloits
attendre: je lui répondis qu'ayant let
pouvoir en main, il ne lui feroit pass
difficile de me faire payer , ou que
ce Sauvage reprit fes volailles, pui$-
que les mêmes exifloient encore 5*
mais que je ne voulois pas être duppeñ
d’un Sauvage, que je regardoïs com
me une Bête brute ( car je les croyois:
tels alors ).. Le Gouverneur me repli-
qua que je ne connoïflois pas encore!
ces gens-là , & que quand je les con-
noïîtrois, je leur rendrois plus de jufti=
ce : il difoit bien vrai ; jai eu le tems
de me détromper , & je fuis perfuadé
que ceux qui verront le portrait fidéle
que j'en ferai ci-après, conviendront
avec moi ,;que l’on a grand tort de
“Bonnes qua: Nommer Sauvages des hommes qui fça:
Hrés des Natu- vent faire un très-bon ufage de leur
me raifon , qui penfent jufte , qui ont de’
la prudence , de la bonne foi, de la
générofité , beaucoup plus que certai-
nes Nations policées, qui ne vou=
droient point fouffrir d'être mifes en:
comparaifon avec eux, faute de fça=
voir ou vouloir donner aux chofes le:
prix qu’elles méritent. HET
Je me plaifois dans mon Habitation,
ee
sé
de la Louifiane. 89
& j'avois eu des raifons que j'ai rap-
portées ,; qui me l’avoient fait préfé-
férer; cependant j'eus lieu de croire
que l’air ne devoit pas y être des meil-
leurs, ce pays étant fort aquatique ;
cette caufe d'un aïr mal-fain n’exifte
plus aujourd’hui, depuis que l’on a dé-
friché le terrein, & que lon a fait une
levée devant la Ville. La qualité de
la terre y eft très-bonne , puifque ce
que j'y avois femé y étoit trés-bien
venu 3 d’ailleurs au Printems ayant
trouvé quelques noyaux de pêches
qui commencoient à germer, je les
plantai ; P'Automne fuivant ils avoient
pouñlé des tiges de quatre pieds de
haut, & les branches au-deffus étoient
dongues à proportion. ae
_ Nonobftant ces avantages, je pris le
parti de quitter cette Habitation pour
en aller faire une autre à cent lieues plus
haut; je vais dire en peu de mots les
raifons que je crûs aflez fortes pour.
my déterminer.
_ Mon Chirurgien vint me deman=
der fon congé, me faifant connoître
qu'il me devenoit inutile près d’une
Ville qui fe formoit, & où il y avoit
un Chirurgien beaucoup plus habile
que lui ; qu’on lui avoit parlé fi avans
90 Hifloire 1
tageufement du Pofte des Natchez
On propote à qu'il défiroit d’autant plus aller si
jaureur d'al- établir, que n'y ayant point de Chi
| ux Nat- k 4 ’ . née |
she . rurgien, ti y feroit mieux'fon compte
Je lui dis que mon caractère me dif
pofant à faire plaifir, je me porteroïs
à l'obliger par préférence, fi ce qu'il
me difoit n’étoit point une pure in"
vention. Pour me prouver Îa vérité
de ce qu’il venoit de m’avancer , il
fut à linftant chercher l’ancien Habi=
tant qui mavoit vendu mon Efclas
ve, lequel me confirma Îa chofe, en
m'afsürant que la beauté du Pays des
Natchez , jointe aux autres avantages
que l’on y trouvoit lui faifoit abans
donner celui-ci pour aller habiter l'aus
tre, & qu'il comptoit en Être biem
- dédommagé en très-peu de tems, Sus
ce recit je donnai congé à men Chi
rurgien , fansautre retribution que des
promefles de prier Dieu toute fa vié
pour moi. | L
Mon Efclave étoit préfente au dif=
cours que je viens de rapporter ; elle”
entendoit déja affez bien le François ?
& moi la Langue vulgaire du Pays,
& aufli-tôt que l’ancien Habitant &
mon Chirurgien furent fortis , elle me
ünt ce difcours : « Tu devrois auf
ent #
_ de La Louifiane. CE
» aller dans ce Pays-là ; le Ciel y cft
» bién plus beau qu'ici ; le gibier y ef#
» beaucoup plus commun ; & comme
» j'y ai des parens qui s’y font retirés
» pendant la guerre que nous avions
» avec les François, ils nous appor-
> teroient les chofes dont nous aurions
» befoin ; ils m'ont dit que ce Pays
» eft beau, que l’on y vit bien, &
5 que les hommes yÿ vivent fort
> VICUX ».
Dès le lendemain je fis à M. Hu-
sert, Directeur de la Compagnie, le
apport de ce que l’on m’avoit dit des
Natchez : il me dit qu’il étoit fi per-
nadé de tout le bien que l’on difoit
Me ce Canton, qu’il fe préparoit pour
y aller prendre fa conceffion , & y
établir une forte Habitation pour la
Compagnie ; & continuant fon dif-
cours : « Que je ferois charmé , me
>» dit-il, fi vous vouliez alier en fire
» autant! Nous nous ferions compa-
>» gnie l'unà l'autre, & vous y feriez
5 fans contredit vos affaires beaucoup
» mieux que dans l'endroit où vous
» êtes
Son difcours & l’amitié que nous I f dére
à ; 1° / . mine à y alierg
avions l’un pour l’autre , me détermi-
Imerent entierement 3. Je quitral peu
92? Hifloire 0
après mon Habitation, & fus lo
dans la Ville, en attendant loccal
de partir, &des Négres qui devoien
arriver dans peu. Mais avant quest
poufler plus loin cette narration
crois être obligé de rapporter ce@h
fe paffa au fujet du Fortde Penfacoler
fitué dans la Virginie. Ce Fort ap
partient aux Efpagnols, & fert d'en
trepôt ou de relâche aux Gallions d’En
pagne, lorfquils partent de la Vert
Cruz pour retourner en Europe
de la Louifiane, 03
CHAPITRE VI.
rprife du Fort de Penfacola par les
“ François: Les Efpagnols le repren-
ment: Les François l'ayant repris le
démoliffent. a
Enrs le commencement de 1719;
le Commandant Géneral ayant
pris par les derniers Vaiffleaux arri<
és, que la guerre étoit déclarée entre
France & lPEfpagne , réfolut de
rendre le Pofte de Penfacola aux Ef-
agnols. IL eft dans’ le Continent , à
uinze lieues environ de l'Ifle Dauphi-
Pentrée de la rade ; vis-à-vis eft un
lortin fur la pointe del’Oueft de lFfle
ainte-Rofe qui défend de fon côté
entrée de la rade : ce Fortin n’a qu’une
rarde pour fa défenfe.
_ Le Commandant Général perfuadé
qu’il lui écoit impoffble de faire le Sié-
se de cette Place dans les formes,vou=
lut la furprendre, fe confiant fur l’ar-
| fpagnols , quiignorojent encore que
e ; il eft défendu par un Fort de pieux
deur des François & la fécurité des
EC CTEEN, |
CRT
4 Fifloire |
nous fuffions dans l'Europe en guerri
avec eux. Dans cette vüe il raflembl
le peu de Troupes qu'ilavoit,avec plu:
fieurs Colons Canadiens & François
nouveaux arrivés, qui y furent volons
tairement. M. de Chateauguiere {on
frere & Lieutenant de Roï commandoit
{ous lui, enfuite M. de Richebourg
Capitaine ; ilarma cette Troupe, &
après avoir fait les provifions néceffai-
res en munitions de guerre & de bou-
che, il s’embarqua avec cette petite
Armée , & à la faveur du bon vent il
arriva dans peu à fon terme. Les Frans
çois mouillerent près du Fortin & fi-
rent leur defcente fans être apperçüs,
{e faifirent du Corps de Garde du For-
tin, & mirent aux fers les Soldats de la
Garde ; cette expédition fut faite en
moins de demie-heure. On habilla quel-
ques Soldats François de leurs habits
pour faciliter la furprife de l’Éanemi.
La chofe réuffit à fouhait : le lende-
main dès la pointe du jour on apper-
| çut le bateau qui portoit le détache-
y enene EOt de Penfacola ; il venoit relever la
Furprennenc Garde du Fortin : on fit battre la mar-
Penfñcol che Efpagnole, les François déguifés
les reçurent, les mirent aux fers & fe:
revêtirent de leurs habits. Les Frans
+ la Lauif ane 9$.
de es paflerent dans le même :
ateau , furprirent la Sentinelle, le
Jr ps de Garde & enfin la Garnifon ,
1fqu’au Gouverneur qui fut pris dans
LL lit ; tout fut fait prifonnier, & il
y eut point de fang répandu.
“Le Commandant Géneral , dans la
rainte de manquer de vivres, fit par-
“les prifonniers fur un Vaileau, les
refcorter par quelques Soldats queM.
e Richebourg commandoit , pour les
émettre à la Havane ; il Te dans
“enfacola M. fon frere pour ycomman-
er, , & une Garnifon de foixante hom-
nes. Sitôt que le Vaifleau François eu
souillé à la Havane, M. de Riche-
vourg fut à terre avertir le Gouver-
“eur Efpagnol de fa commiflion ; ce-
si-ci le reçut avec politefle Le pour
“i témoigner {a reconnoïifance _ille
LL prifonnier de même que les Officiers
ui Paccompagnoient , fit mettre les
voldats aux fers & en prifon,où ils fu-
*ent pendant quelque tenis expofés à
dfaim & aux infultes des Efpagnols ,
*e qui détermina plufieurs d’entr’eux
le prendre parti dans le fervice d'Ef-
sagne pour {e tirer de la mifere extrè-
me dans laquelle ils gémifloient.
©
eriaieiuns des F rançois nouvel.
L
| F5 ‘2
06... Hire
lement engagés dans les T roupes Efpae
gnols inftruifirent le Gouverneur d
la Havane , que la Garnifon Frans
çoife que l’on avoit laiflée à Penfacola
_étoit très-foible ; il réfolut à fon tour
d'enlever ce Fortpar repréfailles. À cet
effet il fitarmer un Vaïfleau de la Na-
tion avec celui que les Françoisavoïent
conduit à la Havane ; le Vaiffeau Ef
pagnol fe rangea derriere l'Ifle Sainte-
Rofe,& le Vaiffeau François fe préfenta
avec fon Pavillon naturel devant le
Fort. La Sentinelle demanda par qui
éroit commandé le Vaïffeau ; on lui
répondit que c’étoit par M. de Riche
bourg : ce Vaiffeau mouilla, Gta le Pa-
villon François, arbora celui d’Efpagne
& l’affura de trois coups de canon. À ce
fignal dont les Efpagnols étoient con-
venus, le Vaiffeau Éfpagnol joignit le
premier, puis fommerent les François
- de fe rendre. M. de Chateauguierere
fufa la propoñition ; il tira fur les Ef-
pagnols, & l’on fe canona jufqu'à la
nuit.
Le lendemain la canonade continu
jufqu’à midi que les Efpagnols cefle-
rént de tirer,pour fommer de nouvea
le Commandant de rendre le Fort :1
demanda quatre jours, on lui en accor
F de la Louifrane: NL,
da deux ; pendant ce tems il envoya
demander du fecours à fon frere qui n’é-
toit pas en état de lui enenvoyer.
_ Leterme expiré, l'attaque recommen-
ça 3; le Commandant fe défendit géné-
reufement jufqu’à lanuit, dont les deux
tiers de la Garnifon profiterent pour
“abandonner leur Gouverneur , qui
n'ayant plus qu'une vingtaine d’hom- Les Ptapnot.
mes fe vit hors d'état de réfifter pus tement
ong-tems ; il demanda à capituler, on cn
ui accorda tous les honneurs de la
“guerre ; maïs en fortant de la Place il
En fait Prifonnier avec tous fes Sol-
dats : cette infraction à la capitulation
fat occafionnée par la honte qu’eurent
les Efpagnols d’avoir été forcés à capi-
tuler de la forte avec vingt hommes
eulement. |
. Dès que le Gouverneur de la Ha-
ane eût appris cette reddition du
Fort, & s'imaginant follement avoir
“erraffé au moins la moitié de tous fes
Ennemis , il fit de grandes réjouiffan-
es dans fon Ifle , comme s’ileûtrem-
porté une Victoire décifive, ou enlevé
ux François une Citadelle d’impor-
ance. Il fit auffi partir plufieurs Vaif-
eaux pour avitailler & rafraîchir fes
Guerriers, qui felon lui devoient avoir
Tome I,
Yis veulent
prendre l’ifle
Laupuine.
tout fon canon du côté de l'Ennemi ; &
que je viens de la décrire.
Le nouveau Gouverneur de Penfa 4
cola fit réparer & même augmenter les”
fortifications de fon Fort ; 1l envoya
enfuite le Vaifleau le Grand Diable
armé de fix piéces de canons pour!
prendre PIfle Dauphine, ou tout au
moins lui donner la peur. Le Vaifleau
le SaintiPhilippe qui étoit en rade , en=
cra dans un trou, s’y affourcha , mit
fit voir au Grand Diable, que les Saints
Léfiftent à tous les efforts de l'enfer
Ce Navire par fa fituation fervoit de!
Ciradelle à cette Ifle, qui navoit ni
fortifications ni retranchemens , ni
fenfe quelconque , fi on en excepte une
batterie de canon à la pointe de PE,
avec quelques Habitans qui gardoient
11 Côte & empêchoient la defcente. Le
Grand Diable voyant qu'il n'avançol:
en rien , fut contraint pour fe délafler
d'aller piller en terre ferme l’HabitatiOr
du fieur Miragouine, qui étoit aban-
donnée. Dans ces entrefaites arriva Gé
Penfacola un Diablotin qui étroit of
Pinkre pour aider le Grand Diable
Dès qu'ils furent réunis, ils recommel |
Ou
(D
de la Loufiane: |
AU x 9 , ?, 1
Cerent à canoner l’Ifle qui leur répon-
dit vigoureufement.
. Dans le tems que ces deux Bâti-
mens eflayoient en vain de prendre no-
tre Ifle, on vit paroïtre une Efcadre de
"cinq Vaiffeaux,dont quatreavoient Pa-
:villon Efpagnol, & le plus petit le por-
toit de France en Berne, comme s’il
eût été pris par les quatre autres. Les
"François y furent trompés auffi bien
que les Efpagnols ; les François re-
“connurent le petit Vaiffeau qui étoit
la Flute La Marie, commandée par le
brave M. Japy ; & les Efpagnols per-.
fuadés par ces apparences qu’en leur
énvoyoit du fecours , députerent deux
Officiers dans une Chalouppe à bord
du Commandant ; mais ils ne furent
plûtôt arrivés qu’ils furent faits
Prifonniers.
+ C’éroit en effet trois Vaifleaux de
guerre François & deux de la Compa-
ignie commandés par M, de Chame-
lin : ces Vaifleaux portoient plus de
“huit cens Soldats, & une trentai-
me d'Oficiers , tant Supérieurs que
Subalternes , tous anciens & bons fer-
viteurs du Roi, pour refter à la Loui-
fiane. Les Efpagnols ayant reconnu
“leur erreur , s’enfuirent à Pen‘facola
E i
100 Fiffoire |
_- porter la nouvelle de ce fecours arrivé |
aux François. : 4
L’Efcadre mouilla devant l'Ifle, mit M
Pavillon François & falua laterre, qui M
lui répondit avec fon canon & des cris “
redoublés de vive le Roi. L'on tira le#
Saint Philippe du Trou Major & onle
joignit à l’Efcadre; on fit encore em-
barquer des troupes, & on laifla la
Marie devant l'fle Dauphine, à caufe
de fon extrême pefanteur.
Le fept Seprembre le vent s'étant
trouvé favorable, l’Efcadre mit à la
voile pour aller à Penfacola ; on mit à
terre chemin faifant près de Rio Perdido
les troupes qui devoient attaquer fur le
Continent, après quoi les Vaifleaux
précédés d’un bateau qui leur indiquoit
la route entrerent dans le Port ; ils:
mouillerent & s’affourcherent malgré.
_ plufieurs décharges de canon du Fort,
qui eft deflus l’ffle Sainte-Rofe, Les!
Vaifleaux ne furent pas plutôt affour-
chés,que l’on fe canona de part & d'au:
tre : nos cinq Vaifleaux avoient à com-
battre deux Forts & fept Voiles qui
étoient dans le Port ; mais le grand
Fort de la terre ne tira qu’un coup de
canon fur notre armée, dans laquelle
le Gouverneur Efpagnol ayant apper=
/
de li Louiïfiane. op
çu plus de trois cens Naturelscomman:
dés par M. de Saint Denis, dont la
. bravoure étroit très- connue, eut fi peur
de tomber entre leurs mains qu’il ame-
ha le Pavillon & rendit la Place.
L'on combattit encore environdeux Les François:
… heures ; mais la groffe Artillerie de KP Le
notre Chef d’Efcadre faifant grand fra- cola.
cas, les Efpagnols crierent plufieurs
fois fur leurs Vaiffleaux : améne Le Px-
_villon ; mais la frayeur les empêchoit
_ d'exécuter cetordre ; il n’y eut qu’un
Prifonnier François que ofa le faire à
leur place ; ils abandonnerent leurs
Navires en laiffant des mêches qui dans
-peu de tems y auroient mis le feu. Les
* François Prifonniers dansl'entre-pont,
_nentendant plus le moindre bruit, fe
douterent de leur fuite, monterent,dé+
-couvrirent le defflein des Efpagnols ;
- Oterent les mêches , empêcherent äinf
que le feu ne prit aux Vaïffleaux, & en
avertirent le Chef d'Efcadre ; le petit
Fort ne tint plus qu'une heure , au
bout de ce tems il fe rendit, faute de
poudre ; le Commandant vint lui-mé- )
- me remettre fon épée à M. de Chame-
fin qui lembraffa, lui rendit fon épée,
6e lui dit qu'il fçavoit faire la différence
d’un brave Officier d’avec celui qui ne
E üj
»
1ô2 . Hiffoire | |
l'étoit pas ; il lui donna fon Vaifleam
pour prifon , au lieu que le Comman-
ï
dant du grand Fort fut un fujet de ri<.
fée pour lés François. _
L'on fit Prifonniers de Guerre tous.
les Efpagnols des Vaïfleaux & des!
deux Forts ; mais les Déferteurs Fran
çois au nombre de quarante tirerentaü
fort ; & onen pendit la moitié aux
vergues du Vaïffleau ; les autres furent
condamnés à être forçats de la Com-
pagnie pendant dix ans dans le Pays,
Le même jour on apperçüt en mer
un grand bateau qui venoit droit à
Penfacola ; on fe douta qu'il étoit Ef<
pagnol : on mit le Pavillon de cette Na-
tion ; il y fut trompé, il entra dans le
Port, y mouilla & falua la flamme :
mais il fut bien furpris, lorfque le.
Grand Diable, qui nous appartenoit
alors, lallongea , & ne répondit à fon
Salut que par une décharge de mouf-
queterie & par des cris de, Vive le
Roi de France. Le Capitaine fe rendit,
après avoir laiffé tomber dans la mer
une boëte de plomb ; un Soldat qui le
vit fe jetta à la mer & rapporta la boë=
te. On y trouva une Lettre du Gous
verneur de la Havane à celui de Pen
{acola, par laquelle il lui marquoit, que,
| de la Louifiane. 10%
fe doutant point que la valeur des Ef
| im ne les eût rendus Maîtres du
Pays des François, & qu'ils ne les euf=
{ent tous fait Prilonniers , il ordonnoit
… faute de vivres deles envoyer travailler
. Aux mines. il |
… Ces ordres rendus publics n’adou- Demolition de
. cirent point le fort des Prifonniers Ef- ddr
pagnols : il fe trouva fur ce bateau
. beaucoup de rafraïchiffemens qui firent
… plaifiraux Vainqueurs. M. de Chame-
bin fit démolir les deux Forts, & l’on
ne conferva que trois ou quatre mai-
… fons avec un Magazin ; ces maifons
. devoient fervir aa logement de l’Ofi-
… cer, du Corps de Garde,& du peu de
. Soldats qu’on y laïffa ; le refte des Co-
Jons fut tra nfporté à l’Ifle Dauphine,
& M. de Chamelin partit pour repaf-
fer en France. un |
. Cette guerre de Penfacola m’a oc:
_cafonnéune digreffion que l’on me par-
donnera , fi l’on veut faire attention
que je ne pourrois la pafler fous filen-
ce, puifqu’elle eft arrivée de mon tems,
& pour ainfi dire fous mes yeux,& dans
le tems que je demeurois près de la
nouvelle Orléans ; c’étoit d’ailleurs
| dans les commencemens que la Colonie
SÉtablifloit dans cette grande Province
E iv
ro4 | Hifhire
dont je donne ici l’Hiftoire, & que le
Habitans de ce Pays faifoient une partie
des troupes qui furent au Siége de ce”
Pofte, qui efl fur le même Continent , j
_& fi peu éloigné des limites de notre"
terrein , que les Efpagnols entendent
les coups de fufil que les François ti="
rent, lorfqu’ils les avertiffent par ce fi-
gnal, qu’ils viennent pour traiter des!
Marchandies,
=
l
; |
|
;
LE er Lo
Z =
de la Louifianes IO$
CHAPITRE VIE
| Calumet de Paix des Tchirimachas #
… Leur Harangue au Commandant Gé-
_ neral: Avarture fi finguliere.
| À à REs avoir quitté, comme je l'ai
dit plus haut, mon Habitation
qui n'étoit Eélotioée de la Ville que d’u-
ne demie lieue, je vins enfin demeurer
à la Capitale pendant deux mois.
J’eus occafion pendant ce féjour de
fatisfaire ma curiolité au fujet du Calu-
met de paix(1 1) dont j'avois beaucoup:
_ entendu parler & à nos anciens Habitans
François ; 3 je vais en rapporter le mo-
tif , les cérémonies & la harangue ae
le plis de précifion qui me fera pof-
fible..
( 1) Le Calumet de Paix eft un tuyau de:
pipe Jong, au moins d’un pied & demi ; il eft:
garni d’une peau du col d’un Canard bran-
chu , dont le plumage de diverfes couleurs:
et trés-beau , & l’extrémité eft une Pipes
Au même bout elt attaché une efpèce d’é-
ventail de plume d’Aiglie blanc , en forme
de quart de cercle: au “bout de chaque plu--
me eft une houpe de poit teint en rouge
éclatant, Vautre bout dul tuyau eft à nud
Pour pouvoir fumers |
| E y
à fé us
/ NN ,
4
$
1
*
106 Hifloire
Dès avant mon arrivée à la Eoui<#
fianne on étoit en guerre avec la Na="
tion des Tchitimachas , parce qu'un”
homme de cette Nation s'étant retiré”
dans un lieu écarté fur le bord du Fleus :
ve S. Louis, avoit affafliné M. de S.
Côme Miffionnaire de cette Colon-
nie ; il defcendoit lé fleuve, & avoit:
crû pouvoir en fureté fe retirer dans le
cabanage de cer homme pendant la nuit
juiqu’au lendemain. M. de Biainville
s'en étoit pris à toute la Nation de cet
affaffinat ; & pour ménager fon monde, |
Pavoit fait attaquer par plufieurs peu-
Les Tchitima- ples alliés des François ; la valeur n’eft.
Do nr pas la plus grande qualité des Naturels,
fafin pour @& les Echitimachas s’en piquent en-
pce LR core moins que les autres ; ils eurent.
donc du defflous , & la perte de leurs
meilleurs Guerriers les força à dernan-
der la Paix ; le Gouverneur la leur -
ayant accordée à condition de lui ap-
porter la tête du meuririer, ils fatisfs-
rent à cette condition , & vinrent pré-.
fenter à M. de Biainville le Calumet de
Paix, leur ayant promis de lerecevoir
pour les François. |
Je fçus leur arrivée & le moment
de la cérémonie, que le Commandant
Général avoit arnnoncé; je m'y ren-.
de la Louifiane. 107
dis, parce que dans ces circonftances,
il eft à propos qu’il foit accompagné
d’une petite Cour ; c'eft l’ufage & cela
fait honneur au Gouverneur, Mon Ef-
clave y vint avec moi pour voir fes
parens ; j'en fus d'autant plus aife, que
j'efpérois qu’elle m’expliqueroit dans
la fuite la harangue & les cérémo-
nies de cette. Ambaflade folémnelle :
tout cela m'étant nouveau, je défi-
rois n'inftruire de ce que je croyois
en mériter la peine.
. J’étois chez M. de Biainville,lorfqu’ils
arrivèrent fur le Fleuve dans plufieurs
Pirogues. (1) Ils avançoient toujours
en chantant la chanfon du Calumet,
qu'ils agitoient au vent , & en ca-
dencéÿ pour annoncer leur Ambaña-
… (x) Pirogue eft un tronc d’arbre plus ow
moins gros, creufé en forme de Bateletz
celles des Naturels contiennent depuis deux
_ jufqu'à dix perfonnes ; avant qu'ils euflent
Pufage des haches qu'ils ont eues des Fran-
çois , 1ls les creufoient par le moyen dufeu ,
ayant foin de garnir avec du mortier les en- :
droits qu'ils vouloient conferver. Les F'ran-
Gois en font auffi des très-grofles d’un feuf:
tronc d'arbre ; il y en avoit une dans l'Ha-
tation du Roi, qui apporta de 3oliéues {ur
le Fleuve 50 Négres, à la vérité très-près
les uns des autres,
| E vj
#o6 Hiffoire |
de qui en étoit une effletivementé
_compofée du Porte-parole, comme Île
nomment ces Peuples, ou Chancelier ;
& d’une douzaine d’autres hommes.
Dans ces occafions ils font parés de
ce qu’ils ont de plus beau à leur goût,
& ne manquent jamais d’avoir en mai
yn Chichicois, (1) pour l’agiter auft .
en cadence.
Il n’y avoit pas plus de cent pas
de l'endroit où ils débarquerent, juf-
. qu’à la cabane de M. de Biainville x
cependant ce peu deterrein fufft pour
Yes tenir en chemin près d’une demie-
heure, en marchant toujours felon que
Ja mefure & la cadence les régloient :
is ne cefferent cette mufique que lorf-
qu'ils furent auprès du Commandant.
Ce fut alors que le Chef de cetteProu=
Cérémnte du pe, qui étoit le Porte-parole, lui dit:
Calumet de te voilà donc, & moi avec toi ? Ce :
ie Gouverneur lui répondit fimplement
(r) Chichicois eft une. Calebafle percée
parles deux bouts, pour y mettre un petit
bâton , dont un bout dépañle pour fervir de
manche ; l'on met dedans de gros gravier.
pour faire du bruit; au défaut de gravier,
on y met des fêves ou hzricots fecs ; c’eft
avec cet inftrument qu'ils battent la mefure:
en:chantants. |
\
de la Louifrane: rüq
bar un oui. Ils s’afirent enfuite par
terre, appuyerent leurs vifages fur leurs
mains, le Porte-parole fans doute,
pour fe recueillir avant de prononcer
{a harangue, les autres pour garder
Je filence, & tous pour reprendre ha-
line fuivant leur coûtume. Dans cet
intervalle, on nous avertit de ne point
rire ni parler pendant la harargue 3
ce qu'ils auroient regardé comme un
grand mépris de notre part.
Le Porte-parole , quelques momens:
après, fe leva avec deux autres ; l’un
emplit de tabac la pipe du Calumet,.
l'autre apporta du feu, le premier al-
_ Juma la pipe; le Porte-parole fuma
& le préfenta après lavoir efuyé,
à M. de Biainville pour en faire au-
tant : le Gouverneur fuma, nous en:
_fimes tous de même les uns après les:
autres ; & cette Cérémorie finie, le
Vieillard reprit le Calumet, le don-
na à M. de Biainville afin quil le:
gardat. Alors ce Porte-parole refta.
feul debout, & les autres Députés
_ fe raflirent auprès du préfent qu'i's
avoient apportés au Gouverneur: il
confiftoit en peaux de Chevreuils:,
£ en quelques autres paflées en blanc.
Le Porte-parole étoit revêtu. d’une
410 Hifhoire
robe de plufieurs peaux de Caftorg
avoir cinq quañts de large en tous fens:
elle étoit attachée fur l'épaule droite
& pañloit fous le bras gauche: il fe
{erra le corps de cette robe, & com-
mença la harangue d’unair majeftueux,
en ces termes, & addreflant la pa
role au Gouverneur:
gene» Mon cœur rit de joye de me voir
dés Tchitima- 5 devant toi, nous avons tous entendu
(#3
H
al
coufues enfemble, & qui pouvoient M
cp
*
shas. » la parole de Paix que tu nous |
» as fait porter: le cœur de toute
» notre Nation en rit de joye Jjuf-
» qu’à treffaillir ; les Femmes oubliant
» à l’inftant tout ce qui s’eft pañlé , ont
» danfé, les Enfans ont fauté comme
» dejeunes Chevreuils, & courucom-
» me s'ils avoient perdu le fens. Ta
» parole ne fe perdra jamais ; nos cœurs
» & nos oreilles en font remplis, &
_» nos defcendans la garderont auñi
» long-tems que l’ancienne parole du-
» rera (1). Comme la Guerre nous
» a rendus pauvres, nous avons été
» contraints de chaffer pour t’appor-
»ter de la Pelleterie, & de prépa-
(1) C'eft ainfi que les Peuples nomment
a Tradition, qu'ils ont grand foin de confers
ver fans auçune altération, |
bn + ”
te
es
RP
| de la Louifiane: f1F
» rer les peaux avant de venir; mais
» nos hommes n’ofoient s'éloigner à
_ » la chafle à caufe des autres INa-
-»tions , dans la crainte qu’elles n’euf-
. » fent pas encore entendu ta parole, &c
» parce qu’elles font jaloufes de nous;
» nous ne fommes même venus qu’en
» tremblant dans le chemin, ju'qu’à
» ce que nous euflions vû ton vifage,
» Que mon cœur & mes yeux font
» contens de te voir aujourd'hui, de .
_»te parler moi-même, à toi-même,
» fans craindre que le vent emporte
» nos paroles en chemin!
» Nos Préfens font petits, mais
» nos cœurs font grands pour obéir
à ta parole. Quand tu parleras , tu
» verras nos jambes courir &c fauter
» comme celle des Cerfs, pour faire
» cé que tu voudras.
Ici l'Orateur ou Porte-parole fit
une pole; puis élevant la voix, ik
reprit avec gravité :
» Ah que ce Soleil eft beau au-
»jourd'hui, en comparaifon de ce
» qu'il étoit quand tu étois fâché con-
» tre nous ! Qu'un méchant homme eff
dangereux ! Tu fçaisqu'un feul a tué
» le François, dont la mort a fait tom-.
» ber avec lui nos meilleurs Guer-
ET Hifioire "4
. »'riers; il ne nous refte plus que des”
æ Vieillards, des Femmes & des En-"
LA A f Pi
» fans ; tu as demandé la tête du mé:
» chant homme pour avoir la Paix 5 «
» nous te l'avons envoyée, & voilæ «
»le feul vieux Guerrier qui a ofé
# Pattaquer & le tuer (1); n’en fois:
» point furpris, il a toujours été un:
+ vrai homme , & un vrai Guerrier =
» il eft parent de notre Souverain,
>» & fon cœur pleuroit jour & nuit;
» parce que fa femme & fon enfant.
» ne font plus depuis cette Guerre 5:
» mais il eft content & moi aufli au-
æ jourd’hui, parce qu'il a tué ton En-
» nemi & le fien. Auparavant le So
» leil étoit rouge, les chemins étoient
» remplis de ronces & d’épines, les:
» nuages étoient noirs , l’eau étoit trou-
> ble & teinte de notre fang , nos:
x Femmes pleuroïent fans cefle, nos.
> Enfans crioient de frayeur, le gi-
» bier fuyoit loin de nous, nos mai-
=
(1) C’étoit le Pere de mon Efclave qui’
avoit été prife dans cette guerre , & il:
croyoit qu’elle étoit morte ainf que fa mere :.
mon Efclave étoit avec d’autres filles & n’o-
{oit rien dire ; j'étois à portée de pouvoir la‘M
regarder , & je la voyois tantôt fourire-&: "
tantôt verfer des. larmes.
à de la Louifiane: Yr3
# fons étoient abandonnées, & nos
æ Champs en friche , nous avions tous.
æ le ventre vuide, & nos os paroif
» foient. de ;
- » Aujourd'hui le Soleil eft chaud
» & brillant, le Ciel eft clair, iln'y
a plus de nuages, les chemins font
_» nets & agréables, l’eau eft fi clai-
» re que nous nous voyons dedans,
# le gibier revient, nos Femmes dan-
> fent jufqu’à oublier de manger , nos
“> Enfans fautent comme de jeunes
» Faons de Biche, le cœur de toute
» la Nation rit de joye, de voir qu’au
» jourd’hui nous marcherons par le mê:
>» me chemin, que voustous, Fran
.» çois ; le même Soleil nous éclaire-
æ ra: nous n’aurons plus qu’une mé-
> me parole, nos cœurs n’en feront
> plus qu’un, nous mangerons enfem-
» ble comme freres ; cela ne fera-t-il
» pas bon, qu’en dis tu?
À ce Difcours prononcé d’un ton
ferme & afluré, avec toute la grace
& la décence, j'ofe même dire, avec
toute la majefté poffible, M. de Biain-
ville répondit en peu de mots, en
Langue vulgaire qu’il parloit avec fa-
cilité ; ils les fit manger, mit en fi-
-gne d'amitié fa main dans celle du Chan:
" "
, à , 1
14 Hifloire ÿ
celier, & les renvoya fatisfaits. “4
nr dre _ Au fortir de cette cérémonie, je ne.
L'Auteur eft du m'attendois guères à ce que je devois.
D avoir le plus à craindre dans ces cire
confiances, qui étoit de perdre mom
Efclave, après avoir donné congé à
mes engagés 3 cette fille me joignit
tout de fuite , & m’«bordant avec une
joie qu'ileft difficile d’exprimer : » C’eff
æ mon pere, me dit-elle , qui eft l3
» c'eft lui qui à tuéle méchant, je te
sprie que je lui parle : je lui dis ;
>» vas vite, & amenes-le chez moi ; je
veux lui donner la main & lui faire um
préfent ; elle y courut fur le champ de
toutes fes forces; fon pere étoit extafñé
de la joie qu’ilavoit de revoir fa fille g.
il quitta fa compagnie & vint chez mot
avec elle peu de tems après que'je l’eûg
envoyée vers lui. ‘1%
Malgré le peu de tems qu’elle mit à
aller chercher fon pere,j’en eus de refte
pour craindre qu’il ne la redemandit}
& que par faveur on ne la lui rendit $
car c’étoit lui qui avoit tué l’affaffin du
Miffionnaire dont le meurtre avoit ac
cafionné la guerre, comme la mort. dæ
coupable avoit donné lieu à la paix ÿ
d’ailleurs la fœur aînée de mon Efcla-«
ve étoit femme du Souverain de cetté”
de la Louifiane. 115
Nation. Mais cette crainte fut vaine
heureufement pour moi, puifque fielle
m'eût quitté, je me ferois trouvé {ur
mOn départ pour les Natchez fans do-
meftique, - ;
. Son pére vint en ma maifon, je lui
fis le meilleur accueil qu’il eût püû ef-
pérer; cependant il lui propofa de la
Éire racheter par fa Nation; & fielle
y eût confenti, jé n’aurois pas été dans
de pareilles circonftances , le maître de
Ra garder : mais elle déclara qu’elle ne
vouloit point me quitter. J’avois eu le
bonheur de trouver en eile un excellent
Sujet ; je l’avois traitée avecbeaucoup
de douceur,elle s’étoit attachée à moi,
& avoit perdu l'habitude de vivre &e
d'aller prefque nue comme dans fon
pays. Elle dit donc à fon pere qu’il
-marchoit èn homme mort, & par fon
grand âge , & parce que les parens
du méchant qu il avoit tué ne manque-
roient pas de venger fa mort par la
fienne, que d’ailleurs fa mere étant
morte elle fe trouveroit fans appui,
que j'étois fur le point d'aller m’éta-
blir aux Natchez, & que s’il vouloit
aller demeurer chez fes parens de cette
Nation, elle fe trouveroit ainfi dans
fon voifinage, & feroit en état de lui
4
116 : Hifhire :
procurer tous les fecours dont ellé
étoit capable. Le pere fentit la force
des raifons de fa fille, & qu’elle avoit
pris fon parti. C’eft pourquoi il lui dite.
» C’eneft fait , je fuis trap vieux pou#
>» refter avec toi: que pourrois-je faire
>» pour ton Maître à préfent ? Si j'étois
>» plus jeune, je demeureroïs chez luis
>» jirois à la chafle & à la pêche , je fes
> rois un champ de bled,&c tu me ver
æ rois mourir auprès de toi; mais tu
» m'a dit que ton Maïtre alloit bientôt
> s’établir aux Natchez, je vais y paf
» fer le refte de mes jours chez de mes
>» parens qui font les tiens, & je mour:
>» rai chez eux près de toi: tu n’asqu'à
» appeller ton Maître , & dis lui qu'a
» vant de partir je veux lui céder mon
» autorité {ur toi. » 1
: En effet j'avois dit plus d’une fois à
cette fille, que fi elle voulait s’attacher
à moi, je lui ferviroïs de pere; elle l’a=
voit répété au Vieïllard, qui me céda
£es droits fur fa fille en la plaçant entre
nous deux , me portant la main droite:
fur fa tête, & mettant la fienne par
Ce Vicltard deflus ; il prononça enfuite quelques
or paroles, qui fignifioient qu’il me la dons
nu noit pour ma fille. Après cette cérémoss
7 nie,&avoir pañé unehuitaine chez mois
—_
#1 de la Louifiane: | AE
il alla rejoindre ceux de fa Nation,
qui étoient fur le point de partir, &
D ér retourné avec eux , il fut,
comme il l’avoit promis , demeurer
aux Natchez, ou nous apprîmes depuis
qu’il étoit murt peu de jours après qu’il
kr Arrivé. - . etes |
* Au départ du pere de mon Efclave
nous nous trouvions tous trois aflez
contens, & moi en particulier d’être
afluré d’une perfomne fidéle & atta-
chée à mes intérêts , & qui d’ailleurs
ayant des parens aux Natchez, ne
pourroit que m'être utile dans mon nou-
vel établiffement , pour les Ouvrages
les plus preffés que j'aurois à y faire par
le moyen des Naturels ; enfin le tems
étant propre pour mon départ je m'y
difpofai. ; |
CHAPITRE VIII
Départ de l'Auteur pour les Natchez &
Defcription de ce Voyage : Difficulté
de convertir les Naturels : Etablifle=
ment de l’Auteur aux Natchez,
2. Etems de mon féjour à la nou=
4 velle Orléans commençoit à me
paroitre long, lorfque j’appris Parrivée
des Neyres, Quelques jours après cette
cette nouvelle , M. Hubert m’en ame-
na deux bons que l’on m'avoit accordés
par répartition : c'étoit un jeune Ne-
gre àgé feulement de vingt ans, & fa
femme qui étoit de même âge ;ilsne
me revenoient enfemble qu’à treize
cens vingt livres.
Je partis deux jours après dans une
moyenne Pirogue avec eux feulement,
fur ce que mon Efclave me dit que
nous irions même plus vite que les
bateaux qui venoient avec nous , par=
ce qu’elle étroit forte, qu’elle gou=
verneroit & rameroit, Ou nageroit en
même tems ; que pour moi qui tirois”
bien, je n’avois qu’à emporter beaucoup.
Lt Eli
; }
1 « WG
D © dela Louilane ‘119
de poudre & de plomb, & que je trou-
verois plus de gibier à tuer qu’il n’en
faudroit pour nous & pour les Frans
gois qui remontoienc dans les bateaux?
‘que pour réuflir à cette chafle, il fallois
ê fervir de Pagaïes & non de rames
qui par leur bruit font fuir le gi-
Dier (1). .
Je communiquai cer avis à des Voyas
geurs qui me dirent qu’elle avoit rai-
| je Le fuivis , je mis tous mes effets
dans le bateau de la Compagnie, je
me réfervai mon lit, une mallette,
lune poile, une broche , une marmite ,
une cafferole, de la munition de bou-
che & de chañle , & matente. F’avois
beaucoup de poudre dans un petit baril, |
êc je crûs que quinze livres de plomb TAuteur res
me fuffiroient pour tout le voyage 3 ves. Lonis,
mais l'expérience que je fisen remon- pe”, ne
tant le fleuve m'infruifit que pour un
Pays auffi rempli de gibier il falloit fai-
re une plus grande provifion de plomb
fi on vouloit s'amufer à tirer,{ans même
aller chercher le gibier hors de la route
que l’on tient. À peine fûmes nous ar-
… (x) Pagaïe eft une petite rame dont on fe
fert pour ramer en devant, fans toucher à la
Pirogue : les Divinités des Fleuves en tien-
ment ordinairement une en main,
€
126 Hifloire | 1
rivés à la conceffion de M. Paris du
Vernai, que je fus obligé d’en em
prunter quinze autres livres,prévoyants
par la quantité que j’en avois ufé de=
puis vingt-huit lieues, que je n’en au=
rois point trop d’en prendre encore aux
tant. En conféquence de ce que j'avois
éprouvé, je ménageois ma provifion!
que je regardoïis comme très petite,&
je ne tirois alors que ce qui pouvoit
être propre à nos repas» comme Cas
nards fauvages , Canards branchus 3
Cercelles, Becfcies & femblables. Je
voulus tuer entrautres un Carancro
pour pouvoir l'examiner de plus près
que je n’avoisencore pü faire ; je le ti-
rai à balle de même que les Outardes %
les Grues & les Flamans (1) ; je tirois
auñli fort fouvent de jeunes Crocodiless
dont la queue donnoit aux Efclaves de:
quoi faire de friands repas, de même
qu'aux François & Canadiens rameurs,
quoique d’ailieurs mes Efclaves ayant
la garde du gibier,ne s’en laifloient pas
manquer.
Ces Crododiles me font revenir li
dée d’un monftrueux de cette efpece
(1) Je parlerai de ces Oifeaux dañss la Def
cription que je donnerai en fon lieu des Ois
feaux de la Louifiane.
, que
fé de la Louifiane. 125
Mae je tuai dansce voyage. Mon Efcla-
ve l’apperçut(r)la premiere, il fe chauf-
_foit au Soleil fur le bord du Fleuve àdix
pieds environ plus haut que la furface de
l’eau ; nous voguions près de la terre,
& fi la peur leur fait précipiter dans
Veau, nous avions jufte fujet de crain-
dre qu’étant vis-à-vis denous , fa mafle
énorme ne nous eût fait tourner & peut
être noyer , fur-tout dans un Fleuve
auf profond qu’eft celui-là. Après ces
réflexions que j'eus bientôt faites, on
arrêta fans bruit, je coulai une balle fur
mon plomb, je ne voyois que fa tête & L’Auteur tne
mon Le étoit affez gros : je le vifai a au
Vœil, & de fuite après mon coup illong, a
ouvrit fa gueule qui auroit englouti un
‘ demi muid, la referma à l’inftant & ne
fit plus aucun mouvement.
… Je mis à terre un peu au deffous pour
Pachever en cas qu'il eût encore don-
mé quelques fignes de vie, maïs je le
“trouvairoide mort. Les bateaux arri-
verent dans cet intervalle ; M. de Me-
“ham qui en commandoit un, voulut le
mefurer , fa longueur fe trouva de dix-
neuf pieds, fa têce de trois pieds &
(1) Les Naturels ont toujours les yeux aler=
tes , par l'habitude qu'ils ont d’etre fur leurs
gardes dans les bois & dans leurs voyages,
Tome I. i
fon odeur mufquée. M. de Meham me“
dit que deux ou trois ans auparaw
vant, ilenavoit tué un de vingt-deux!
pieds de long. Quand j’aurois été ins
crédule à ce fujet, je n’aurois pu V’é=
tre en cette occurrence: d’ailleurs Je
Pavois appris par des témoins oculairessl
Au refte on peut s'imaginef que c'és
toit un très-vilain Lézard aquatique ê&
un monftre affreux (1). 1
A près plufieurs jours de navigation
nous arrivames à Tonicas le lende=
main de Noël ; nous n'avions point ef=
rendu la Meffe depuis notre départs
faute de Prêtres qui n'étoient point
communs dans cette Province : nou
entendimes ce jour-là celle de M: d'Ar
vion des Mifions Etrangeres. fl nou
fit beaucoup de carefles, & nous reçu
… grandement ; fa bonne réception & le
_#ollicitations nous furent une occafioi
d’y pañer le refte des Fêtes. Je mi
_ (1) On verra la defcription du Crocodi
pa fon lieus |
de la Louifiané: T2
#ormai à lui-même fi fon grand zéle
pour le falut des Maturels faifoit beau- |
coup de progrès; il me répondit pref- Me me
que la larme à l’œil, que nonobftant le Rares de té
profond refpeét que ces Peuples lui Louifiane.
portoient, à grande peine pouvoit-il
obtenir de batifer quelques enfans à
Particle de la mort , que ceux que
_ étoient en âge de raifon s’exculoient
-d'embrafer notre fainte Religion, fur
_ce qu'ils difoient être trop vieux pour
s’accoutumer a s'aflujettir à des régles
fi difficiles à obferver ; que le Prince ( 1)
depuis qu’il avoit tué le Médecin qui
traitoit fon fils unique dela maladie
dont il étoit mort, avoit faitré{olution
. de jeûner tous les vendredis de fa vie ,
fur les vifs reproches qu'il lui avoit
faits de fon inhumanité. Ce grand Chef
ne manquoit pas à la priere que M. d'A-
vion faifoit foir & matin, les femmes
& les enfans y affiftoient aflez régulié-
rement, mais les hommes qui n’y ve=
/
. (1) Les Princes fouverains de ces Nations
fe nomment grands Chefs. Ainf que l’on
me foit point furpris fi l’on fe fert dans cette
Eliftoire de ce mot pour exprimer le nom de
Celui qui les gouverne ; c’eft l’interpréta-
“tion que l’on a donnée au terme qui dénote
celui qui a en main la fouveraine Puiffance.
11
24 Hijtoire “4
noïent pas fouvent , prenoient plus de
plaifir à fonner la cloche ; du refte ils.
ne laiffoient manquer d'aucune chofe ce
zélé Pafteur, & lui fournifloient touts
ce qu'il témoignoit lui faire quelques
plaifir.
/
Nous étions encore éloignés de vingt=
Û
cinq lieues du terme de notre VOyages
qui étoit le Canton des Natchez. Nous”,
partimes des Tonicas pour achever
notre route, furlaquelle nous ne vimes
rien qui puifle intéreffer le Lecteur, fi
ce n’eft plufieurs Ecores qui tiennenë
enfemble : ily a entrautres celui que
l’on nomme l'Ecore Blanc, parce qu’on
y trouve plufieurs veines de terre blansi
che, grafle & très-fine, avec laquellen
j’ai vû faire de très-belle poterie. Sur lé
même Ecore on voit des veines d’ocren
que les Natchez venoient prendre pouf
barbouiller leur poterie, qui étoit afeZ"
jolie ; lorfqu'etle étoit enduite d’ocresn
elle devenoit rouge après fa cuiflon. M
Nous arrivâmes enfin aux Natchegs
après avoir fait quatre-vingt lieues
Nous mîmes à terre au débarquement”
qui eft au pied d’un Ecore quia de
| cens pieds de haut, fur la cime duqué j
Débarquement eft conftruit le Fort Rofalie, ‘entoufé
du Pofte des : |
Narchezs (eUlement de pieux en terre 3 Vers
de La Louifiane. | Foi
OCR fs FAR
. Milieu eñ montant on trouve le maga-
fin vers quelques maifons d’Habitans ;
qui s’y font établis, parce que la mon-
tée n’eft plus froide en cet endroit: c’eft:
auffi pour la même raifon qu’on y a
_conftruit le Magafin. Lorfque lon eft
au plus haut de cet Ecore, on découvre
_ tout le Pays qui n’eft qu’une belle &
grande plaine entre-coupée de petites
_monticules , fur lefquellés les Habitans
avoient bâti & formé leurs Habitationsz
le coup d'œil en étoit charmant,
* Quoique cette grande côte foit fur
le bord du Fleuve, Peau du Fort &
toute celle qui tombe fur le haut de
certe Côte par les pluies, va fe rendre
à une lieue plus bas dans une petite ri-
viére, qui fe jette dans le fleuve à qua=
tre lisues du Fort ; ce qui me parut
aflez extraordinaire.
En arrivant aux Natchez je fus très-
bien reçu chez M. dela Loire de Fiau-
court Garde Magazin de ce Pofte; it
tious régala de gibier qui abonde en:
cet endroit. Ds le lendemain j achetai
une maïfon près du Fort pour loger
M. Hubert & fa famille en arrivant.
jufqu'a ce qu’il eût bâti fur fon Habi.-
Il m'avoit aufli prié de choifir deux
F ii}
Habitation de
EPA uteur,
LT
x 26 Hifhoire
terreins commodes pour former deux
|
Habitations confidérables,dont une de-
voit être pour la Compagnie & l’autre
pour lui. J’y fus dès le fur-lendemain
de monarrivée avec un ancien pour me
conduire & m'indiquer les endroits,
pour en même tems choifir un terrein
pour moi; je le trouvai dès le même
jour, parce qu’il eft plus facile de choi-
fir pour foi que pour les autres.
Je trouvai fur le grand chemin du
principal village des Natchez au Fort,
à mille pas de ce dernier, une cabane
de Naturels fur le bord du chemin, en-.
tourée d’un terrein défriché;j’achetai le
tout par le moyen d’un Interprête.Je fis
cette acquifition avec d’autant plus de
plaifir, que j'avois fur le champ de quot .
me loger avec mes gens & mes effets 5
le champ défriché étoit d’environ fix.
arpens pour faire un jardin & planter du
tabac, qui étoit alors la feule denrée:
qui occupâtles Habitans, L'eau étoit
a e 3 ° d’
toit excellent, J'avois d'une part un
près de ma cabane & tout mon terrein «
côteau en pente douce ; boifé & fouré
de cannes qui viennent toujours dans
étoit une futaye de Noyers blancs de
_les terreinslesplus gras ; derriere étoit
une grande prairie, & de l’autre côté
PE)
A
di
1
#4
| de la Louifiane. 127
plus de cens cinquante arpens, avec
de l’herbe deflous jufqu'au genouil.
Fout ce terreinétoit généralement bon,
la terre noire & légere ; il contenoiten
tous quatre cens arpens d'une melure
plus grande que celle de Paris.
Je pris les deux autres terreins
que M. Hubert m’avoit chargé de
lui chercher, fur le bord de la petite
riviere des Natchez, chacun à demie
lieue du grand village de cette Na-
tion , à une lieue du Fort, & mon ter-
rein {e trouvoit au milieu de ces deux
Habications & du Fort, &bornoitles
… deux autres, Je fus enfuite me loger
fur mon terrein dans la cabanne que
Javois achetée du Naturel, je mis mes
gens dans une autre qu’ils fe firent à
côté de la mienne, de forte que je me
trouvai logé à pèu-près comme nos
Bucherons en France, lorfqu’ils tra-
vaillent dans les bois.
_ À peine fus-je inftallé fur mon Ha-
bitation je fus voir avec l’Interprête
les autres Champs que les Naturels
-avoient défrichésfur mon terrein; je
les achetai tous à la réferve d’un feul
.que le Naturel ne voulut jamais me
vendre: il étoit fitué de façon à me
convenir , jenavoisenvie , & je lui aus
F iv
‘28 Hifloire
rois payé bien plus cher, mais il me fut
impofhble de le faire confentir à ma vo-
lonté. Il me fit dire que fans le ven-
dre, il me l’abandonneroit aufli-tôt
que j’aurois étendu mon défriché juf-
qu’auprès du fien, au lieu qu’en reftant.
auprès de moi fur fon terrein, je le
trouverois toujours prêt à me rendre
fervice , & qu'il iroita la chafle & à la
pêche pour moi. |
Cette réponfe me fatisfit , parce
qu'il m’auroit fallu plus de vingt Né-.
gres avant que j'eufle pû l’approcher 3
on m’aflura d’ailleurs qu’il étoit hon-
nête homme; & bien loin d'avoir ew.
occafion de me plaindre de fon voifina-
ge, j'enai eu au contraire toute forte
de fatisfaction. |
Rs
D CHAPITRE: IX.
L'Aureur ef} attaqué d’uné Stciatique x
Entretiens [ur deux Points d’Aftro=
nomie : L’ Auteur eff guéri par ur:
Médecin Naturel.
] L n’y avoit pas encore fix moisque.
L je demeurois aux Natchez, que je
reflentis des douleurs à une cuifle ; ce
qui ne m'empéchoit cependant point
d'agir aflez facilement à mes affaires.
J'en parlai au Chirurgien Major qui
m'en fit craindre les fuites. pour les.
éviter ,il me dit qu’il falloit me faigner
& que l’humeur fe détourneroit. La.
chofe arriva comme il l’avoic dit, mais:
lhumeur fe jetta fur l’autre cuifle, &.
s’y fixa avec tant de violence , que. je
ne pouvois plus marcher qu'avec des-
douleurs extrêmes. Je fis confulter les:
Medecins & Chirurgiens de la. nou- 1’Auteur cyn2
velle Orléans , qui me confeillerent de qe 2. pu
prendre des bains aromatiques ; & que en fe fa
s'ils étoient inutiles il falloit repañler.en Sciatique.
France pour y prendre les eaux & m'y
baigner. Cette réponfe me fatisfit d’aue.
Fy
130 Hifhoire :
tant moins queje n’étois point pour cex ;
la afluré de ma guérifon, & que ma fi- w
tuation préfente ne me permettoit point
de repañler en France. Je crois que cet-
te miférable maladie provenoit en par-
tie de la pluie que j'eus fur le corps’
pendant prefque tout notre voyage,
& que ce pouvoit être auf quelque
fruit de la guerre & des fatigues que
-Javois effuyées dans plufieurs campa-
gnes que j'avois faites en Allemagne.
Comme je ne pouvois fortir de ma
bicoque , plufieurs honnêtes gens du:
voifinage avoient la bonté de venir de
tems en tems me tenir compagnie; j’a-
vois déja quelques bons voifins, puif-
que le jour de notre arrivée qui étoit le
$ Janvier 1720, nous nous trouvâ-
mes au moins douze à table chez M.
de Flaucourt, chez lequel nous fimes
es Rois.
Du nombre de ces charitables voi-
fins étoit le R. P. de Ville ; ce digne
Religieux étoit plein d’érudition, il
étoit membre d’une Société qui a pro-
duit un fi grand nombre de Sçavans, :
que fa Science ne fut point pour moi un
fujet d’étonnement. Ii m'honora fou-
vent de fes vifites, & je profitai de mon
mieux des vives lumieres qu'il répan= w
LE
el Épr
: FT &
a l'A f
+
# _ de la Louifiane. Î3r
doit dans nos converfations : il at-
. tendoit que la glace qui alloit venir
du Nord fût païlée pour monter aux
-Tlinois ; cette relâche me procurabeau-
coup de fatisfaction , elle adoucit l’en-
-nui inféparable de la folitudé où ma
maladie me retenoit, & le chagrin
. que me donnoit l’évafñon de mes deux
D.
… Dans ces entretiens que nous avions
“enfemble fur toute forte de fujets, &
dans lefquels je me faifois un devoir
d'écouter beaucoup , & de faire plus
de queftions que de donner des dé-
_cifions, nous tombâmes un jour fur les:
fyftêmes du Monde. Le R.P. de Ville,
qui fçavoit que j'avois fait mon Cours:
de Mathématiques, m'interrogea à fon
tour, & voulut fçavoir mon fentiment
fur cette queftion : Comment peut - on
accorder le fyflême de MM, de V Ara-
démie Koyale des Sciences avec lE-
criture Sainte ? æ Ces MM., conti<
»nua-t-il , prétendent que le Soleil eft
» au centre du Monde, & que la Terre
» & les autres Planétes tournent au-
“tour du. Soleil ; le fyftême au con-
sitraire de l'Ecriture dit , que la Terre
»“ellllau centre, & que le Soleil &
les autres Planétes tournent autour
F v]
Li
M <
Ç
s)
à
132 Hifhoire
» de la Terre ; de quelle maniere petis.
» fez-vous que l’on peut concilier ces
» deux fvftêmes qui paroiflent fi op="
» pofés ? » Je lui. dis que jele priois
de prêter attention à une idée qui me
venoit, & qui pourroit donner quelque
Accord des éclaircifflement à fa propofition. » On
qeux Dfèmes » ne peut douter , lui dis-je, que l’'U-
tions du Soleil » nivers ne foit une Machine , dont
& de la Terre, » toutes les Parties font intimement.
» liées les unes aux autres; & il eft
» inutile dans l’occafion préfente de fe
» défendre , comme quelques-uns ;:
» en difant que Dieu parloit aux hom-
» mes felon leur maniere de penfer s,
» difons donc plutôt, que Dieu étant
» l’Auteur de cette Machine, il en.
», connoifloit parfaitement toutes les.
» parties, & le Méchanifme, & qu'il
» in pira à Jofué d'arrêter la Machi-
» ne du Monde, par fon premier mo-
p bile : c’eft-à-dire que le Soleil étant.
» au centre du Monde & tournant fur
» lui-même, donnoit le mouvement à
» toutes les parties de l'Univers ; or il
-» eft de la prudence d’un fage & fçavant.
2 Méchanicien d'arrêter fa machine par
+ le premier mobile plutôt que par une.
x pléce éloignée, qui doit avoir un
» mouvement beaucoup plus rapide:
»'
Rd
ñ de la Eouifiane: ‘ 733%
> ainfi Jofué ordonnant au Soleil de:
-» s'arrêter , ordonnoit à toute la Ma-
.» chine du Monde de fufpendre for
> mouvement; & ilfuivoit en ce point
… »lordre de la Méchanique; ainfi il pa
… »roïtquele fyftéme de l’Académie n’eft
» point contraire aux Livres faints ».
Le P. de Ville me dit qu’il n’avoit ja-.
mais [à ni entendu dire ce que.je venois:
de lui dire ; mais que mes raifons lui pa-
_roifloient juftes, & d’autant plus fa-
tisfaifantes , que par ce moyen l’on
pouvoir accorder les deux fyflêmes ;
n’y ayant plus rien dans l’un qui re-
_ pugnât à l’autre. Depuis mon retour:
en France, j’eus occafion étant à Fon-
tenai-le-Comte en Poitou , d’en par=
ler en 1747 aux RR, PP. Roufleau &.
agras , anciens Profefleurs de Phi-
. lofophie, qui parurent fatisfaits de ma.
façon de réfoudre cette difficulté.
… Le P. de Ville revint peu de jours.
“après, @& me dit que notre derniere:
… converfation lui avoit occafionné plu-
- fieursréflexions À ftronomiques;qu'el-
Je l’avoit jetté entr’autres {ur l’éloigne--
ment que l’on donne ordinairement de:
la Terre au Soleil, que l’on dit étre
de trente millions de lieues ; que cette:
diffance étant immenfe, elle rendeis
De {a diftance
de la Terre au
poleile
34 0 HN
inconcevable la diftance des autres
…
à
. 1h
L: |
\ ]
CNY,
FX
{
S
Planétes à la Terre; & me pria de
lui dire mon fentiment à ce fujet.
Je lui répondis que je n’étois point
1 4 j
4
a
Aftronome ; que cependant j'allois lui
obéir , & lui faire part de mes réfle
xions, depuis ma folitude involontaire,
» Je ne crois pas, lui dis-je, que
» la Terre foit à beaucoup près fi éloi-.
» gnée du Soleil que l’on veut nous.
» le faire croire. Je ne prétens-pas
» vous faire un jufte calcul de la dif-
» tance que je donnerois de la Terre:
» au Soleil, fuivant mon idée ; mais:
> feulement vous faire comprendre à:
æ peu près en deux mots la grande
» différence de l’éloignement qu’on lui.
> donne ordinairement, de celui que
> je préfume qu’on doit lui donner.
» Pour connoître cet éloignement, il
2 n'y auroit qu’à multiplier la circon-
» férence de la Terre par trois cent
» foixante-cinq jours & quart, un peu.
»> moins qu’elle eft à faire {a révolu-
» tion annuelle , & pour lors Îe raïon
>» de fon Orbite fera la diftance qui fe
» trouve entr’elle & le Soleil. Le R..
P. de Ville me dit que je lui ouvrois
les veux fur le moyen de connoitre :
la vraye diftance de la Terre au So-
Jeil.
ss
nt
16e
# de la Louifiare: 3
- Cependant mon mel ne diminuoit
Je pris la réfolution de me fervir à cet
que l’on m'indiqua, & qui me dit qu'il
me guériroit en fuçant l’endroit de ma
douleur. Il me fit quelques fcarifica-
tions avec un éclat tranchant de cail-
lou, toutes de la grandeur d’un coup
de lancette , & difpofées de façon qu'il
pouvoit les fuçer toutes à la fois; ce
qu'il fit en me caufant des douleurs.
extrêmes ; il fe repofoit de tems à autre:
apparmement pour me faire valoir fon:
“travail, & me tint ainfi l'efpace de
demie heure. Je lui fis donner à man-
LE .0. 14 CE \ 3 . /
ger & le renvoyai après lavoir payé,
Jufage étant trop bien établi dans tous
“pays de payer ceux qui traitent les ma=
…ladies, quoi qu'il en puifle arriver.
… Le lendemain je me fentis un peu:
loulagé ; je fas me promener dans mon:
“champ ; on me donna confeil dans ma:
“promenade de me mettre entre les
mains des Médecins Natchez, que l’on
4 (1)' Jongleur eft parmi les Naturels un:
… Chirurgien, Devin, & même Sorcier felon:
le Vulgaires.
poinc , ,& plus il fe prolongeoit, plus
j'en apprehendois de fâcheufes fuites.
effet d’un Chirurgien ou Jongleur (1),
L’Auteur fé
fait traiter de-
fa Sciatique
par un Jon»
gleure
F3 6 Hire ?
me ditavoir beaucoup de fcience >
qui faifoient des cures qui tenoient dus
miracle: on m’en cita plufieurs exem=
ples qui me furent confirmés pär des!
perfonnes dignes de foi.
Que n’aurois-je point fait pour ma
guérifon: © Entre les mains de qui ne:
me ferois-je point mis, vû les dou
leurs que je reflentois ? Le reméde:
d’ailleurs étoit très-fimple felon lex=
plication que l’on m'en fit ; il.ne s’a-
gifloit que d’un cataplafme ; on l’ap-
pliqua fur la partie fouffrante, & au
bouc de huit jours je fus en état d’al-
ler au Fort. Je fus parfaitement guéri
puifque depuis ce tems je ne m'en fuis:
nullement reflenti, Quelle fatisfaction
pour un jeune homme qui fe trouvé:
en pleine fanté après avoir été con-
| , traint de garder la maifon l’efpace de”
LAutèur gué-Quatre mois & demi , fans avoir pü:
rit de fa Sci” fortir un inftant! Mes amis que j’al«
tique : fon Né-.-. ! : Fe HN |
gremewr. LOIS remercier, m'en féliciterent, &°
j'étois aufli joyeux que peut l'être un:
Maitre qui vient de perdre un bon.
Nécre..
Mon Négre venoit de mourir d’une
fluxion de poitrine, qu’il avoit.attra-
pée dans fa fuite pendant ma maladies,
ja jeunefle &. fon défaut d'expérience:
f Le la Louifiane. 127
Mi firent faire cette folie, efpérant de
“pouvoir vivre dans Îles Dos ; mais ik
“trouva des Tonicas (1), Nation Amé-
ricaine à vingt lieues des Natchez; ils
lemmenerent à leur Village: mon E£
clave & fa femme furent rernis entre
les mains d’un François,chez lequel ils
travaillerent , &c par ce moyen gagne-
rent bien leur vie. M. de Montplaifir
qui venoit aux Natchez me fit la gra-
(ce de payer leurs vivres, en donna
une décharge, & me les amena, dont
je lui eus grande obligation.
à M. de Montplaiir étoit fans con-
redit un des plus aimables Cavaliers
de la Colonie; tout le Monde lui ren-
Joit cette juflice; la Compagnie l’a-
poit fait venir de Clerac en Gaico-
one, pour répir fon Habitation aux
Natchez , y faire cultiver du Tabac
& montrer aux Habitans à le fabri-
quer , la Compagnie ayant appris que
ÉPole en produifoit d’excellent ..
que les Habitans de Clerac en pof-
Hédoient parfaitement la culture &
la maniere de le bien façonner.
Ë Le 1) Les Tonicas ont toujours été amis des
L François.
Bornes de la
Louifianee
CHAPITRE X.
Deftription Géographique de la Eouis
Jiane : Climat de cette Province.
| C: Omme je n'écris que les chofes
dont je fuis témoin, ou que j'ai
appriles par mes découvertes & mes
expériences, je tâche de les rappor-
ter dans leur tems: ainfi il étoit né
ceffaire que je fûfle établi dans le
Pays, avant d’en donner une con-
noïfflance aufli exacte que je voulois
que füt la Defcription Géographique
particuliere & détaillée de la Loui-
fiane, Qu’on re foit donc point fur-
pris, fi je ne lai point mife plürôr
dans le Corps de cette Hifioire.
La Louifiane fituée dans la partie
Septentrionale de l'A mérique, eft bor-
née au Midi par le Golfe du Mexi-
que, au Levant par la Caroline, Co-
lonie Angloife, & partie du Canada.
au Couchant par le nouveau Mexi-
que, au Nord en partie par le Cas
nada : le refte n’a point de bornes ;
& s'étend juiqu’aux Terres inconnue
Occident
270
2680
———
288
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Colonie Française
avec le Cours du Fleuve S'Louis,
les Riveres Adjacentes,
Les Ntons des Naturels ls Btablissemr
et les Mines. |
Par lAukur de l'Histoire
de cette Province -
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“._ de La Louifiane. 139
[LS nes de la Baye de Hud{on. On
donne environ deux cent lieues
# | :. x Climat de (a
Climat de la Louifiane varie 4j gane,
que l’on en peut dire en général,
P que fa partie Méridionale n’eft
brûlante comme celles de PA fri-
, qui font fous la même latitude,
ue fes parties Septentrionales font
S froides que celles de l'Europe,
eur correfpondent. La nouvelle
ans qui eft par les 30 degrés ,
à que la côte la plus au Nord
A“ 1 CE ? e
MNatchez où j'ai demeuré huit ans,
UE
Bonté de ce
Climat pour Îa
AATÉe
#40 Hifloire 6
dante. J’attribue à deux caufes'e t
différence de climat d’avec V’A friqu
& l’Europe; la premiere eft la quäf
tité de Bois quoi qu’épars, qui cou
vrent le Pays, & le grand nombf
de Rivieres ; les uns empêchent qu
le Soleil n’échauffe la terre, & le
autres répandent une grande humidi.
té: de plus la continuité des terre
qui s'étendent vers le Nord; d'onñi
fuit que les Vents qui en viennen
font beaucoup plus froids que sil
avoient en chemin traverfé les Mers
car on fçait que fur la Mer, lair nef
jamais fi chaud ni fi froid que fur"
Terre; ceft ce que l’on peut vérifie
fur tous les Pays dont on connoît el
climat & la pofition, | 4
Ainfi on ne doit pas être furpri
que dans la Louifiane Méridionale ul
vent de Nord oblige en été de s’h&
biller!, ni qu’en hyver un vent de Mi.
di permette de fe découvrir. Dan:
un tems la féchereffe du vent, & dan:
l’autre la proximité de la Ligne, er
font les caufes naturelles. 4
On pañle peu de jours à la Loui:
fiane fans voir le Soleil ; ce n’eft que
par orage quil y pleut ; le mauvais
tems n'y dure point, & une demis
”
T7
ES
_ dela Louifiane. t4t
re après il ny paroït plus : mais
$ rofées font très-abondantes , & reme
acent avantageufement les pluyes.
Ainfi lon croira fans peine que
r y eft parfaitement bon; le Sang
eft beau ; les hommes s’y portent
ien, peu de maladies dans Îa force
e l’âge, point de caducité dans la
ieillefle, que l’on poufle beaucoup
lus loin qu’en France. La vie eft lon-
les ©
sw
Ce Pays eft fort arro“é , mais bien
lus en des endroits qu’en d’autres. Le
leuve S. Louis partage cette Colo-
ie du Nord au Sud en deux parties
refque égales. Les premiers qui en
firent la découverte par le Canada, de
nommerent de Colbert , pour faire hon-
neur à ce grand Miniftre , qui étoit
pour lors en place; il eft nommé par
quelques Sauvages du Nord Meaét-
Pere des Rivieres , d’où les François qui
veulent toujours frangçifer les mots
étrangers , ont fait celui de Miffiffipis
d'autres Naturels, fur-tout vers le bas
du Fleuve, le nomment Balbancha :
enfin les François en dernger lieu l'ont
nommé Fleuye S, Louis.
Chaffpi, qui fignifie à la lettre vieux
Du Fleuve Si -
Louis,
| 145 Hifhoire Fi
: ti de te Plufieurs Voyageurs ont tehté int
__ *. tilement d'aller à fa fource, qui
néanmoins connue , quoiqu’en difer
quelques Auteurs mal informés ; voi
ce qui eft de plus certain fur la foute
de ce grand Fleuve de Amérique Sy
tentrionale. 1
M. de Charleville, Canadien & pi
rent de M. de Biainville, Commap
dant Géneral de cette Colonie, m'
dit que dans le temsde l’établiffemer
” des François, la curiofité feulement*
voit engagé à remonter ce Fleuve ju
qu’à fa fource ; que pour faire ce voy
ge , il avoit armé un Canot d’écorced
Bouleau, pour pouvoir plus facile
ment le tranfporter en cas de befoir
Etant ainfi parti avec deux Canadien
Saut S. Ans & deux Naturels, des marchandifes
des des munitions de guerre & de bou
che , il remonta le Fleuve trois ceñs
lieues vers le Nord , au-deffus des Il!
linois : il fe trouva en cet endroit 4
Sault que lon nomme de S. Antoine
Ce Sault eft un rocher plat qui travel
fe le Fleuve, & lui donne une chuüte
de huit à dix pieds de haut feulement
(1), il fit le portage de fon Canot &
(1) Dans le Journal GŒconomique, Sep:
fembre 1751, page 135. ligne 1, au-deflous;
de la Louifrane: 14%
fes effets ; s'étant enfuite rembar-
1é au-deflus de ce Sault, il continua
“remonter ce Fleuve encore cent
dues vers le Nord, où il trouva des
houx en chafle (x).
. Ce Voyageur avoit un air de can-
eur qui le faifoit aimer des Naturels,
fi bien que des François , & fa pro-
ité le faifoit encore plus eftimer lorf-
“il étoit connu. [Il avoit beaucoup
oyagé parmi les Nations du Canada,
c{e faifoit parfaitement entendre par
pnes : par le moyen de ce talent &
es Langues qu'il fçavoit, il auroit pù
voyager chez toutes les Nations des
Naturels de l'Amérique.
Les Sioux péu accoutumés à voir M. de Charle-
des Européens, furent très-furpris de Mate:
“e voir , & lui demanderent où il al- lieues
toit ; 1l leur fit quelques petits pré-
lens , & leur fit entendre que fon in- «
tention étoit de remonter jufqu’a la
lource du grand Fleuve. Les Sauva-
es font naturellement portés à cher-
hfezau-deflus, ibid. page 139. fept à huit toi-
fes, lifez huit à dix piede. fi
. (r) Les Sioux habitent à quelque diftance
du Fleuve , & cent lieues plus haut que le
Sault S. Antoine. Quelques-uns difent que
Gette Nation habite Les deux cOtés du Fleuves
Li
44 Hifloire
Sur ces éclairciflemens on peut afsi
cher des pays meilleurs que ceux qu
habitent, & connoiïffent les prodit
tions de tous les climats, parce@|
les voyages ne leur coûtent rien 34
n’ont garde de s'établir dans des co
trées dont le Sol n’eft pas fertile ,M
où le gibier n’eft pas abondant; au
les Sioux connoïffent certainement
terres qui font plus éloignées. Ceu
ci donc dirent à M. de Charlevill
» Où veux-tu aller ? Ce pays eft tré
» mauvais ; tu auras grande peine
> trouver du gibier pour vivre ; À
> a très-loin , puifque nous compto
æ qu'il y a ue loin de la fourcet
> cette grande Riviere jufqu'à le
» droit où elle faute, que de cet €
» droit jufqu’à la grande Eau. » (1
rer que ce Fleuve doit avoir quim
À feize cens lieues de fa fource à fe
embouchure , puifqu'il y a huit ce
lieues du Sault $. Antoine à la Me
Cette conjecture eft d’autant plus pt
bable , que loin dans lesterres du Not
il fe jette dans ce Fleuve quantité €
Rivieres d’un cours aflez long ; qi
mên
(1) C'eft ainfi que ces Peuples nomme
la Mer: |
F de la Louifiane: r4$
fnême au-deffus du Sault S. Antoine ,
on trouve dans ce Fleuve jufqu’à trente j
& trente-cinq brafles d’eau » & de la Me nu,
largeur à proportion , ce qui ne peut ve S. Louis ;
venir d’une fource peu éloignée ; je SePuis fa four>
puis ajoûter que toutes les Nations des Mer?
Naturels , qui l'ont appris de ceux qui :
Ont le moins éloignés de la fource j
penfent de même à cet épard. On peut
Honc à préfent ftatuer fur la longueur
Ne la Louifiane , puifque l'ontient déjà
kize cens lieues du Fleuve S, Louis:
Îl eft aifé de comprendre par tout
€ que je viens de dire, pourquoi on
Wau contraire on donne le nom de
lviere aux eaux de fource > qui per-
ent leurs noms en même tems qu’elles
: perdent dans le Fleuve.
Reprenons ce Fleuve depuis fa four:
= juiqu'à la Mer. Quoique M. de
barleville n'ait point vû la fource du
leuve S. Louis , il apprit qu’un bon
ombre de Rivicres y conduifoient
Tome I,
€46 Hifioire 0
leurs eaux ; il en a vües même au-def
{us du Sault S. Antoine , qui avoien
plus de cent lieues de cours , & qui
venoient des deux côtés fe rendre dans:
ce Fleuve ; il n’en fçavoit point le
nom, ainfi je ne parlerai que de:
celles qui fontau-deffous du Sault S.
Antoine , & qui font connues. N
Il eft bon d’obferver qu’en defcens
dantle Fleuve depuis le Sault S. An-
toine, la droite fe trouve à l’'Oueft
(ou Couchant}), & la gauche à l'Efl
(ouLevant). La premiere Riviere qu'on
ii trouve depuis le Sault & quelques lieues
RE plus bas, eft la Riviere S. Pierre
ange Croix, & vient de l’'Oueft; plus bas à ’Ef
eff la Riviere Sainte Croix: elles fon
toutes deux pañlablement grofles ; 4
s’en trouve quantité d’autres beaucou]
plus petites dont le nom n’import
point. On rencontre enfuite celle d
Moingona qui vient de POueft (1)
environ deux cent-cinquante lieues au
deflous du Sault ; elle a plus de cent
cinquante lieues de long. Depuis cett
Riviere jufqu’à celle des Illinois,
fe jette dans le Fleuve quantité W
petites Rivieres ou Ruifleaux à dro
(1) Cette Riviere eft en partie falées
de la Louifiane: 147 |
fe & à gauche. Celle des Illinois Riviere des
vient de l’Eft. & prend fa fource fur Minois.
les Frontieres du Canada; fa lon-
gueur eft de deux cent lieues. Li
_ La Riviere du ÂMiflouri vient d’en- Riviere du
wiron huit cent lieues, courant du Mifouwi.
MNord-Oueft au Sud-Eft ; elle fe dé.
charge dans le Fleuve, quatre à cinq
lieues au-deflous de celle des Illinois.
Cette Riviere en reçoit beaucoup d’au- .
tres, en particulier celle des Can- Riviere des
zés, qui a plus de cent-cinquante lieues pa
de cours. De la Riviere des Illinois,
& de celle du Miffouri, on compte
icinq cent lieues jufqu’à la Mer, &
trois cent juiqu’au Sault S. Antoine, |
Du Mifouri jufqu’à l'Ouabache, il y Riviere dOuss
a cent lieues; cette derniere fe nom-
me ordinairement ainfi , quoiqu’on
lui donne plufieurs autres noms ; c’eft
par cette Riviere que l’on va en Ca-
mada, depuis la nouvelle Orléans juf-
qu'à Quebec. Ce voyage fe fait en che de là
témontant le Fleuve depuis la Capi- oran © 18
tale jufqu’à POuabache, que l’on re- Quebec.
onte de même jufqu’à la Riviere des
Miamis ; on continue cette derricre
juiqu'au Portage : dès que l’on ef
arrivé à cet endroit ,jon va chercher
des Naturels de cette Nation, qui
1110 G 1j --
Riviere
d'Ohyo,
148 Hifloire \
font le Portage l’efpace de deux lieues®n
le chemin fait, on trouve une petité
Riviere qui tombe dans le Lac Erié}
où l’on change de voiture: c’eft-à=
dire, que l’on a remonté en Piros
gues , & que l’on defcend le Fleuve
S. Laurent jufqu'a Quebec en Canots
d'écorce de Boulleau. On eft de mê=
me obligé de faire des Portages fur
ce dernier Fleuve , à caufe des Saults
ou Cataractes qui s’y trouvent en plus
fieurs endroits. |
Ceux qui ont fait ce Voyage m'ont
dit qu’ils comptoient dix huit cent
lieues depuis la nouvelle Orléans,
jufqu’à Quebec. Quoiqu’à la Loui-
fiane, on regarde l'Ouabache comme
la principale Riviere de celles qui
viennent du côté du Canada, & qui
réunies dans un même lit, forment la"
Riviere à laquelle on donne commu
nément le nom d'Ouabache, cepen:
dant tous les Canadiens voyageurs
affürent que celle que l'on nomme O:
hyo & qui fe jette dans l’Ouabache,
vient de beaucoup plus loin que cette
derniere, ce qui devroit étre une rai
fon de lui donner le nom d’Ohyo:
mais l’afige a prévalu. |
Depuis l'Ouabache & du même cô»
il de la Louifiane. 149
“té jufqu'à Manchac, on ne voit que
très-peu de Kivieres & très petites ,
qui fe jettent dans le Fleuve, quoi-
quil y ait près de trois cent cinquante
lieues de l'Ouabache à Manchac ; ce
qui fans doute paroïîtra extraordinaire
à ceux qui ne connoiflent pas le Pays.
. La raifon que l’on en peut don-
ner paroît toute naturelle & fe rend
fenfible : dans toute cette partie de
la Louifiane qui eft à PES du Fleu-
ve S. Louis, les terres font telle-
ment élevées dans le voifinage du
Fleuve, qu’en beaucoup d’endroirs les
eaux pluviales s’écartent des bords du
Fleuve, & vont tomber dans des Ri-
vieres qui fe déchargent direétemenr
dans la Mer ou dans les Lacs: une
autre raïon très-vraifemblable, c’eft
que depuis lOuabache jufqu’à la Mer,
il ne tombe de pluye que par ora-
ge; ce qui eft compenfé par les ro-
fées abondantes , pour ce qui regar-
de les plantes qui n’y perdent rien.
L'Ouabache a trois cent lieues de
cours, & l’Ohyo prend fa fource
cent lieues plus loin.
- En continuant la defcente du Fleu<
ve S. Louis, depuis lPOuabache juf-
u’à la Riviere des Arkanfas, l’on
| G ü]
150 Fliffoire
ne remarque que peu de KRivieres 8h
affés petites, dont la plus confidé-M
Mas rable eft celle de S. François, quik
1ancois. : ne ty 4
; n’eft éloignée que de trente & quel
ques lieues de celle des Arkanfash
C’eft fur cette Riviere de S. Fran<
çois, que les Chafleurs de la nou
velle Orléans vont tous les hyvers!
faire la provifion de Viandes falées
de Suif, & d'Huile d'Ours pour ap=
provifionner cette Capitale.
Riviere des. La Riviere des Arkanfas qui eff
Pants srente-cinq lieues plus bas & à deux
cent de la nouvelle Orléans, eft ain«.
fi nommée à caufe de la Nation des
Naturels de ce nom, qui habitent fes
bords un peu plus haut que fon con-
fluent dans le Fleuve. Le cours de
cette Riviere eft de trois cent lieues,
fa fource eft à la même laritude que
Santa-Fé du nouveau Mexique, dans
les Mortignes duquel elle tire fes
eaux; elle remonte un peu lefpace
de cent lieues vers le Nord en fais
Riviere blan- fant un coude applati, fe retourné
A de-là vers le Sud-Eft & jufqu’au Fleus
ve: elle a une Catarate ou Saultà
plus de moitié de fon cours; quel=
ques-uns la nomment la, Riviere blans:
che, parce que dans fon çours elle
0 de la Louifiane. 17.
fecoit une Riviere de ce nom. La
pointe coupée eft environ quarante
4h plus bas que la Riviere des
Arkanfas : c’eft un long circuit que
le Fleuve faifoit, & quil a abrégé
en. coupant cette pointe de terre.
Au deflous de cette Kiviere er
defcendant, on n’apperçoit gueres que
des Ruiffeaux ou de très-petites Ri-
wieres , excepté celle des Yazous, duree
foixante lieues plus bas; cette Ri- "7"
viere n’a qu'environ cinquante lieues
de cours, & les Bateaux ne peuvent
la remonter bien loin; elle a pris {on
nom de la Nation que je viens de
nommer, qui habitoit fur fes bords
avec quelques autres toutes aflés foi-
bles, qui y'habitoient aufi (1).
_ Depuis cette perite Riviere, on
n'en rencontre que de très-petites
jufqu’à la Riviere Rouge ; on l’a nom-
mée dans le commencement Riviere
de Marne, parce qu’elle eft à peu- |
prés grofle comme la Marne qui fe Riviere rouge
jette dans la Seine ; les Na@chito-
Ches habitent fes bords, & on la
Cr) Vingt-huit lieues au-deflous de la Rie
viere des Yazous eftun grand Ecore de grais
touge: vis-à-vis cet Ecore font le grand &
le petit Gouftre,
‘À. G iv.
xs2 Hifloire
connoffloit fous le nom de cette Naë
tion ; mais fon nom ordinaire & qui
lui eft reflé, eft celui de Riviere
rouge. Elle prend fa fource dans le
nouveau Mexique , fait un coude vers.
le Nord de même que celle des Ar
Kkanfas, fe rabat enfuite vers le Fleu2m
ve, en fuivant le Sud-Eft; on lui
donne deux cent lieues de cours. AM
dix lieues environ de fon confluent,
elle reçoit la Riviere Voire ou des
Ouachitas, qui prend fa fource aflés s
prés de celle des Arkanfas; cetté
fource, dit-on, fait une Foutebe af
fés près de fa fortie, dont un bras tom“
be dans la Riviere des Arkahfs® ; le |
plus gros forme la Riviere noire. Vingt
lieues au-deffus de la Riviere rouen
eft la petite pointe coupée. Une lieues
plus bas que la petite pointe coupée”
font les petits Ecores.
De la Riviere rouge jufqu’à la Mer!
on ne voit que quelques petits Ruif=s
feaux 3 mais on trouve à l’Ef à vingt
cinq lieues feulement au-deflus de la
Nouvelle Orléans, un Chenal (x 1) qui
(1) Chenal eft un chemin que les eaux e
font elles mêmes, à la différence de Canal
qui eft un écoulement ou pañlage des eaux
_ fait par mains d'hommes,
i dela Loufrane à 182 *
eft à fec aux eaux bafñfes : les de
. dement du Fleuve ont fait ce Chenal ;
SE
que l’on nomme Manchac, au- deffous ur
des terres hautes , qui fe terminent Le Cheval "
+ près de là. Il fe rend dans le Lac de
Maurepas, de-là dans celui de S.Lac Maurepite
é Louis, duquel }; j'ai parlé dans la def-
cription des lieux où j'ai pafé à mon ar-
rivée. Je laiffe le Fleuve de Manchac
., pour un moment ; j'y reviendrai après
_Que j'aurai donné les noms de plufieurs
Kivieres qui prennent leurs fources à
V'Eft du Fleuve S, Louis, & qui tom-
bent dans le Chenal.
_ Il court à PEft-Sud-Eft ; on y a
pañlé autrefois, même en remontant :
mais il eft aujourd’hui fi rempli de bois
morts, qu'il ne commence à avoir de
Veau qu à l'endroit où il reçoit la Ri- Riviere PA
viere d’Amité , qui eft affez grofle , & mir
qui a un cours de foixante-dix lieues
_dansun fort beau Pays.
Il tombe une trés petite Riviere
_ dans le Lac de Maurepas, qui eft à
_ V'Eft de Manchac. En fuivant l'E,
on pe pañler de ce Eac dans FenUe
de S$. Louis, par une Riviere que for-
_ment les eaux de celle d’Amité. En
fuivant le Nord de ce Lac, fe trouve
h a l'ER la petite Riviere Tandgi.pao , Riviere Td,
Tome L G v. gispaoe
Lac Se Louise
7 AE Hiffeire 7, ©0004
ou du bled grèlé: de-là fuivañt toujours &
Quéfonaé, l'Eff,;on arrive à la Riviere de Quefonc-
Riviere de
te, ou des Chataignes-Glands 3 élle eff
longue & belle, & vient.des Chatkas.
Riviere de En pourfuivant la même route , on
Cafin-Bayouc rencontre celle de Ca/tin Bayouc 5.on
… peut fortir enfuite du Lac par le Che-
nal qui borde la même terre,& fuivant
Perles. |
tombe dans ce Chenal, |
Plus loin fur la côte, qui -eft de
«
Riviere aux PEÎT on voit la Riviere aux Perles, qui
l’Oueft à PE /on trouve la Baye S.
Louis , dans laquelle fe rend unepeti- |
te Riviere de cenom ; en avançant en-
core on rencontre la Riviere des Paf-
Riviere des ka-Osoulas s:On arrive enfin a [a Baye
Paska - Ovous : à
las de la Mobile, qui a plus de trente
Rial lieues de profondeur dans les terrés, où
bile. elle reçoit la Riviere du même nom,
Riviere de 1 Qui à environ cent cinquante lieues du
Mobile, Nord au Sud ; toutes celles dont je
viens de parler , & qui ne fe jettent
point dans le Fleuve, vont de même du
Nord au Sud,
@
+ HP
de lu Louifiane. 1ç$
CHAPITRE XI.
Due de La Deftription Géographique :
La baffe Louifiane eft une Terre rap-
portee.
T E reviens a Manchac où j'ai laiflé
J le FleuveS. Louis. À peu de dif-
tance de Manchac on rencontre la Ri-
wiere des Plaquemines ; elle eft à
lOueft, c’eft plütôt un Bayouc qu'u-
ne Riviere. Trois ou quatre lieues plus “+
bas eft la Fourche. Ceite Fourche eff 1e chenal de
un Chenal à l'Oueft du Fleuve, par le- la Fourche,
“quel s'écoule une partie des eaux des
débordemens du Fleuve. Ces eaux paf-
fent par plufieurs Lacs , & delà à la
Mer par la Baye de lAfcenfion. Pour paye de par.
“ce qui eft des autres Rivieres qui font cenfon
à l'Oueft de cette Baye, perfonne
“de la Colonie n’a jamais püû dire leurs
‘noms ; ainfi je les nomme fur la Carte
“comme les Géographes.
. Les eaux qui tombent dans ces Lacs
ae font pas feulement celles qui paffent
par ce Chenal, mais encore celles qui
D de ce Fleuve lorfqu’il déborde
de côté & d'autre ; car de toute l’eau
G yj
4 } 6 : H: Effites |
qui fort du Fleuve fur fes côtés perpens
diculaires , il n’en rentre jamais une
goutte dans fon lit, ce qui doit s'en-M
tendre feulement dans les terres bafles , «
c’eft-à-dire cinquante à foixante lieues4
de la Mer du côté de l’'Eft, & plus de
* CENT lieucs du côté de l Que. |
On s’étonnera fans doute qu ur
Fleuve qui s’eft débordé ne reçoivem Ï
Les eaux qui pl us dans la fuite fes eaux , ni en tout
HS à ni en partie. Le fujet de cette furprifes
rentrent ja. ft très-raifonnable, puifque lon VOIth
ci partout le contraire arriver, & quem
des autres Pays Etrangers on n’a jamaishl
appris une nouvele de cette nature. |
J'en ai été furpris,& jen en fuis pass
refté à une furprife flérile ; j’ai fait mes
efforts dans toutes les occafions qui {en
font préfentées, pour ne pas demeurer“
dans une ignorance plus chagrinante
& beaucoup plus à charge,que les pei-b
nes que l’on fe donne pour la décou=}
verte des objets qui nous étonnentk
avec ralfon. J’ai donc étudié avec ap
plication ce qui pouvoit caufer un cf
qui me paroïfoit réellement extraordi=,
aire, & je crois l’avoir trouvé. À
Testerres de. Depuis Manchac jufqu’à la mer il Y
pr dre à apparence, & même des preuves, qué
epronées, toutes les terres que l’on y voit & x |
L L
de la Louifiane, 157
Von y cultive font des terres rappor-
tées, au moyen des vafes que le Fleuve
. charie par fon débordement annuel,qui
commence au mois de Mars par la fon-
de des neiges du Nord, & dure envi-
-ron trois mois. Ces terres vafeufes
produifent aifément des herbes &c des
rofeaux. Quand le Fleuve déborde
Pannée fuivante , ces herbes & ces ro-
_ feaux arrêtent une partie de ce limon,
en forte que les herbes qui font derrie-
re ne peuvent plus en retenir une fi
… grande quantité , puifque les premieres
en ont arrêté la plus grande partie, &
par une conféquence néceflaire , les
autres plus-éloignées & à proportion
qu'elles font écartées du Fleuve,en peu-
vent beaucoup moins retenir : de cette
forte la terres’élevant par fucceffion de
. tems,les berges ou bords du Fleuve fe
font trouvés plus haut que les Côtes
perpendiculaires du Fleuve : de même
… auffi ces Lacs voifins qui font des deux
côtés font des reftes de la mer, qui ne
+ font pas encore remplis. Les autres
. Fleuves ont des bords fermes & conf-
truits des mains de la Nature; c’eft une
terre qui eft la même que celle du Con-
tinent, & qui y a toujours été adhéran-
te : ces fortes de bords au lieu de s’aug-
sol
158 Hiffoire |
menter, diminuent ou en s'affaifant, ou) |
même en s'écroulant dans le lit du“
Fleuve : les bords du Fleuve S. Louis
au contraire croiflent & ne peuvent di
minuer dans les terres baffes & rappor="
tées, parceque la vafe qui tous les ans!
eft dépofée fur les bords, les augmen-
te, ce qui fait encore que le Fleuve
fe retrécit , au lieu de manger les terres”
&c de s’élargir comme font tous les au-.
tres Fleuves connus. Il ne doit donc
lus être fi furprenant que les eaux du
Fleuve S. Louis une fois forties de fon
lit ne puifent plusyrentrer. Le
Par continuation du même fujet &
pour prouver l'augmentation des ter-
res, je rapporterai ce qui eft arrivé
près de la nouvelle Orléans. Un Habi-
tans fit creufer un puits à une petite
diftance du Fleuve pour fe procurer
une eau/plus claire ; on trouva à vingt
pieds de profondeur un arbre couché,
qui avoit trois pieds de diamétre: la
hauteur de la terre étoit donc augmen-
tée de vingt pieds depuis la chute cu
l'arrêt de cet arbre, tant par la vafe
rapportée, que par la pourriture des:
feuilles qui tombent tous les hyvers 8,
que le Fleuve charie en une quantité.
inconcevable, En effet ilentraîne beau:
de la Louifiane. 159.
‘Æoup de vafe,parce qu’il coule l’efpace
de douze cens lieues au moins au tra-
vers d’un Pays qui n’eft que terre, ce
que fa profondeur prouve d’abondant.
‘11 charie une infinité de feuilles, de
cannes & d’arbres , qu'iltranfporte fur
fes eaux, dont la largeur eft toujours de
plus de demie lieue , quelquefois de
cinq quarts de lieue. Ses bords font
couverts de beaucoup de bois,quelque-
fois d’un lieue de largeur de côté &e
d'autre depuis fa fource jufqu’à fon
embouchure. Rien donc de plus aifé à
imaginer , que ce Fleuve enmene &
roule avec {es eaux une quantité pro-
digieufe de vale, de feuilles , de can-
nes, & d'arbres qu’il déracine conti-
nuellement, & que la mer rejettant
toutes ces matieres , elles doivent né-
cefflairement produire les terres dont il
-eft queftion & qui croiflent fenfible-
ment. À l'entrée de la pale du Sud-Eft
on avoit conftruit un petit Fort que
. l'onnomme encore la Balife ; ce Fort
étoit bâti {ur un Iflot hors de l’embou-
Chure : en 1734.ilétoit en cet endroit,
& j'ai appris qu’ilétoit à préfent à une
demie lieue dans le Fleuve : la terre
depuis vingt ansa donc gagné cet ef-
pace dans la mer, Reprenons mainte-
569 Hifloire ESS
nant la fuite de la Defcription géogré2u
phique de la Louifiane. | D.
La côte eft bornée à POueft par law
” Bye $, Ber- Baye S. Bernard où débarqua M. de
Rare la Salle ; il tombe une petite riviere
dans cete Baye, il y én a quelques autres
qui déchargent leurs eaux entre cette w
Baye & celle de l’Afcenfion, les Co-*
lons ne fréquentent prefque point cette M
_ côte. Du côté de l’'EfE la côte eft bor-#
née par le Kio perdido, que les François
nomment par corruption Riviere aux
. Aio perdido. Perdrix, Kio perdido fignifiant Riviere
perdue que Îles Efpagnols nommerent
ainfi à propos, puifqu’elle fe perd fous:
terre , & reparoiît enfuite pour aller fe
jetter dans la mer un peu à V'Eft de la w
Mobille , fur laquelle s'étoient établis.
les premiers Colons François.
Depuis la Fourche jufqu’à la mer ,il
h’y a aucune riviere ; il n’eft pas même
poflible qu'il y en ait après ce que j'ai
rapporté : ontrouve au contraire à peu
de diftance de la Fourche un autreChe-
nal à PE, que on nomme Bayouc de
Le Sueur ; il eft plein de vafes molles & "
communique avec les Lacs qui font à
ES: : 11
= Aux approches de la mier,ontrouve«
a environ huit lieues de la principale «
| de la Louifiane. 167
émbouchure du Fleuve S. Louis, la
Pañe à Sovole, & une lieue plus bas la
Pafle à laLoutre;ces deuxPaflesne font Pañes pous
que pour des Pirogues. Dès cette en- Re et *
“droit il n'y a plus de terre à pouvoir Louis,
mettre le pied , parceque ce font des
Marais tremblans jufqu’a la mersc’eft-là
auffi que l’on trouve une pointe qui fé-
pare les embouchures; celle de la droi-
te eft nommée la Pafle du Sud,elle por-
te fa pointe de l’Oueft deux Hieues plus
loin en mer queles pointes de la Page
du Sud-Fft qui eft à gauche de celle du
Sud, Dans les commencemens les Na-
vires entroient par la Paffe du Sud-Eff,
‘mais avant d'y defcendre, on trouve
à gauche la Paffe de 'Eft qui eft celle
par laquelle on pañle à préfent.
. À chacune de ces trois Paffes , il y a
une barre comme à toutes les rivieres
du monde ; celles ci ont trois quarts de
lieue de large, fur lefquelles il n’y a que
uit à neuf pieds d’eau : maisil y a un
Chenal qui coupe la barre, lequel étant
fujet à changer fouvent , le Pilote Cô-
tier eft obligé de fonder tous les jours
pour s’affurer de la Paffe ; ce Chenal a
dix-fept à dix-huit pieds d’eau en eau
bañle (1). |
:(1) JE ne parlerai point desIfles qui fon£ 4
Barre du Flege
ve $, Louise
its
162 | Éifioiré in
Cette Defcription doit fuffire pouf!
faire connoître que l’attérage eft diffs
cile 3 la terre d’ailleurs paroît à peiné
à deux lieues en mer , ce qui fans doutéi
fut une occafion aux Efpagnols dé
donner à ce Fleuve le nom de Rio-ef>
condide, Riviere cachée. Ce Fleuve eff
prefque toujours trouble, ce qui pro
vient des eaux du Miflouri, puifqu’a
vant cette jonction l'eau du Fleuve efls
très-claire. Je né dois pas oublier de
dire qu'aucun Navire ne peut entref
ni refter dans le Fleuve lorfque les eaux:
font hautes , à caufe du nombre pro=
digieux d'arbres & de la quantité de
bois mort qu’il entraîne , lefquels
joints aux cannes , aux feuilles, au li=.
mon,& au fable que la mer rejette à la:
côte, augmentent continuellement les
terres & les fait avancer dans le Golfe
du Mexique comme un bec d'oi-
feauit
Divifion dela Je fercis naturellement porté à divi-
en {er la Louifiane en haute & baffle. à cau-
fe de la grande différence, quant au
ford de la terre,qui fe trouve entre les:
fréquentes dans le Fleuve S. Louis; ce ne
{ont à proprement parler que desIflots qué
produifent quelques arbres, quoique le ters
sein ne foit qu’un fond de fable, +
“ Û Ÿ
4
de la Louifiane 163
deux principales parties de cette vafte
contrée. La haute feroit celle où l’on
trouve des pierres , dont les premieres
fe rencontrent entre les rivieres des
Natchez & des Yazouts, qui forment
un Écore de grais très- fin, & la borne-
toit à Manchac où finiflent les terres
hautes. La baffeLoufiane s’étendroit de-
1à jufqu’à la mer. Le fond de la terre
fur les côteaux eft une glaïle rouge &c
eft fi compacte, qu'elle pourroit fer-
vir de fondemens folides à tous les
édifices qu'on voudroit y élever. Cette
glaife eft couverte par une terre pref=
que noire & légere, d’un excellentrape
port. L’herbe y croît à la hauteur du
#enouil, & dans les fonds qui fépa-
rent ceswfoibles coilines, elle eft plus
haute que le plus grand homme. Vers
Ma fin de Septembre on met le feu aux
unes & aux autres fucceflivement, &
au bout de huit ou dix jours l'herbe
nouvelle a déja crû d’un demie pied.
On jugera facilement que dans de tels
pâturages les troupeaux s’engraifflent
extraordinairement. Le Pays plat eft
aquatique, & paroît avoir été formé par
tout ce quiarrive vers la mer , comme
j'ai dit ailleurs.J’ajouterai qu’affés près
es Nadtchitoches, on trouve des
E |
_Æ64 Hifloire 00
bancs de Coquilles de Palourdes telles
que celles dont eft formée l'Ifle aux
coquilles. Cette Nation voifine dit
que leur ancienne parole leur apprend
que la mer venoit autrefois jufqu'à cet
endroit ; les femmes de cette Nation
en vont amañler , elles en font de la
poudre qu’elles mêlent avec la terre
dont elles font leur poterie , qui eft re=
connue pour la meilleure. Cependant
je ne confeilierois point de fe fervir in*
différemment de ces coquilles pour cet
ufage, parce que de leur nature elles
pétillent au feu ; j'ai donclieu de pen-
fer que celles que l’on trouveaux Nacts
chitoches n’ont acquis cette bonne qua
lité, qu’en fe déchargeant de leurs fels
par un féjour de plufieurs fiécles qu'el=
les ont fait hors de la mer. ‘10
Si l’on peut ajouter foi à la tra
dition de ces peuples, & fi l’on veut
raifonner fur les faits que J'ai rapportés,
on fera naturellement porté à croire ,
comme tout dans ce Pays le démontre,
que la bafle Louifiane eft un Pays ga.
gnéfur la mer, & dont le premier fond”
eft un fable cryftallin, blanc comme la
neige, fin comme la farine , & tel que
celui qui fe trouve tantau Levant qu’au,
Couchant du Fleuve S. Louis, & il
ch de la Louifrane. 165$
be faut point raies que dans les
fiécles à venir la Mer & le Fleuve n’en
faflent une terre femblable à celle de la
bañle Louifiane. Le Fort de la Balife port de 16:
nous fait connoître qu’un Siécle fuffit Balife.
pour étendre la Louifiane de deux lieues
vers la Mer.
Telle eft la Defcription géographi-
: que j'ai crû devoir donner dans un
étail aflez particulier , pour faire con-
noitre cette Province à ceux qui pour
roient y voyager, ou qui, fans {ortir de
France, pourront s'inftruire à leur aife
de la qualité de cette Colonie & de fa
fituation.
; ‘ cor
CHAPITRE XIL
Voyage de l'Auteur au Biloxi : Eraz
bliffément des Conceffions : L’ Auteur
découvre deux Mines de Cuivre : Sons
retour aux Naichez : Phénoméne.
A feconde année de mon établifs
fement aux Natchez, je partis
pour la nouvelle Orléans ; je voulois
vendre moi même mes marchandifes
& denrées , au lieu de les vendre à des
Marchands voyageurs qui fouvent veut
lent fe faire payer un peu trop cher de
leurs peines. Une autre raifon me fai.
foit encore entreprendre ce voyage.
javois appris par des voies certaines
que l’on interceptoit toutes les Lettres
qui partoient pour France, n’ofant me
confier à perfonne pour mes Lettres,
je ne voulois m’en rapporter qu’à mois
même.
Avant de defcendre le Fleuve, j'als
lai au Fort pour demander au Coms
mandant sil n’avoit point de Lettres
pour le Gouvernement : nous n’étions
pas grands amis avec ce Commandant
#
M de la TLouifrane. ‘67
des Nätchez , qui vouloit faire fa cour
au Gouverneur aux dépens d’autrui.
[lavoir des Lettres à envoyer à M, de.
Biainville ; jele fçavois , il me dir qu'il
nen avoit point: je me fis donner par
le Commis principal un billet qui por-
joit ce refus à ma demande : le même
Commis me pria d'emmener dans ma
voiture un forçat de la Compagnie, &
me donna un autre billet pour me faire
payer des vivres que j’aurois fournis à
ce forçat pendant le voyage. Je ne me
preflai point, & je m’arrêtai de tems
en tems pour vifiter mes amis qui de-
meuroient le long du Fleuve ; de cette
Morte Le Commandant eut tout le tems
d'envoyer fes Lettres & d’écrireauGou-
Verneur que J'avois refufé de les pren-
dre. PL |
‘k Lorfque je fus à la nouvelle Orléans need
Jappris qu'il étoit arrivé des Concef- plufieurs Cona
fionnaires au nouveau Biloxi : je ju- ginors %
geai donc à propos d'y aller , tant
Pour vendre mes denrées, que pour
trouver quelque moyen für de faire
tenir mes Lettres en France. Arrivé au
Biloxi, je fus faluer M, de Biainville :
ce Gouverneur me demanda fi j’avois
des Lettres pour lui, je lui répondisque
je les avois fait demander, mais qu’on
me les avoit refufées. Il me dit avec
{
|
j
4
468 Hifloire |
froideur que je n’avois point voulu me
charger : pour toute réponfe je lt:
, montrai le certificat du Commis prins
cipal , à quoi il ne put répondre que
me difant que du moins je ne pouv@j
nier que J'eufle emmené furtivemen
un forçat de la Compagnie. Je lui ré”
pliquai que le Commandant des Nat”
chez lui en impoloit ; & pour le lu
prouver, je lui fs voir le billet du Com
mis principal , par lequelil prioit MMA
les Directeurs de me rembourfer les
vivres du forçat que j'avois bien vou
lu defcendre , & qu’il renvoyoit, par
ce quil lui étoit inutile, Cette explin
cation & ces réponfes par écrit le mi
rent , comme on peut bien s'imaginer
de très mauvaife humeur. Je me retis
rai : dès le jour même je rencontrai MA
d’Artapuette d’Iron Lieutenant dû
Roi, quim'invita d'aller fouper ches
lui, je ne püs m'en défendre, par@
qu’il me dit que tous les Cheïs di
Conceflions y foupoient pour la mês
me ralfon pour laquelle il m'invt
toit. Je m'y rendis d’autant plus vos
lontiers que je préfumois que J’auroi:
la fatisfattion de voir ces Conceflion*
naires qui étoient tous mes amis. Su
la fin du fouper nous tinmes confei
poul
É ! s1
de la Louifiane, 169
Pour découvrir le moyen de faire par-
venir nos Lettres en France ; nous le
trouvâmes , & nous nous en fervimes
par la fuite. |
Le Biloxi eft fitué vis-à-vis l'Ile
aux Vaiffleaux, & à quatre lieues de
cetre Îfle, Je n’ai jamais pû deviner
pour quelle raifon on fit dans cet en-
droit le principal Etabliffement de la
Colonie, ni pourquoi on vouloit y bâ-
‘ir la Capitale; rien ne répugnoit plus Etablifement
au bon fens , puifque non-feulemenr 4 Biloxi.
es Vaiffeaux ne pouvoient en approe
her que de quatre lieues , mais encore,
qui génoit le plus, c’eft qu'on ne
bouvoit rien apporter des Navires
(uen changeant trois fois de ba-
éaux de plus petits en plus petits ;
ncore falloit-il aller à Peau plus de
ent pas avec des petites charettes pour *
lécharger les plus petits bateaux. Ce
ui devoit encore éloigner de faire l’'E=
bliffement au Biloxi, c’eft que le ter
in et des plus ftériles, ce n’eft qu’un
ible fin, blanc & brillant comme la
eige , fur lequel il eft impoffible de
üre croître aucun légume ; on y étoit
1outre extrêmement incommodé des
its qu ÿ fourmillent, & fe logent
ans le fable , & dans ce tems ils ron-
Tome I, | H
NL
-
170 | Fifloire |
geoient jufqu'au bois des fufils ; la di
ferte y avoit été fil grande, que plus
de cinq cens perfonnes y étoient mOr=
es de fan, le pain y étoic fort cher
& la viande très-rare; il n’y avoit que,
le poiffon dont cet endroit abonde
qui y fût afflez commun. | à
Éette difette provenoit de l’arrivée)
des Conceflions qui étoient venues tOUs
tes enfemble, de forte qu’il ne s’y trous
va pas affez de vivres pour les nourrit,
ni de bateaux pour les tranfporter aux
lieux de leur deftination, commedà
Compagnie y éroit obligée. Ce qui en
fauva quelques-uns, fut la grande quai:
tité d’huitres qu’ils trouvoient fur le
côte , encore étoient-ils obligés d'êtrt
dans l’eau jufqu’à la cuifle à une por
, tée de carabine du bord. Si cet alimef!
en nourrifloit plufeurs , ilen rendo!
malade un grand nombre, ce qui étoi
encore occafionné par le long tem
qu'ils reftoient dans l’eau. |
publiffmens Ces Conceflions étoient celles d!
a M. Law , qui devoit avoir quinz!
cens perfonnes , pour la former , com
pofées d’Allemans, de ;Provençaux!
&c. Son terrein éroit défigné au:
Arkanfas ; il avoit quatre lieues quar
rées , & toit érigé en Duché
de la Louifiane: 17
i avoit les Equipages pour une Com-
pagnie de Dragons , des Marchan-
difes pour plus d’un million : M. Le-
vans en étoit l’Adminifirateur |, &
avoit une chaife roulante pour Vi.
iter les différens Poftes de la Con-
“ccffion. Mais M. Law marqua, la
Compagnie sempara de toutes les
“Marchandies & Effets ; les engagés
relterent en petit nombre aux Arkan-
Ds , puis furent tous difperiés &c mis
en liberté : prefque tous les Allemans
s'établirent à huit lieues au-deffus &
à l’Oueft de la frere Cette Core
| ceñion perdit près de mille perlonnes
“a l'Orient avant de s’embarquer, &
plus de deux cens au Biloxi. |
La Conceffion de M. le Blanc, Mi-
niftre, s'établit aux Yazoux ; L avoit
\pour : Affociés MM. de Belle. Ifle, d'A
feld &: de la Jonchere ; par la fuite
“elle eut la Lerre Hhdcte aux Nat-
‘chez.
Celle de Koly aux Natchez ; eile
avoit acheté celle de M. Hubert
Celle de M. d'Artaguette au Da-
ton rouge, à ving - fix lieues de la
Nouvelle Orléans.
Celle de M. Paris du Vernai aux
D coul , à vingt-huit lieues de la
Capitale, | Hi
H À
ET2.. Hifloire | È
. Celle de M. Paris de Montmartell
aux Jilinois, compofée de Mineurs»,
pour exploiter Les Mines de ce Can-
ton.
Celle de Mézieres aux Ecores blancs,
\ trente-neuf lieues de la Nouvelle
Orléans. | il
Celle de Meufe à la Pointe Cous
ée , une lieue plus haut. 0
* Celle deVillemont fur la Riviere Noi=
reà cent vingt lieues de la Capitale,
Celle de Chaumont aux Paska Os
goulas, fur la Riviere de ce nom...
Celle d'Epinay aux Cannes brûlées;
À dix lieues environ de la Capitale. :
Je ne parle point de celles qui étoient
venues en même-tems que moi en 1718;
ce détail feroit plus ennuyeux qu’inf-
trudif, Toute cette mifére dont j'étois
témoin au Biloxi , me détermina à als
ler à quelques lieues fur cette côte paf-
fer une huitaine chez un ami qui me
reçut avec plaifir ; nous montames à
cheval pour vifiter l'intérieur du Pays
à quelques lieues de la Mer 5 je trous
vai les campagnes affez belles , mals
bien moins fertiles que le long du Fieu:
ve; elles fe fentent un peu du voifina-
ge de la côte, qui n'a prefque point
d'autres plantes que des Pins à perte
Es L'ECeRS
NOR)
5
de vüe & quelques Cédres rouges &
blancs. |
… Lorfque nous fümes dans la plaine
de la Louificne. À, 172.
Découverte
? de deux mines
Je furetai tous les endroits que je crûs du Cuivre,
mériter mes regards « je trouvai après
ICét examen deux Mines de Cuivre,
dont le mérail étoit apparent ; elles
Ipeuvént être à une demie lieue de dif-
tance l’une de l'autre ; il eft à croire
qu’elles font très-abondantes, puil-
qu’elles fe decélent de la forte fur la
Ri de la terre.
… Quand je me fus affez promené, &
que Je ne prévis plus que je pouvois
trouver de quoi fatisfaire ma curiofité,
deux bateaux de la Compagnie qui fe
préparoïient à partir pour la Nouvelle
Orléans, & une grofle Pirogue qui ap-
(partenoit au R. P, Charlevoix, Jéluite,
| 3 le nom eft très-connu dans la Ré-
publique des Lettres ; je retournai
IComptois avec raifon avoir une place
dans les bateaux de la Compagnie ;
mais M. Hubert à qui le R, P. vint
faire fes adieux, le pria de me pren-
dre avec lui, & que je lui tiendrois
compagnie ; il y confentit ; mais Je
Pengageai à donner auffi pañlage à M.
H ii
lavec lui à la Nouvelle Orléans : je
Retour ds
14 . : à : . l’'Auteur aux
je retournai au Biloxi , où je trouvai Nacchez
Phénomène
cfa at
Flaucourt, qui m’avoit prié de le pren“
ment fondé, que perfonne ne pouvoit
paru dans la Province, duratroisjours.
à.
p"
174 Hifloire, 44
de S. Gilles , frere de M. de la Loirez
dre avec moi ; parce qu’en arrivant den
France , on eft embarraflé, fur-tout
dans un pays neuf, comme étoit alors
Ja Louifiane. des |
Peu de tems après mon retour du
Bioxi aux Natchez , il furvint un
Phénomêne , qui effraya toute la Pro=
vince ; l’effroi étroit d’autant plus jufte=
en deviner la caufe, ni en prévoir les
effets, que l’on craint toujours malgré
la force du raifonnement, qui devient
inutile lorfque l’on n’a aucune connoif-
fance du fujet.
Tous les marins pendant huit jours
on entendoit un bruit fourd quoique
fort, depuis la Mer aux Illinois , qui
montoit du côté de l’'Oueft ; l'après:
midi on l’entendoit defcendre du côté
de l'Eft, le tout avec une vitefle in-
croyable ; & quoique le bruit parüt
appuyé fur l'eau, elle ne frémifloit
point, & on ne fentoit fur le Fleuvel
as plus de vent qu'auparavant. Cet
effroyable bruit n’étoit que le prélude
de la tempête la plus violente ; cet!
Ouragan le plus furieux qui eût jamais
A de la Louifiane. T7
Comme 1l montoit du Sud Oueft au
MNord-Eltt , il allongeoit tous les éta-
bliflemens qui étoient le long du Fleu-
Ve ; on s’en reffentoit à quelques lieues
| 4 ou moins fort , fuivant que lon
létoit plus où moinséloigné ; mais dans
Nes endroits où paf le Fort de FOu-
tagan , il renverfa tout ce qu’il ren-
contra dans fon chemin, qui étoit dé
a largeur d’un bon quart de lieue, en-
forte que l’on eût pris pour une ave-
ue faite exprès, l'endroit où il avoit
pañlé , qui étoic totalement applati, &e
avoit les côtés droits. Les plus gros
arbres étoient déracinés , & leurs bran-
Ches brifées à platte terre, de même
que les rofeaux des bois; dans les
prairies l'herbe même, qui n'avoir alors
Que fix pouces de haut, & qui eft
fort fine, ne püût fe garantir d'être
foulée, flétrie & collée à terre.
Le fort de l’Ouragan pañla à une
liéue de mon Habitation , néanmoins
ma maifon qui étoit de pieux en terre,
eut été renverfée , fi je ne l’eufle
promptement appuyée avec un arbre,
le gros bout en terre, & cloué à la
maifon avec une fiche de fer de fept à
huit pouces de long: plufieurs bâti-
mens de notre Pofte furent renverlés:
H iv
176 Hifloire |
mais nous fümes heureux dans cette”
Colonie que le fort de cet Ouragan. |
ne pañla pas directement fur aucuñ”
Pofte , & quil traverfa obliquement”
le Fleuve fur un pays totalement in-4
habité. H arriva vers le mois de Mars”
en 1722. ; |
Comme cet Ouragan venoit de Ia’
partie du Sud, il gonfla tellement las
Mer, que le Fleuve refoula contre fon
courant , jufqu’à monter à plus de quin-
ze pieds.
CHAPITRE XFIT.
Premiere Guerre avec les Natchez :
| Caufe de cette Guerre: Les Natu-
… rels apportent le Calumet de Paix
a l Auteur. |
| A même année fur la fin de l'Eté,
JZ_ nous eûmes la premiere Guerre
avec les Natchez. Comme j'ai déclaré
que je parlerois plus de cette Nation
que de toute autre, parce que Je Pai
plus particulierement connue, J'efpere
que l’on me: di‘pentera de rapporter ce
qui s’eft pañfé ailleurs. Ce n’elt pas que
je nenaye eu quelque connoiffance ,
mais on rifque toujours beaucoup à
faire fond fur les relations d'autrui, dans
des aFaires de la nature de celle- ci,où il
eft difficile de s’exempter de partialité.
Je ne puis même toucher celles qui fe
font palées fous mes yeux fans ufer |
d'une grande réferve.
Quoique les dérails de cet établiffe-
ment des François à la Louifiane puif-
fent paroître aflez indif-rens à ceux
qui viendront après nous, je rencontre
\
- 4
Li
‘ : ’ V2
17 ‘hs Hifoire 4
cependant , à mefure que j'écris , tous:
les dangers qui étonnent les Ecrivains.
des Hiftoi res Modernes. Les morts de
les vivans font également à ménagers
& la vérité que l'on connoît eft d’une
dé: icatefle à à exprimer qui fait tomber
la plume de la main de ceux qui Pai
ment. Je ferai néanmoins mes eHorts
pour donner une efquifle fidelle de ce.
uieftarrivé aux Natchez, où fe font
pañlés les plus grands € évenemens de la
Coionie : ce que je ne dirai point fe
trouvera quelque jour dans les Mémoi=
res que l’on publiera & qui exifienr ac=
tuellement en manufcrits, comme ceux
de M. de S. Denis, & quelques autres
_ dont jai profité pour la découver=
te dela Louifiane,
Elément Les François s’établireng aux Nat:
es François
aux Marcher, CHez- fans aucune contradiction de la
part de ces peuples, qui loin même de
les traverfer , leur rendirent beaucoup
de fervices. & leur furent d’un lecours
très-eflentiel pour avoir des vivres ;
ceux que la Compagnie des Indes avoit
envoyés avec fa prémiere Flotte ayant
été retenus à la nouvelle Orléans. Sans.
les Naturels ils feroient péris de faim
& de mifere ; car quelqu’exceilent quen
fo: t'unnouveau Pays, il faut Jef arte
LA
, (
L 08
… RER
{ à 1 L
* 4
/
à de la Louifiane 179
tout au moins la premiere moiïflon : en
rations pour fiire précifément ce qu’il
ilfaut vivre, & la Compagnie l’avoit
bien reconnu , puifqu’elle avoitenvoyé
avec les huit cens hommes qu’elle fai-
Lit pañler à la Louifiane de quoi les
mourrir trois ans de fuite. Les Ceflion-
maires & Colons réduits à traiter ( ache-
er par échange ) des vivres avec les
Natchez, virent par-là difiper leurs
lavances & ne pürent former un établiffe-
ment aufli confidérable qu'ils l’auroient
Air, s’ils n’euflent point perdu leur fang
le plus pur par ces faignées auffi fré-
quentes que néceffaires. |
» Cependant il en réfulta un bien:
Ceft que les Natchez attirés par la fa-
cité de traiter des marchañdiies aupa-
ravant inconnues chez eux, comme fu-
fils, poudre, plomb , eau-de-vie, lin-
ge, draps & autres chofes femblables,
au moyen d’un échange de toutce dont
ils abondoient , s’attacherent de plus en
Je défricher , l'enfemencer & attendre
effet il faut être bien jufte dans fes opé-
faut du premier coup & n'avoir point
lärecommencer. Mais pendant ce tems
Les Natcherz
plus aux François & feroient reftés mis des Fran
amis très-utiles, fi le peu de fatisfac
tion que leur donna le Commandant du
H v]
Oise
| L.
T186: Hifhoire .,
Fort Rofalie de la mauvaife action”
d’un de fes Soldats n’eût alliéné leurs
efprits. Ce Fort couvroit l'Hebitation:
des Natchez & protégeoit celle de
Sainte Catherine, qui étoit fur le bord,
Fort négligé, de la petite Riviere des Natchez. Mais:
la défenfe & la protection étoient quels
que chofe de bien mince, car ce Fort
n’étoit que de palifflades, ouvert par
fix brêches, fans foffé , & n’avoit qu’une:
très-foible garnifon. D'un autre côté
les maifons des Habitans, quoiqu’en
affez grand nombre, n’avoient aucune!
force par elles-mêmes ; les Fabitans
difperfés dans la Campagnes chacun au
milieu de fes champs, loin de fe prêter
une force mutuelle , commeils auroient
fait s'ils euflent été réunis , avoient
chacun au premier accident befoin de
fecours.
Un jeune Soldat du Fort Rofalie
avoit fait quelques avances à un vieux.
Guerrier d’un Village des Natchez (r}
qui devoit lui donner en retour du
bled. Vers le commencement de lHy-
Caute de ceue Ver de 1723, ce Soldat logé près dus
Guerre, Fort,le vieux Guerrier y fut le voir, le
(1) Ce Village étoit celui de la Pomme
Blanche: chaque Village a {on nom parti
curer, | | ju Si LÈt2
= “
Re.
TROT RIT ne
: de laLouifrane. 192
Soldat lui demanda fon bled. Le Natu-
rel répondit doucement que le bled
‘n'étoit pas encore aflez fec pour l’égrai-
‘ner , que d’ailleurs fa femme avoit été
malade, & qu'il le payeroit aufli-tôt
qu’il feroit poffible. Le jeune homme
qu content de cette réponfe menaça
Je vicillard de lui donner des coups de
“bâton. Auffi-tôt celui-ci qui étoit dans
la cabane du Soldat, fut indigné de
cette menace & lui dit qu’il vint voir
dehors lequel feroit le plus fort. Sur ce
défi Le Soldat criant à Paffaffin appelie
la Garde à fon fecours.LaGarde accous
frut , & le jeune homme la prefla de ti-
rer fur le Guerrier qui retournoit à fon
| Village d’un pas ordinaire , un Soldat
fut affez imprudent pour le faire. Le
| vieillard tomba du coup. Bien-tôt le
“Commandant fut averti de ce qui ve-
“noir de fe pañler, & fe rendit fur le lieu,
où les témoins, car ilyen avoit de
“François & de Natchez, oùlestémoins,
dis-je, Pinftruifirent du fait. La jufti-
ce & la prudence vouloient qu’il fit fu-
Dir au Soldat un châtiment exemplai-
re, maisil len quitta pour une répri-
mande , après laquelle les Naturels fi-
rent un brancard & emporterent leur
Guerrier qui mourut la nuit fuivante
ra
\ À L fe /f LE
H$3 Hifioiré.... ©} MALE
de fes bleflures, quoique le fufil n’eûeu.
été chargé que de gros plomb. Les
La vengeance eft la paflion domi-
ÿ ; + à lé ML
nante des peuples de l'Amérique : ainfks
l’on ne doit point s'étonner que la mort
de ce vieux Guerrier ait foulevé tout”
fon village contre les François, lereften
de la Nation dans ce commencement
ne prit point part à la querelle. |
Le prernier effet du reflentiment des.
Hôftilité des Natchez tomba furun François nom-
Natchez,. Le mu PUR DE
mé M. Guenot, qu’ils furprirent re-
\ e F e )
tournant du Fort à Sainte Catherine,
& furun autre Habitant qu’ils tuerent,
dans fon lit. Bientôt après ils atraque-
F A + e 3 e e e
rent tout à la fois Habitation de Sain-
te Catherine , & celle qui étoit fous Le
Fort Rofalie. C’étoit dans cette der-
niere que j’avois établi ma demeure. Je”
me vis donc expolé, ainfi que beau-
coup d’autres, à payer de mesbiens ,
& peut-être de ma vie la témérité d’un
Soldat & la trop grande douceur de
fon Capitaine, Mais comme je connoif-
fois déja le caraétere des peuples à qui
nous avions affaire, je ne défefperaïs
. o Le
point de fauver l’un & l'autre. Je me
barricadai dans ma maïfon ; & m’étant
mis en état de défenfe, loriqu'ils vin="
À rent la nuit, feion leur coutume, pour”
l
4.
%
1 “HSE ER ifiane. 187
me furprendre, ils n’oferent m'atta-
De
| Cette premiere entreprife que je ju-
} geai bien devoir être fuivie d’une &
«même de plufieurs autres, me fit pren-
Mr le parti, dès que le jour fut venu,
! de me retirer fous le Fort, aïinfi que
faifoient tous les Habitans, & d’y por-
“rer toutes les provifions que J'avois en
mon logis. Je ne pus exécuter mon
“deffein qu’à moitié : mes Efclaves ayant
commencé par tranfporter le meilleur,
da peine fus-je arrivé fous le Fort, que
le Commandant me pria de me mettre
à la tête d’un détachement d'Habitans
pour aller au fecours de Sainte Cathe-
rine, [Il y avoit déja envoyé toute fa
Garnifon, ne fe réfervant que cin
hommes pour la garde du Fort, & ce
Hécours ne fuffloit pas pour dégager
Habitation que les Naturels en grand
por prelfoient vivement. |
Je partis fans différer. Les coups de
fu fe faifoient'entendre de loin, mais
Je bruit ceffa auffi-tôt que j je fusarrivé,
F & les Naturels parurent s’être retirés ;
ils m'avoient fans doute découvert dans
Ma marche , & la vûe d’un renfort que
Me Éonduifois leur en avoit impolé.
L’Offcier quicommandoit le dérache-
484 Hifloire | -
” _ ment de Ja Garnifon, & que jerelevois}
retourna au Fort avec fa Troupe, & le
Commandement m’étant ainfi dévolus
je fs affembler tous les Negres, & leur
ordonnai de couper toutes.les brouf-
failles , qui couvrant la Campagne fa-
voriloient l'approche de l’'Ennemi juf=
qu'aux portes des maifons de cette con:
ceflion, Cette opération fe fit fans aus
cun trouble, fi ce n’eft une douzaine de
coups de fufl que les Naturels tirerent
des bois où ils étoient cachés au-de=
lä de la Riviere, car la plaine des envis
rons de Sainte Catherine étant abfolu=
ment nettoyée de tout ce qui pouvoit
les mafquer, ils n’oferent plus y pa=
ln MROIEre :
Négocktions Cependant le Commandant du Fort
Rofalie faifoit agir auprès du Serpent
Piqué , afin que ce grand Chefde Guer-
re calmât cette partie de fa Nation, &t
procurât la paix. Comme il étoir de
nos amis, il y travailla efficacement,
& les hoftilités ceflerent. Lorfque j'eus
pañlé vingt-quatre heures à Sainte Ca=
therine, je fus relevé par un nouveau
détachement d'Habitans que je relevall
à mon tour le lendemain. Ce fut à cet:
te feconde garde queje montai, que Île
Village avec qui on étoit en guerres,
s-
Dot >
/
“ES.
TS
H 10 x
"ia -
DA
l'E:
-
se de la Louifiane. RÉ RES
M'envoya par fes députés le Calumet boire
de Paix. Mon premier mouvement fut Cal umet de
de le refufer , {çachant que cet honneur Paix à Au
étoit dû au Commandant du Fort, &
ilme paroifloit d’autant plus délicat de
Pen priver que nous n’étions pas trop
bien enfemble. Cependant le danger
évident d'occafionner la continuation
de la Guerre en le refufanc, me déter-
mina à l’accepter , après néanmoins
lavoir pris l'avis de ceux qui étoient
avec moi, qui tous le jugerent à pro-
Ipos pour menager ces peuples à qui le
Commandant étoit devenu odieux.
« Je leur demandai ce qu'ils vou-
Joïent , ils me répondirent en trem-
Dlapt , la paix : » Cela eft bon, leur
mrépliquai-je , mais pourquoi m’ap-
portez - vous le Calumet de Paix ?
» C’eft au Chef du Fort qu’il faut le
# porter pour avoir la paix. Nous
» avons ordre, me dirent-ils, de te
>» l’apporter d'abord, fi tu veux le re-
» cevoir en fumant feulement dedans 3
» nous le porterons après au Chef du
22 Fort , mais fi tu ne veux pas le rece-
» voir, les ordres portent que nous
» n'avons qu'à nousenretourner. «
Je leur dis donc que je voulois bien
fumer dans leur Calumet , à condition
186 Hifloire |
qu’ils iroient le porter au Chefdu Forts
Ils me firent une harargue, elle dura
peu, quoi qu’elle für très- fateufe ; on
me difpenfera de la rapporter pour la
raïfon que l’on peut aifément deviner
Je répondis à leur harangue , qu il
étoit bon que nous reprifions notre
façon de vivre enfemble, & que les
François & les hommes Rouges OU=
bliaflent entierement ce qui s'étoit
_pallé, qu'à mon égard j'avois du cha=
grin de navoir plus de maïifon,
mais que j'en alloïis bâtir une très
promptement , & qu ’aufli-tôt que j'y
La Maïfon de {erois logé ’oublirois que lancienne
LP à avoit été dde enfin qu’ils n’avoieñt
a porter le Cohunct au Chef du
Fo ort & de là aller dormir chez eux.
Telle fut l’iffue de la premiere Guers
re que l’on eut avec les Natchez qui ne
dura que trois ou quatre jours:
Dès le lendemain je fus vifité par le
Serpent Piqué , qui me demanda fi j’a=
vois tou ours le cœur gros de ma mai
fon brûlée, qu'il alloit parler à (à
Guerriers pour me couper du bois é£
en faire une autre, Je lui dis quecen É2
toient point fes Guerriers qui avoients
brûlé ma mailon &c mes vivres. El mew
répondit : » jet’entens , demain tu fes
‘4 de la Louifiane. 127
» ras content, trouves-toi de bon matin
> dans l'endroit où tu veux bâtir, je
D my rendrai avec les Guerriers du
# Village de la Pomme, & tu leur diras
» ce que tu as envie de faire. | |
… En effet, il fe tranfporta avec une
trentaine d'hommes fur le terrein que
je lui avois indiqué : je fus aflez occu-
pé pendant tout ce jour à faire abbat-
tre des arbres, les jours fuivans je fs
travailler pour la couverture. On ne fait
Joint travailler ces Naturels fans leur Les Naturels
urnir au moins la nourriture néceflai- PERS LE
te, mais le Serpent Piqué avoit pour- bätirune autre
yû à tout ; d’autres Naturels venoient cHrR at
& apportoient à manger plus qu'il n'en
falloit pour les travailleurs & pour les
Efclaves. Aïinfi je fis en peu de tems
Une maifonque j’achevai avec deux Né-
gres mâles qui m'étoient arrivés.
M, Les Natchez lui donnerent le nom
de Maifon forte, parce qu’elle étoit à
Pépreuve de la balle & qu'il y avoit des ”
meurtrieres de tous les côtés.
» Le Commerce ou la Traire fe réta-
blit comme elle éroit auparavant, &
ceux quiavoient fouffert quelque dom-
mage ne penferent plus qu’à leréparer.
Quelque tems après on vit ariver de la
nouvelle Orléans le Major Général que
«.
LA
4
183 Hifhoire #
le Gouverneur dela Louifiane envoyoït
pour ratifier cette Paix. Ille fit, &a
fécurité de part & d'autre devint auffil
parfaite que fi l’on n'avoit jamais rien
eu à déméler. FA |
Il auroitété fort à fouhaiter que les
chofes fuflent reftées fur un fibon pied.
Placés dans un des bons & beaux Pays”
du monde, en liaïfon étroite avec les
Naturels de qui nous tirions beaucoup
de connoiffances {ur la nature des pro
ductions de la terre & fur les animaux
de toute efpece dont elle eft peuplée,
ainfi que des Pelleteries & des vivres,
& aidés par eux dans beaucoup d'ou
vrages pénibles, nous n'avions beloïn”
que d’une paix profonde pour former“
des établiffemens folides , capables de
nous faire oublier l'Europe : maislan
Providence en avoit autrement of=
donné. le |
de La Louifiane: 189
f
CHAPITRE XIV.
Serpent à jonnettes monftrueux : Phés
Li _noméne extraordinaire,
"Hyver, qui furvintpeu après cet
"A te guerre fut fi rude, qu on ne fe
fouvenoit point d’en avoir vû d’auffi
froids.
Il tomba du verglas en affez grande
abondance pour étonner les plus vieux
Natchez à qui ce grand froid parut
nouveau. Je ne puis attribuer qu’à la
violence de ce froid , la caufe pour la-
qu'elle s'arrêta fur mon terrein un
monftre plus gros que l’on eût encore
apperçu dans le Pays.
0 Tous les matins mes chiens alloïent
‘abboyer à la même place, {ur un cô-
teau oppofé à celui ou j'étois bäti ;
le bois étoir fi fourré que je ne pou-
vois raifonnablement m'expofer à y
aller, parce que je pouvois être fur-
pris par l'animal contre lequel mes
chiens abboyoient fi régulierement,fans
pouvoir trouver aucun mogen de me
rire ; mes chiens quoique très=
Grand froid
qui étonne Île
Naturels,
190 Hifioire . DR
hardis n’ofoient avancer, ainfi je n'&=
vois garde d'entreprendre plus qu'ils!
n’en faifoient. TER
Un Natchez qui, comme je Pa
dit, n'avoit pas voulu me vendre fa
cabane & fon camp à mon arrivées,
étoit encore {ur le même terrein;ñil
vint chez moi, je lui dis que mes
chiens alloient tous les matins dans"
Je Bois voifin de fa maifon, &
aboyoïient très-longtems au même en
droit; que pour découvrir ce quel
pouvoit être, il me feroit plaifir d'y
aller lorfqu’il entendroit mes chienss
Il me le promit, ajoûtant qu'il me
rapporteroit ce qu'il auroit vü. Dés
le lendemain matin mes chiens 4e
rendirent à l'ordinaire dans le Boiss
& aboyerent de même ; ils ceffleretit
quelque tems, | uis recommencerent,
Je conjeéturai que mon voifin y avoit
été, par l'intervalle de laboyement de
mes chiens qui l’auroient reconnu ; Je
le vis arriver peu de momens 10
fort efloufflé, maïs encore fi faifi de
la frayeur qu'il avoit eüe, qu'il ref
fembloit plutôt à un homme moft
qu’à toute autre chofe. 1360
Je lui demandai ce qu'il avoit:54il
me répondit qu'il avoit eu une AM
a de la Louifiane. 19
grande peur, qu'il avoit peine à en
revenir ; qu'il étoit allé aufli-tôt &
très-doucement à mes chiens, dès
qu'il les avoitentendus; qu'ils s’'étoient
avoir un peu excités, ils avoient re-
Commencé en avançant un peu; qu'a-
lors il avoit entendu un horrible fif-
lement, & vû remuer le corps d’un
Serpent à fonnetes auffi gros que lui ;
CE NO / 3e 3 7
qu’il en avoit été fi effrayé quil s'é-
toit enfui, & qu'il en étoit encore
fa; qu'il alloit quitter fon champ &
demeurer au grand Village, parce
que fi cet animal fentoit une fois la
chaleur, il dévoreroit quelqu'un de
fa mailon.
Je lui demandai fi ce qu'il me di-
Loit étoit bien vrai, parce que je n’a-
Vois jamais oui dire qu'il y eût de fi
pros Serpens à fonnettes ; il me ré-
pliqua que cela étoit très-xral, que
je pouvois m'éclaircir par moi-même
s’il étoit vrai ou faux; que comme
je tirois bien & que je n'aurois point
peur , je le tuerois aifément ; que pour
ui il n’éroit nullement fûr d’en faire
de même, parce quil le craignoite
TL me quitta en m’affürant que dès
Pinflant il alloit partir & changer de
demeure,
ths à fon arrivée; mais qu'après les
Serpent à Sonÿ
nettes MOonf-
TIUCUXS
192 Hifhoire 4
Je fis enfuite de cette nouvellé!
mes réflexions fur le parti que j'avois
à prendre pour me défaire de cal
animal , dont le voifinage me déplais
{oit fort; je crus qu'il y auroit de
la témérité d’aller pour le furprendres
que plutôt en agiffant de rte
je courrois rifque d’être furpris mois
même ; l’épaiffeur da Bois n'empôl
chant de le voir .aflez-tôt pour tirer
& de me défendre ou de me fauver
felon qu'il conviendroit dans l’occas
fion. ‘à x TN
Nous étions fur la fin de Fhyvers
la quantité de feuilles qui étoient
tombées tant des arbres que des
cannes dont ce Bois étoit fourrés
couvroit la terre de plus d’un piedk
d'épaifeur; je réfolus d’y mettre le
feu, & je n’attendois plus qu’un vent
favorable qui püt porter vers ce monf=
tre le feu que je mettrois de mot
côté. Il furvint un vent dont je pro“
fitai pour exécuter mon deffein; il
étoit fort , & poufla le feu avec tant
de_violence qu’il brûla les cannes 8
les brouffailles. Quand les cannes vers
tes font échauffées par le feu, Pais
qui eft renfermé entre les nœuds fe”
dilate , & les fait peter comme de
+ ASENNNESS
_ de la Louiliane. 19
Æoups de fufl; de forte que l'on eût
dit en entendant ce bruit, que c’étoit
deux Armées dans le plus fort du
Combat. |
: Je penfois qu'un fi grand feu le
Mrouveroit encore engourdi & le bré-
Meroit, ou lui feroit mal à ne pou-
voir aller bien loin. Je fus curieux
lle lendemain de voir louvrage du
lfeu ; je pouvois alors vifiter ce Bois
ravec moins de peine & de rifque ; je
menait mes chiens qui me firent voir.
Ma retraite du Serpent; tout étoit
brûlé, mais l’animal n'y étoit plus. .
Le Dimanche fuivant j'appris par un
ÆHabitant qui demeuroit au-defous de
moi, que dans le tems que le feu
étoit dans mon Bois, il étoit dans
Non champ avec plufieurs Natchez;
pour le préparer à recevoir la femen=
ce; qu'ayant entendu un bruit dans
le Bois voifin de fon champ & in-
quiets de ce que ce pouvait être, ils
an virent {ortir un Serpent d'une grof-
leur énorme, que la crainte les avoit
aifis, qu'ils avoient jetté leurs pios
ches & s’étoient enfuis de toutes leurs
“orces jufqu’au delà de la Ravine :
que s'étant retournés pour le confi-
Me. ils le virent entrer dars le
TomL I
$
194 Hifloire *
Bois oppofé avec tant de vitefle }
qu'ils ne purent difcerner fa longueurs
qu'il paroïfloit avoir été épouvanté
du bruit des cannes auxquelles j’avois
mis le feu, qu il y avoit apparence
qu'il en venoit , & que le chemin |
qu'il avoit pris, le conduifoit à la
Cipriére (1).
Phénomène Nr lautomne de cet année, le
grrraordinäire, is un Phéroméne qui Épouvanta forts
les Superftitieux ; il ét toit en effet fi
extraordinaire que jamais je n’avoiss
entendu raconter rien de femblable
ou même qui en approchàt: ainfi je
crois devoir le rapporter; les Sça=
vans pourront exercer leurs talens à
en découvrir les caufes. *
Jé venois d’achever mon fouper
hors de ma maïion, dans le defein
d’être plus au frais: j'étois tourné
vers l'Oueft & aflis devant ma table
à examiner quelques planetes qui pa
roifloient déja: j'apperçus une lueur qui
me fit lever les yeux ; à l’inftant je
vis partir du Midi à la hauteur d’en-
viron quarante-cinq degrés au-deffus!
de l'Horifon, une lumiere de la lar*
geur de trois doigts, qui fila vers le
(x) Cipriére eft un lieu bas pans de Gi
pres, de Ronçes, &ce
PARA , \
2. DEEE
LES
de la Louifiane. 19f
* Nord toujours en s'élargiflant, &
qui fe fit entendre en Gflanc coinme
la plus groffe fufée volante. Je ju-
igeai à la vûe que cette os ne
“pouvoit être gucres au-deilus de l’At-
mofphère, & le bruit ou fiflement
. que j'entendois me confirma dans mon
idée. Quand elle fut de même à qua-
rante cinq degrés environ , au-deflus
de l'Horifon du côté du Nord, elle
s'arrêta & cela de s’élargir ; en cet
endroit elle paroïffoit large de vingt
doigts, de orte que- dans fa courfe
qui avoit été très- -rapide , elle avoit
formé Ja figure d’une trompette ma-
rine, & Jaïfloit dans fon pañage des
-étincelles crès-vivess & plus brillantes
que celles qui IteRe de deflous le
_ marteau du Forgeron, & qui s’éte]-
gnoïient à melure qu'elles s’étoienc
Échappées. |
À cefte hauteur du Nord que je
viens de dire, fortit du milieu du
gros bout, un Boulet tout rond avec
“bruit, & en feu; çe Boulet avoit
&viron fix doigts de diamètre, il
fut tomber fous l’'Horifon au Nord,
êc renvoya environ vingt minutes
après, un bruit fourd, mais très-gros,
& de l'efpace d’une minute au moins,
si
O0. Hi iffoire | |
& qui paroïffoit venir de fort loifis
La lumiere commença à s’affoiblir du
côté du Midi, après la fortie du Bou
let, & fe difipa enfin avant que les
bruit du Boulet fe fût fait enten=
dre. | î
Le Phénomêne fut apperçu vers fan
fin de beaucoup de perfonnes qui 1e}
virent avec frayeur ; mais il ny en
avoit point de mieux placé que mois
pour le voir depuis fon commence=s
ment juiqu’à fa fin, de OT
de la Louifiane. 197
CHAPITRE XV.
Le Gasieraeur furprend les Natches
avec 790 hommes: Difcours du Ser-
pent Pique au füjet de cette Guerre ,
€ de la Paix qui l’avoir précedée : À
Le Médecin du Grand Soleil guérit
L Auteur d'une Fiftule lacrymale : Cu-
res furprenantes des Médecins Natu-
_rels: L’Auteur envoye à la Compas
grie plus de 300 Simples. |
M. .De Biaïinville au Comeneement
de l’hyver qui fuivitce Phénomé.-
ne , arriva dans notre Quartier des
Natchez fans bruit , & fans que per-
fonne en fut prévenu que le Com-
mandant de ce Pofte, qui avoit or-
dre d’arrêter tous les Natchez qui
viendroient au Fort ce jour - à, afin
que la nouvelle de fon arrivée ne püt
être portée aux Natchez. Il avoit ame-
né des Troupes réglées, des Habi-
tans & des Naturels alliés, au nom-
bre de fept cent hommes en tout.
L'ordre fut donné, que tous nos
Habitans des Natchez fe trouvañlent,
k [ :j
L4
1 98 Hifhire |
à fa porte à minuit au plus tard; je
m'y rendis, & me confondis dans la
foule fans me faire connoître. -
Nous arrivämes deux heures avant
le jour à PHabitation de Sainte Ca- |
therine. Le Commandant m ayant en- !
_ fin trouvé, m'ordonna de la part du :
< Roi, de me mettre à la tête des Ha- |
bitens des Natchez, & de les com-
mander ; & à eux de m obéir com=
L'Armée va Mme à lui-même, Nous avançâmes en
in ile de srand filence vers le Village de la
l'omine; ?
Pom me: il eft ailé de voir que tou-
tes Ces | précauti ions étoient pour fur-
pret ndre nos Ennemis, qui devoient :
d'autant moins s'attendre à cette hof-
tilité, qu’ils avoient fait la Paix avec
nous de bonne foi, & que M. Paillou
Major Général étoit venu ratifier cete
te Paix de la part du Gouverneur.
Nous marchâämes aux Enremis; on
inveft t la premiere cabane des Nat-
chez qui fe trouva feule ; les Tam-
bours accompagnés du Fifre battirent
la charge, on fit feu fur cette caba-w
ne, daus laquelle il n'y avoit que
trois hommes & deux femmes. |
L'on fe tranfporta de fuite au Vil-:
lge, c’eft-à-dire à plufieurs cabanes
qui fe fuivoient; nous nous arrétà-|
LE
5 LS
de la Louifiane, 159
» fes À trois qui étoient voifines lu-
ne de l’autre, dans lefquelles s'étoient
. retranchés douze à quinze Natchez.
“ À nous voir, on nous auroit pris
. pour des gens qui venoient feulement
pour confidérer ces cabanes. Indigné
_que perfonne ne fe mettoit en devoir
d'avertir, je pris fur moi de cerner
avec ma Troupe les Ennemis pour
Les prendre par derriere. Ils prirent
la fuite, je les pourfuivis ; mais il
- nous auroit fallu des jambes de Che-
. vreuils pour pouvoir les joindre. Ce-
pendant je les avois approchés de fi
près, que pour courir plus fort, il
_jettoient leurs vêtemens.
… Je vins rejoindre; je mattendois
ja être repris de les avoir forcés fans
ordre; j'avois ma défenfe toute pré-
“te: je me trompois, on ne me don-
i na que des louanges. Je n’aurois pas
rapporté ce fait, fi M. de Biainvil-
Je ne leût marqué avec plus d’éten-
. due dans la Relation de cette Guerre
- qu'il envoya à la Cour, & qui fut
. mife dans le Journal.
Cette Guerre dont je ne ferai pas
d'autre détail, dura quatre jours fur
ble lieu: M. de Biainville demanda la Moyen de
“yête dun ancien Chef mutin de cePrix-
Liv
200 Hiffoire
L’Auteur ar-
rète le Serpent.
| Fiqué,
Village, les Naturels la lui donneren
pour avoir la Paix.
J'étois un peu éloigné du Village |
de la Pomme, & je ne voyois jamais”
gueres de gens de .ce Village; ceuxs
qui en étoient plus proches en étoients
vifités plus fouvent, mais depuis cette
Guerre dont je viens de parler, &.
la Paix qui avoit fuivi, je n'en vis.
plus aucun ; & mes voifins plus près,
d'eux n’en virent qu'un crès - petitu
nombre, & même très-l onptems après!
la Guerre finie. Ceux même des au
tres Villages ne venoient plus que ra-.
rement, & j'aurois fouhaité en étre
débarraflé pour toujours, fi nous n’en
euflions point eu befoin ; mais nous.
havior ï ni Boucherie ni Poifflonne-+
rie; La alloit donc fans leur fecours ,
fe pañler avec ce que la baffe-cour’
& les jardins nous procuroient de,
nourriture: ainfi nous ne pouvionsh
gueres nous pañler d'eux. |
J’arrê ai un jour le Serpent Piqué.
qu: pañlo t fans regarder & fans s’ar-"
rêter ; il étoit frere du Grand Soleilm
& grand Chef de Guerre de la Na-4
tion des Natchez ; & pour aller aus {
Fort, il ne pouvoit pañer que. pars
devant ma Maïifon; sil eüt pris t
C4
!
1 de la Louifiane, 201
“chemin de détour il y auroit paru de
Paffe@ation, & il étoit trop prudent
“& trop profond politique, pour en
“agir de ja forte. |
…. Je l'appellai donc & lui dis: » Au-
“> trefois nous étions amis, ne le fom-
>» mes nous plus? Il répondit : Voco, je
>» nefçais: (1) je repris ainfi : tu venois
“» chez moi, à préfent tu pañles droit;
“> as-tu oublié le chemin, ou fi ma
“» Maïfon te fait de la peine? pour
“> ce qui eft de moi mon cœur eft
-» toujours le même pour toi & pour
#» tous mes amis, je ne fçais point.
» changer, pourquoichanges-tu donc£
Il fut du tems à me répondre,
& je m'apperçus que je l’embarraf-
fois par ce que je lui difois. Il n’al-
Jloit au Fort que quand le Comman-
. dant lui faïfoit dire de venir: celui-
ci men avoit parlé, & prié en mé-
me-tems de le fonder; vû que lEn-
terpréte ne lui rendoit point de bon-
nes réponfes, & qu’il étoit à propos
de sefforcer de découvrir sil ny
_ (r) Noco, je ne fcais, eft un terme qui
veut dire, non qu’on ne fçait point la chofe
. demandée, mais plutôt qu'on n’a pas envie
de la dire ou d’en parler. L
À v
EN
202 Hifhoire_ 1
avoit point chez eux quelque rellek
| de reflentiment. | | 4
Difcours 4 [1 rompit enfin fon filence & me
PAPE ME dit: » je fuis honteux d’avoir été fi
long-tems fans te voir, mais je.
» croyois que toi-même tu étois fà-?
» che contre notre Nation; parce que
» de tous les François qui étoient à
» la Guerre, perfonne autre que toi
» n’a foncé fur eux. Tu as tort, lui,
» répliquai-je, de penfer de la forte;
» M. de Biainviile étant notre Chef
» de Guerre, nous devons lui obéir, :
» de même que toi tout Soleil que
» tu es, tu ferois obligé de tuer ow
» faire tuer celui à qui ton frere le
s Grand Soleil t’ordonneroit d’ôter
æ la vie: bien d'autres François que
» moi ont cherché l’occafion de les
» attaquer, comme M. de Biainville
» l'avoit ordonné; plufieurs François
» ont foncé fur la premiere cabane;
» & il y en a eu un de tué du pre-
» mier coup de fufil .que les Natchez
æ Ont tiré. 3
{1 me dit enfuite:» Je n’ai pas
» approuvé, comme tu fçais, la Guer-
» re qué nos gens ont faite aux Fran- L
p çois, pour venger la mort de leur «
parent, puifque je leur ail fait por= W
0 de la Louifiane, 3203
_mter le Calumet de Paix aux Fran-
- » çois; tu le fçais, puifque tu:as fu-
… » mé le premier dedans. Eft-ce que
… les François ont deux cœurs, un
* bon aujourd’hui & demain un mau-
» vais? pour ce qui eft de mon fre-
- » re & de moi, nous n'avons qu'un
» cœur & une parole: dis-moi donc,
“ >» fi tu es, comme tu le dis, mon
æ vrai ami, ce que tu penfe de tout
» Cela, & ferme ta bouche pour tout
. autre; nous ne {çavons-tous que
_» penfer des François, qui après avoir
» commencé la Guerre, ont donné
æla Paix, & l'ont offerte eux-mé-
_ » mes; puis dans le tems que nous
. » fommes tranquilles nous croyans en
. » Paix, on vient nous tuer fans rien
> dire. ;
» Pourquoi, continua-t-il d’un air
» chagrin, pourquoi les François font
_ ils venus dans notre Terre? nous
» ne fommes point allés les chercher:
. » ils nous ont demandé de la terre,
_» parce que celle de votre Pays étoit
# trop petite, pour tous les hommes
- » qui y étoient. Nous leur avons dit
» qu'ils pouvoient prendre de la ter-
» re où ils voudroient, qu'il y en
» avoit aflez pour eux & pour nous,
Ï y]
204. Hiftoiré LES
» quil étoit bon que le même So
» leil nous éclairât, que nous mar”
»'Cherions par le même chemin (1),
» que nous leur donnerions de ceque
> nous avions pour vivre, que nous
RUE A A A . fe:
» les aiderions à fe bâtir, & à faire
» des champs; nous l’avons fait, ce- !
» [a n’eft-il pas vrai À
» Quel befoin avions-nous des Fran-
» çoisf avant eux ne vivions-nous «
> pas mieux que nous ne falfons,
> puifque nous nous privons d’une
» partie de notre bled (2), du gi-.
» bier & du poiffon que nous tuons
» pour leur en faire part! en quor.
» donc avions-nous befoin d’eux ?
» étoit-ce pour leurs fufils ? nous
» nous fervions de nos arcs & de
» nos fléches qui fuffifoient pour
» nous faire bien vivre : étoit-ce pour .
> leurs Couvertes blanches, bleues où
» rougesf nous nous pañlions avec
» des peaux de Bœufs qui font plus
» chaudes ; nos femmes travailloient
(1) Ces expreffions fignifient la bonneïn- *
telligence.
(2) Ce mot fe prend fimplement pour fi-
ghifier le Mahiz, qui ef la principale nour-
riture que le Pays produi.:, & duquel on {e
{ert, faute de froment.
É] - delaLouiflmnez ‘20f
bp: a des Couvertes de plumés pour
= lhyver, êt d'écorce jt meurlers
‘a pour l'été, cela n’étoit pas fi beau;
|» hais nos femmes étoient plus labo-
1 > rieufes & moins glorieufes qu’elles
_» negont. Enfin, avant l'arrivée des
> François nous vivions comme des
> hommes qui fçavent fe pañler. avec
æ ce quils ont ; au lieu qu’aujour-
> d'hui nous marchons en Efclaves
> qui ne font pas ce qu’ils veulent,
h. À ce difcours auquel je ne m'é-
tois point attendu, je ne fçais ce
qu'un autre auroit répondu ; ; mais j'a-
voue fincérernent que fi à mes pre-
mieres paroles il avoit paru embarraf-
16, je l'étois véritablement à mon
tour. » Mon cœur, lui répondis-je,
> Fée mieux tes raifons que mes
oreilles, quoiqu’elles en foient plei-
3 nes ; & quoique j'aye une langue
æ pour répondre, mes oreilles n'ont
.» point entendu les raïfons de M. de
.» Biainville pour te les dire ; rnais
» je fçais qu'il falloit avoir la tête
» qu'il a demandée, pour avoir la
> Paix. Quand nos Chefs nous com-
» mandent, nous ne demandons pas
# pourquoi: je ne te puis dire autre
2 di 3 Mais pour te faire voir que
206 Fi ifloire
D je fuis toujours ton véritable ami ‘4
SE » j'ai ici un beau Calumet de Paix,
Serpenc Pique, que Je voulois porter en mon Pays; 5.
» je Îçais que tu as ordonné à tous!
mtes Guerriers de tuer des Aigles
» blans pour en faire un, paræ ques
» tu en as befoin; je te le donne
» fans deffein, pour te prouver quel
» rien ne m'eft cher quand il s'agit
» de te faire plaifir, 6
J’allai le chercher & le lui donnai ;
en lui difant qué c’étoit fans deffein
(1). Les Naturels eftiment autant uf,
Calumet de Paix qu’un fufil : j’avoisw
orné celui-ci de clinquant & de fils
d'argent , que j'avois défaits d’ail-"
leurs ; deforte que fuivant leur eftime:
mon Calumet valloit deux fufils. Ïl en
parut extrémement content , le remit
avec précipitation dans fon. étui, me.
ferra la main enriant, & me nomma
fon véritable ami. |
Huile d'Ours /Hyver tira à fa fin, & dans peu.
les Naturels devoient nous apporter de
Phuile d'Ours à traiter ; 1 ‘efperois que .
par fon moyen j’en aurois à traiter de |
(5 ) Ce terme fans deflein, f gnifie fans ” -|
intéret , fansautre mauvaife 1 intention ; que M
celle que l’on fait paroître en parlant ou en
agiflante
1 1
Fos ON -—
Ge Ph A ne LR ot ETS EMA 25e
D ©: de la Louifiane. 207
“a meilleure par préférence ; c’étoit le
{ul dédommagement que j'attendois
de mon Calumet. Mais je fus agréa-
blement trompé ; il m’envoya un Faon
(1) d'huile d'Ours, fi gros qu’un hom-
me puiffant & fort fuccomboit fous le
fardeau ; il me lenvoyoit , me dit le
porteur , fans deflein , comme à fon
vrai ami, Ce Faon contenoit trente-
un pots mefure de ce pays, ou foi-
xante-deux pintes melure de Paris 5
les Loix & Coûtumes font les mêmes
par toute la Louifiane que dans la Ca-
pitale du Royaume,
Trois jours après le Grand Soleil Prix ce Phule
fon frere m’envoya un autre Faon de °°"
la même huile; jen trouvai quarance
_pintes dans celui-ci ; ainfi ma généro-
fité me valut cent deux pintes d’huile.
La plus commune fe vendoit cette än-
née vingt fols la pinte, & je pouvois
être afluré que la mienne n’étoit point
de celle qui fe vendoit le moins cher,
Depuis quelques jours il m’éroit ve-
nu à l’œil gauche une fiflule lacryma- rifule taerya
le , qui rendoit un humeur de fort #5 venue
Peu + 1. à uteur,
mauvais préfage , lorfqu'on la pref-
C3) Dans la Defcription de l’Ours , on
“trouvera celle du Fuon, & la maniere de
le faire, 7
208 Hifloire 4
foit : je la fis voir à M. déS. Hitaire
Chirurgien habile, qui avoit travaillés,
environ douze ans à PHôtel-Dieu de.
Paris. :
Ïl me dit qu’il étoit néceffaire d'y.
employer le feu ; que malgré cette
opération ma vûe ne feroit point al
térée, que je Paurois auffi bonne qu’au-,
paravant , mais feulement que mon œil.
feroit éraillé , que fi je n’y faifois tra.
vailler promptement, los du nez fe
carieroit.
Ces raifons me chagrinoient beau
coup ayant à craindre &à fouffrir, jy
érois cependant réfolu lorfque le Grand
Soleil & fon frere arriverent de grand,
matin avec un homme chargé de gi-
bier pour moi ; je les remerciai & leur.
dis qu'il falloit refter à en manger 5
part, ils l’ac ccépterent.
Le Grand Soleil s’'apperçut que val
vois une groffeur à Pœil &: me demanda.
_en même.tems ce que c’étoit : je le lui
montrai &c lui répondis que pour le
guérir on m'avoit dit qu il falloit ÿ
mettre le feu » Mais que J'avois de la’
peine à m'y réloudre , parce que j'ap=.
préhendois les fuites. Il ne me répondits
rien, &cfans men avertir ; il ordonna.
à celui qui avoit apporté le gibier d'a
!
11,4 RE: N7 ’
RE F ï *
10 de la Louifiane: 209
ler chercher fon Médecin, & de lui
dire qu'il Pattendoit chez moi. Au
moyen de la diligence du Meffager &
du Medecin, ce dernier arriva une heu-
“re après. Le Grand Soleil lui comman-
‘da de voir mon œil & de faire en forte
de me guérir : après l'avoir examiné ;, <
le Medecin dit qu'il me guériroit avec
“des Simples & de l’eau. J’y accordai
“avec d'autant plus de plaifir & de faci- |
# que par ce médicament je ne cou- L
rois aucun rifque. :
… Dès le foir mêmele Medecin vint
‘avecfes Simples pilées enfemble , & ne
faifant qu’une feule boule qu’il mit avec
. de l’eau dansun baffin creux, il mefit Le Medecin
. pancher la tête dans le baflin, enforte Dé PA
_que mon œil malade trempoit tout ou-E.
vert dans l’eau. Je continua pendant
“huit ou dix : jours foir & mätin, après
. quoi je fus bien guéri fans autre opéra-
tion & fans qu'ily parût, & jamais de-
uis n’en ai eu aucune attaque.
D. left aifé de comprendre par cere- ‘-
ic. combien les Médecins Naturels de
la Bouifiane font habiles : je les ai vûs
faire des cures furprenantes fur nos
François mêmes , fur deux entr’autres
“qui s’étoient mis entre les mains d’un
“Chirurgien François qui s’'étoit éta-.
Cures furpré-
hantés des Mé-
decins Natu-
fCÎSe
;
114
310. Hiflre :: 0
bli dans ce Pofte. Ces deux malades
devoient paffer par les grands remedes
mais après avoir été traités pendant
quelque-tems , leur tête s’enfla de telle
forte qu’un d’eux fe fauva du Chirure
gien avec autant d’agilité que feroit um
Criminel des mains de la Jufice , s’il
en trouvoit loccafion favorable. I] fut
trouver un Medecin Natchez qui le
guérit en huit jours ; fon RE ref=
ta chez le Chirurgien François où il
mourut trois Jours après la fuite du pre+
rnier , que j'ai vû trois ans après jouir
d'une fanté parfaite, |
Dans la guerre que j'ai rapportée Ja
derniere , le Grand Chef des Tonicas
nos Alliés fut bleflé d’une balle qui
lui perça la joue, fortit de deffous la
machoire pour rentrer dans le corps ,
d’où elle éroit fur le point defortir vers
l’omoplate, & étoit reftée entre cuir &
chair ; fa bleflure étoit difpofée de la
forte, parce que dans letems qu’on tira
fur lui , il s’étoit courbé, comme ceux
de fa Troupe, pour faire le coup de
fufil. Le Chirurgien F rançois quiven
avoit foin & qui le panfoit avec gran-
de précaution, étoit habile , & n'épar-!
gnoit rien pour fa guérifon : mais les.
Medecins de ce Chef qui le vifiroienth
D dela Louifianes 21%
jus les jours, demanderent au Fran-
Cois combien dstems il feroit à guérir :
celui-ci répondit qu'il feroit au moins
fix femaines. Îls ne répliquerent point :
jais s’en allerent fur le champ faire un
fancard , parlerent à leur Chef, le
mirent deffus , l'emporterent & letrai-
terent à leur maniere, il ne leur fallut
que huit jours pour le guérir radicale-
ment.
‘ Il ny a perfonne dans la Colonie,
qui ignore les faits que je viens de rap-
porter. Ces Medecins ont fait un grand :
fombre d’autres cures dont la narra-
tion demanderoit un volume particu-
lier ; je me fuis contenté de rapporter
feulement ces trois que je viens de ci-
ter, pour faire voir que des maux que
Von regarde ailleurs prefque comme in à
curables, defquels on ne euéritqu'au
bout d’un long tems, & après avoir
beaucoup fouffert, des maux , dis je,
de cette efpece font guéris fans opéra-
tion douloureufe & en peu de tems par
les Medecins Naturels de la Loui-
fiane.
La Compagnie d'Occident infor- L'Auteur en:
mée que cette Province produifoit Lénie .
quantité de Simples, dont les vertus 300 Simplese
connues des Naturels leur donnoient |
LA
Lu
NX
3x2 Hiffotre US
tant de facilité à guérir toutes forte
de maladies, donna ordre à M. des
Chaife qui venoit de France en qualité
e Directeur Général de cette Color
nie, de faire faire la recherche des Sim
ples propres à la Medecine & à la tein:
ture , par le moyen de quelques Fran:
çois qui pourrolent avoir le fecret des”
Naturels. Je fus indiqué à M. de Ia
_ Chaïfe, qui ne faifoit que d’arriver ,ül
m'écrivit en me priant de donner més
foins à cette recherche ; je le fis avéc
plaifir & m'y livrai de grand cœur,
parce que je {çavois que la Compagnie
faifoit continuellement ce qu’elle pou:
voit pour le bien de la Colonie.
Lorfque je penfai avoir fait à cet
égard ce qui pourroit fatisfaire la Com:
pagnie, je tranfplantai en terre dans
des paniers de canne, plus detroïs cens
Simples avec leurs numéros, & un Més
moire qui détaïlloit leurs qualités , &
enfeignoit la maniere de les employer:
J’appris qu’on les avoit mis dans um
Jardin botanique fait exprès par ordre
dela Compagnie.
we. dela Louifiane 21%
POCHAPITRE XVI.
“4
Voyage de lAuteur dans les Terres de
… La Louifiane: Il prend des Naturels
… pour l'accompagner : Tems de [on dés
“ part: Chaffe aux Dindons : Decou-
yreurs: Signaux.
ŒN Erurs monarrivée à la Loui-
27 fiane j'avois tâché d'employer
mon tems à m'inftruire de tout ce qui
m'étoit nouveau, & je m'étois appli-
qué à chercher des objets dont la dé-
couverte pût être utile à la Société.
. Je réfolus de faire un voyage dans
les terres. Ainfi après avoir laiflé mon
Habitation en bon état & donné mes
ordres À mes gens , après que j’eûs prié
mon voifin & ami d'avoir l'œil à mes
intérêts & qu'il m’eût promis d'y ap-
porter fes foins, je me difpofai à faire
un voyage dans l'intérieur de la Pro-
vince , pour connoître la nature du fol
&z de toutes fes produétions , & pour
faire des découvertes dont perfonne ne
parloit ; pour trouver auf s'il étoit
poffble , des chofes que perfonne ne
214 _ Hifhoire E !
recherchoit, parce qu’on ne voit rief
faute de prendre la peine de {ortirs de
fa maifon, & que lon s’imagine queda
terre eft obligée de prévenir l’homme
en tous fes beloins , & de lui préfenter
toutes préparées les richefles qu'e le
pofléde, & dont il voudroit Jouir fans
les avoir, pourainfi dire, achetées au
prix de {es travaux. US
Te fus dans l'obligation avant der
partir, de confulter un ancien Habitant
fur la fituation de quelques Rivieres
& fur quelques autres connoiffances
que je défirois avoir pour plus grande
füreté pendant certain tems de ma roë:
te ; ilme décela & communiqua mon
deffein à plufieurs autres qui comme lui
vouloient venir faire voyage. Ilme dés
couvrit aux autres, parce que je n'aVOIS.
point voulu Padmettre àme tenir com:
pagnie; mais ilne gagna rien à révélers
mon fecret, puifque je fus Rexel
& que je perfiftai dans ma réfolutions
malgré les vives follicitations que l'on
me fit & que l’on croyoit capables de:
m'ébranler, Ces genss’imaginoient fans
doute que ma fortune alloit deveni#
L'Auteur ne brillante au moyen de ce voyage ils
prend point ; (2 ‘3 0
Fe rencos auroient défiré profiter de ce que Jaus
pour compa rois pû découvrir, mais ils aurojent eWh
gnons de voyaa
2€e
=”
À
#4
;
h
158
Pt
tilité du Public ; mais je voulois être
feul pour me comporter à mon aife,
demeurer autant de tems que je le ju«
gerois à propos. Je ne voulois point de
Compagnie, ne voulant partager avee
perfonne la gloire des connoiffances
que j'acquérerois & que je me promet-
tois dans ce voyage. Ma troifiéme rai-
[on enfin fur l’exemple, non de M. de
la Saile , ils nauroient eu aucune bon
ne ralfon de m’affafliner , mais celui de è
M. de S. Denis qui étant parti de la
Mobile avec vingt-cinq hommes ne
put en emmener que dix avec lui, une
partie l'ayant abandonné en chemin ,
les autres s'étant établis aux Na@chie.
toches, M. de S,. Denis avoit trop de
prudence pour faire marcher de force
des gens dontle fervice n’auroit pâ que
lui nuire plutôt que de lui être avanta=
geux. [Il pouvoit les runir ou les faire
larcher ; il ne fit ni lun ni l’autre:
qu'aurois-je donc fait d’une demie dou-
Zaine d'Habitans,qu’ à la véritéferoient pes Françoïs
partis de grand cœur, mais qui n'au- n° peuvent fai.
ÿ ; re de pareil
roient point eu la conftance d’être fur voyages
216 2 Hifloires NS
leurs jambes toute une journée, dé
monter, de deifcendre, de faire des!
cajeux pour pañler des Rivieres,de cou=
cher fur les feuilles , de cabaner tous!
les foirs, de chafler pour avoir de quoi
vivre, d’être à leur tour pour aller à Ia
découverte, qui auroient eu peur dé
fe perdre , ou qui auroient fui à la vüen
d'une bête fauvage? Les François n’ont”
point tant de patience : ils ne font
point d’ailleurs afiez forts, pour fatis
guer de façon à porter toutes les uftenis
ciles néceffaires ainfi que les provis
fions ; ils m’auroient tourmenté pouf
revenir, puifqu'ils n’auroient rien v®
de curieux felon leur maniere de pens
{er , ils auroient été bien-1tôt dégoûtés
de manger dela viande d’une main, 6
de l’autre de la viande féche au lieu de
pain, il nous auroit fallu quatre lits
pour fept que nous aurions été: de qui
nous ferions nous fervis pour les pors
ter, & lesautres chofes que l’on tranfs
porte aifément dans les voyages que
l’on faic dans les Pays habités & civis
lifés ? D’ailleursn’ayant aucune autos
rité fur mes compagnons de voyage #
j'aurois été obligé ou de retourner far
mes pas, ou de voyager feul ; le pres
mier m'auroit été infupportable , le
chagrin
LEA ES
RE :
Ki _ de la Louifiane 217
“Æhagrin m'auroit accablé, le fecond
-m'étoit impoflible ; je pris donc avec
moi dix Naturels que je préférai aux
ÆFrançois, avec lefquels je n’aurois püû
exécuter la moindre partie des chofes
que je n'étois propofées.
_ Les Naturels font infatigables, ils L'Auteur
font robuftes & dociles, ils ont l’ad- CSS ENTE
dreffe fuffifante pour la chafle ; & com-
me je devois être feul de François avec
Eux , je devois aufli m’attendre que
les perfonnes qui viendroient avec moi
ne feroient point fi fatiguées que fi nous
euffions été plufieurs Habitans, On ver.
ra par la fuite de cette Hiftoire, & en
particulier dans ce voyage, la différen-
ce d’un compagnon à un autre, & que
javois eu raifon de préférer les uns aux
autres. - ni
_ Je choïfis les dix Naturels qui me
parurent de l’humeur la plus traitable,
& les plus propres à fupporter la fati- —
ue d’un voyage qui devoit fe faire
endant l’'Hyver. Je leur fis compren-
re le deffein de toute l’entreprife. Je
leur dis que nous éviterions de pañler
hez aucune Nation, & que nous ne
ferrions que des terres inconnues &
ue perfonne n’habitoit , parce que je
f voyageols.que pour découvrir des
Tome LI. |
LS
218 - Hftite COOMRANRES
- chofes dont aucun homme ne pouvoith
me donner des connoiflances. Certe ex
plication les fatisfit, & ils me promirente
que j'aurois lieu d’être content de leur“
compagnie.Îls me firent néanmoins en-w
core une autre objection + ils me dirents
qu'ils avoient peur de fe perdre dans les“
Pays qu’ils ne connoïfloient pas. Pour
difliper leur crainte,je leur montrai une*
boullole , & je levai toute la difficulté
en leur expliquant la maniere de s’en:
fervir, pour ne point s’écarter de la
route qu’on devoit tenir. Ils furents
charmés du moyen facile que je venois
de leur découvrir pour fe bien condui-
re, & medirent qu'ils comprenoient cel
Te que je leur enfeignois. |
dépare Ppour NOUS partimes dans le mois de Sep-
voyager aifé. tembre qui eft la meilleure faifon pour
Pays. “ans ce Commencer un voyage dans ce Pays ;
| premierement , parce que pendant l’E-
té les herbes font trop hautes & trop
embarraffantes pour pouvoir voyager,
au lieu que dans le mois de Septembre
on met le feu aux prairies dont alors les
herbes font féches ; le terrein devient
uni & facile pour la marche : aufñ voit=
on dans ce tems des fumées qui durerti
plufieurs jours & qui parcourent vn!
long efpace de Pays , quelque fuis cet
LA
de La Lou fa ane. 21 g
Wingt à trente lieues de long fur deux
Ou crois pieds de large plus ou moins,
elon que le vent eft plus ou moins vio-
Jent. En fecond lieu cette faifon eft la
plus commode pour voyager dans les
terres , parce qu ‘au moyen de Îa pluie
di tombe ordinairement après que
Les herbes font brulées, le gibier fe ré-
pand dans les prairies & {e! plait à pai-
fre l’herbe nouvelle , ce qui fait que les
voyageurs trouvent de quoi vivre plus
aifément dans ce tems que dans tout
Autre ; & fi on n'en trouvoit que ra-
frement dans les contrées que l’on
traverte, il feroit prefqu’ impoil ble de
Voyager & de remplir en même tems
Mon intention en voyageant.
… Ce qui facilite encore les courfes en
Automne ou au commencement de
THyver € eft que les ouvrages pour
Tors {ont finis, ou au moins le plus fort
En eff fait ; il n'ya plus qu’à fuivre, un
peu de foin fuffit pour le refte.
Quoique nous fuffions aflurés de
trouver du gibier, je ne laiflai pas de
füre une petite provilion de vivres
p'! es premiers jours. Mes Naturels
Dortolent.ces vivres , les munitions
pour la chaffe , leurs lits & le mien, du
Mnge pour moi, la chaudiere avec’ {a
; KT
Munitions &
uftencilcse
Chevreuils & du Pays, fon naturel étant de courif
Ch - chi is bi .
afe au dvoir un chien. J’avois bien entendus
220 Hifloire L |
caflerole pour la couvrir,& nous en fers
vir à faire cuire nos viandes. Pour tou
te charge j’avois un habit affez léger 89
mon fufil, j'emmenai aufli un de mes
chiens, je fçavois qu'il ne me feroit
pointinutile. 1
Les premiers jours le gibier fut afle
rare , parce qu'il fuit le voifinage dess
hommes, fi on en excepte le Chevreuil
qui eft répandu par toutes les parties.
çà & là indifféremment ; ainfi dans ces
commencemens nous fûmes obligés des
nous contenter de cette viande. Nous.
rencontrions fouvent des Perdrix doi
je ferai la defcription en fon lieu ; les:
Naturels n’en tuent pas parce qu’ils n
tirent point au vol , j’entuai quelques=
unes pour changer de mets; dès le fez
cond jour pour avoir encore mieux de
quoi me régaler, on m'apporta un£
Poule d'Inde ; le découvreur qui l'avoit
44
tué me dit que dans le même endroit il
enavoit beaucoup d’autres,mais quel on!
ne pouvoit leur rien faire à moins quel
parler de la chaffe aux Dindons , mask
Je ne m’étois pas encore trouvé dañsh
l'occafon favorable de la faire, je my
fis conduire par le chafleur & 'emmés
*.
»]
sy ‘à
ï
| de la Louifiane. 332
. fai mon chien, Arrivés fur les lieux
. nous ne fûmes pas long tems à décou-
vrir les Dindes qui prirent la fuite
avec tant de vitefle, que le Naturel le
. plus allerte auroit perdu fon tems à les
courir, Mon chien les approcha en peu
de momens, ce qui les obligea de pren-
dre leur vol & de fe percher fur les
premiers arbres ; tant qu'ils ne fonc
point pourfuivis de la forte, ils fe con-
tentent de courir & on les à bientôt
perdu de vüe. Je m’approchai de leur
retraite, je tual le plus gros, j’en tuai
un fecond & mon découvreur un troi-
_fiéme ; nous ne voulumes en tuer que -
. ces trois, nous en avions fufffamment.
- Si notre befoin préfent en eütexigé un
. plus grand ñombre , nous étions les.
. maîtres de tuer toute la bande, parce
que pendant tout le tems qu'ils voyent
des hommes, ils ne quittent point lar-
bre où ils fe font perchés ; les coups de
fufl ne les épouvantent point, ils fe
contentent de regarder celui qui tom-
. be & de faire un gazouillement craintif
- lors de fa chûte , de forte que l’on peut
- aifément les avoir tous jufqu’au der-
nier, quelque nombreufe que foit leur
‘troupe. |
_ Avant de pourfuivre mon VOYage Découvreurés
ji]
Signaux,
dans les terres, ileft bon de direu
222 Hifhire
mot de mes découvreurs. J'en avoi
toujours trois, un devant & deu
fur les côtés, ils étoient ordinairement
éloignés de moi d’une lieue & ce
même efpace les féparoit. Leur ératu
de découvreurs ne les empéchoit,
point de porter chacun leur lit & leurs
Vivres pour environ trente-fix heures.
en cas de befoin, Quoique ceux qui,
éto: ent auprès de moi fuflent plus chars
gés , je les envoyois cependant, tantOtn
Jun tantôt l'autre ou fur une montagnes
voifine, où dans un vallon affez pros
che, & jen avois de la forte trois ou.
quatre au moins tant à ma droite qu’à ")
ma gauche, qui découvroient à peu de.
diftance ; j’en ufois ainfi, afin que je
n’eufle rien à mere: D rocher du côté de
la vigiiance, puifque j'avois nn
cé à prendre la peine de faire des dé
couvertes,
Il étoit queftion enfoite de à
faire entendre les uns aux autres mali
gré notre éloignement > nous convim=
mes de certains fignaux qui font abio L |
lument nécefaires en nas ver]
fions. 4
5
de La Louifiane. 222
… une fumée, ce fignal étoit l'heure mar-
quée pour faire une petite alte, pour
fçavoir fi on fe fuivoit les uns les au-
tres , & fi on étoit à peu-près à la dif-
tance dont nous étions convenus,
Ces fumées fe faifoient aux heures:
cs je viens de dire, qui font les divi-
ions du jour felon les Naturels. fls di-
- vifent les jours en quatre partieségales,
dont la premiere contient la moitié de
la matinée, la feconde eft à midi, la
troifiéme comprend la moitié de la-
près-midi, & la quatrieme depuis la
moitié de l'après-midi jufqu’au foir ;
c'éroit felon cet ufage que nos fi-
gnaux fe faifoient mutuellement. Sur
le foir on faifoit dans l'endroit où jeme
_trouvois,ou dans celui que j’avois choi.
… fipar préférence, on faïfoit, dis-je 3
une fumée qui étoit le fignal de rappel
pour fe rendre au cabanage. |
Mais quand un découvreur avoit
trouvé quelque chofe de particulier fe-
lon que je leur avois dit, & conforme
aux inftruétions que je leur avois don-
nées, le fignal d’appel étoit de faire
deux fumées à une petite diftance l’une
de l’autre. J’en faifois de même lorfque
je voulois les avertir de venir à moi. À
. la premiere fumée on s’arréroit ; fi au
K iv
224 Hifhire |
‘bout du terns marqué on n’en voyoïit,
point une autre, on pourfuivoit ce que
Von avoit commencé à faire ; fi au ton- D |
traire on appercevoit une feconde fu -
mée, on partoit vers l'endroit d’où ve-
” noit la fumée , de forte que fouvent on
fe rencontroit , parce qu'un déçou- m
vreur, dès qu’il avoit commencé à faire w
la fecond: fumée , partoit & venoit ga
devant de nous. 4
D CHAPITRE XVII.
» Suite du voyage dans les terres : L’Au<
eur tue un Bœuf fauvage : Décou-
vreur évaré: Chevreuil blanc : Décou-
verte du Gyps : Defiription du lit de
1’ Auteur : Découverte d’une Mine de
criflal de roche : Fertilité du Pays :
Abondance de gibier : Carriere de
= Pläire.
T Ous marchâmes quelques jours
L'N fans trouver aucune chofe qui
fixât mon attention par rapport au {u-
» jet de mon voyage : ma curiofité n’é-
toit point fatisfaire à mon gré.
Il eft vrai cependant que j'étois dé-
_ dommagé d'un autre côté ; nous par-,
.courions un charmant Pays,qui à bon
droit auroit pû donner de vraics idées
de Payfages à nos Peintres les plus
» doués d'imagination. La mienne étoit
. très-flattée à la vue des bélles campa-
gnes diverfifiées de prairies aflez gran-
des & crès agréables ; ces plaines
étoient entremêlées de bofauets plan-
tés par les mains de la Nature , elles
K y
4 de la Louifiane. 225
Beau Paye
L’Auteur tue
un Bœuf fauva-
FA
Pourquoïs
226 Hifloire
éroient entrecoupées de côteaux allons.
gés en pente douce & de vallons très"
fourrés & garnis de bois qui fervent
de retraite aux animaux les plus crain-
tits comme les bofquets mettent les «
RE à couvert des rofées abondantes
du Pays. |
: Il y avoit long- tems que J'avois en:
vie de tuer un Bœuf fauvage de ma
.n
RE
ts
main ; la viande de ceux que tuoient
mes compagnons de voyage ne me pa- M
roifioit pas fi facculente ni d’un gout
fi fin , que ao être à mon idée la
viande de celui que je tuerois. Je dis,
donc en prélence de tous que le pre-M
mier troupeau de Bœufs, que nous ver-
rions, je voulois contenter mon envie
en tuant un deces Boœufs. Nous nerpaf-
fions point de jour fans en voir plufieurs
troupeaux , dont les moindres excé-
doient le AODE de cent trente ou.
cinquante , ainfi j'eus dans peu Occar
fion de me fatisfaire.
Dès le lendemain matin nousen vi-.
mes un troupeau qui étoit de plus de.
deux cens; le vent étoit tel que je
pouvois le défirer ; il étoit devant nous
& pafloit fut le troupeau , ce qui eft
un dl avantage à cetre chafle, par-
ce que fi le vent vient de derriere &
Ne . de la Louifiane. 257
… porte fur les Bœufs, ils vous éventent
… & fuyent avant d’être à la portée du
… fufñl, au lieu que quand le vent vient
. du troupeau fur les Chaffeurs, ils ne
fuyent que quand ils diftinguent de la
vüûe, Ce qui favorife encore beaucoup,
c’eft qu’on peut en approcher de très-
près, parce que le crin frifé qui def-
cend d’entre les cornes fur les yeux de
ces animaux eft fi touffu , qu’il leurem.
barrafle extrêmement la vûe. De cette
. forte j'approchai d’eux à belle portée,
& je choifis celui que je voulus , & j’a-
vois prefque la témérité de me com-
parer dans cette occafion à un de ces
Patriarches de l'Ancien Teftament,
lorfqu'ils défignoient du milieu de
leurs troupeaux nombreux , le Bœuf
& le Chevreau qu’ils vouloient facri-
fier ou faire manger à leur famille , ils
y prenoient encore plus de plaifir , fi
c'étoit pour régaler des nôtes qui leur
arrivoient. ne
Je choïfis un des plus gras de ces
Bœufs,je le tirai au défaut de l’épaule,
. & il tomba roide mortsles Naturels qui
me regardoient faire, éroient fur leur
gardes pour le tirer, fi je ne leufle
bleflé que légérement ; parce que dans
le cas d'une légere bleflure, ces anis
BY} 0
228 Hifloire
maux font fujets à retourner fur lé"
chaffeur qui ne fait que les bleffer,
Quand ils le virent mort du coup &
Précaution tous les autres prendre la fuite, ils mem
pour rende Girent en riant : tu tues des mâles 3 "
viande bonne “1 1 5
à manger veux-tu faire du fuif ? Je leur répon-w
at dis que je l’avois fait exprès pour leur
apprendre la maniere de le rendre bon
quoiqu'il fût mâle. à
Je lui fis fendre le ventre tout chaud M
& Ôter fur le champ les fuites, on lui
enleva la boffe , la langue &cles filets,
Je fis mettre un filet fur la braïfe &
leur en fit goûter à tous ; ils convin= =
rent que cette viande étoit fucculente ;
& d’un très-bon goût. |
Avantage de Je pris de-là occafion de leur remon-
tuer des liœufs trer que s'ils tuoient des Bœufs au lieu
au Jo de tuer de . den cb | »
des Vaches, detuer toujours des Vaches, comme
; ils avoient coùtume, ils trouveroient
une grande différence dans le profit
qu'ils en retireroient ; qu'avec les Fran-
çois ils feroïent bon Commerce du fuif
que les Bœufs ont en abondance , que »
la viande du Bœuf eft beaucoup plus
délicate que celle de la Vache ; un
troifiéme profit qu'ils en feroient feroit
de vendreles peaux bien plus cher,puif-
qu’elles feroient plus belles, enfin que
lefpece de ce gibier fiavantageux au M
ES
à
%#,
LA Lo
es Dh =
#
+ 24 CCR
Mi L
He
2
À
4 “
ii
de La Louilané. 229
Pays ne fe détruiroit pas, au lieu qu’en
tuant des Vaches, ils affoiblifloient ex-
trémement la race de ces animaux.
Mes compagnons s’apperçurent que
j'aimois la foupe, & quoiqu'ils airmaf-
. fent beaucoup le pain, ils eurent la
complaifance de s’en pañler , aimant
mieux porter le buifcuit long - tems
que de m'en voir privé; je dis ceci à
propos d’une foupe que je fis avec du
bouillon fait d’os à moële du gros
* Bœuf que j'avois tué. Je la trouvai
_ d’un goût exquis, mais un peu grafle,
&
le refte du bouillon fervit à cuire du
. gruau de Mahiz que l’on nomme Sags-
mité, qui valloit à mon goû: les meil-
Jeurs mets de France ; la boffe auroit
. été digne de la table d’un Souverain.
Dans la route que j2 tenois. je fui-
vois plurôt les Côtes que les plaines :
“à GA
au deflus de quelques-unes de ces C6-
14 5 + / ë
tes, j'ai trouvé en quelques endroits
… des monticules qui étoient pelées partie
par partie,&c qui laifloient voir une glai-
fe ferme ou matrice pure & de l’efpece
. ent en Minéralurgie , entendent ce que
Je veux dire.Le peu d'herbesqui y croif-
foit languifloit , de même que trois ou
quatre arbres tous contrefaits & qui n’é=
Soupe de
Campagnes
.… de celle de Gailam; ceux qui fe connoif-
is couper un de ces arbres & je vis.
avec furprife quil avoit plus de foi-.
xante ans. Les environs étoient d autant.
plus fertiles qui ils s'éloignoient plus.«
Près de-là nous vimes du gibier de tous
te efpece & en abondance, & ; jrs vers.
le fommet.
Côté de Nous paflâmes le Fleuve. Louis
ferle nue plufieurs fois fur des Ca) ajeux (1) pour.
côté de PER vifiter des montagnes qui excitoient.
ma curiofité. J’ai remarqué que Pun &*
- _. Pautre côté avoit chacun leur ayanta=«
ge ; cependant celui de l'Oueft ef plus,
arrofé 3 il paroït aufli plus fertile , tant,
out les minéraux que pour ce qui re
garde l'Agriculture , à laquelle il fem
ble beaucoup plus propre que Le cÔtE
de PER.
… Découvreur Malgré Îles précautions de nos G—
égaré gnaux, un d de mesdécouvreurs s ‘Éécarta |
un jour, parce.que le tems avoit été!
couvert d'un brouillard , de forte qu’il
ne revint point le foir au cabanage :
J'en fus très-inquiet & je ne pûs dor-
mir, attendu qu'il n’étoit point reve
nu, quoiqu on eñt répété les fignaux ;
(x) Cajeueft un radeau fait de plufieursf
gotsde cannes, croifésles uns fur Les autres
C'eft un ponton que l’on fait fur ie champ.
. de la ti uifiane. _ 23%
© appel jufqu’à la nuit fermée que je fis
mettre le feu à une prairie bafle qui
. avoit été Fr argnée , tandis que toutes
… les autres avoient été brûlées avant no”
Ditre départ.
h Dés la pointe ‘ie jour je fis faire un
. fignal qui fe répétoit à chaque inftant ;
… Jon continua ce fignal jufqu’e à RAUÉ
… heures que ce découvreur arriva à no-
tre > cabanage de la veille, d'où nous
n'étions point partis pour l attendre.
Je lui dis à fon arrivée que fon ab=
- {ence m’avoit caufé beaucoup d’inquié-
tude : Je lui donnai un coup d’eau-de-
. vie, & lui disde ferepoñerun peu avant
pare de manger.
Après un quart- -dheure de repos il
1 fe leva , vint s’afleoirauprès de moi &
me dit :» Je n’ai pas faim de manger,
» mais j'ai faim de te parler , Ouvre tes
x oreilles, «
_ > Hier un peu après ton fignal du M
-» milieu du jour ,; je vis beaucoup de bin gi
» Chevreuils enfemble qui marchoient
>» d’un pas tranquille comme des Guer-
. » riers; À leur tête il y avoit un Che-
æ vreuil tout blanc & aucun ne pañoit
» devant lui; j’avois déja oui dire à nos
» Vicillards qu'il y avoit des Chevreuils Up
æ blancs qui conduifoient les autres ,
. Découverte
de Gyps
* Carriere de
Flatre,
232 H; ifroire
» mais je n'en avois jamais vûs. Ils
» marchoient droit à un vallon fourré
» comme pour le pafler, je me coulai
» avec vitefle dans le fond pour les cou- Ë
x per, mais ils le fuivirent fur la terre
æ haute fans y defcendre. Je les (aiyii
+ pendant quelques tems pour effayer.
» deles couper & de tuer le Chevreuil.
> blanc,pour t t'en apporter la peau ; ils
» traverlerent une terre haute qui eftn
» couverte de pierres aflez petites qui
» coupoient mes foufiers & mes pieds 3.
» je les ai laïfés , &jet apportois cesa
» pierres, & en même tems je me fuis
D perdu , ce n’a été que Ce matin que
> j'ai apperçu la fumée bien-loin,
Je reçus ces pierres avec plaifir ,n
parce que je n’en avois point encore,
vûües d'aucune efpece dens le Pays, à
exception d'un grais dur & rouge qui
fe trouve dans une Morne fur le bord.
du Fleuve. Après avoir bien examiné:
celles que mon découvreur m'appor=,
toit, Je connus que c’étoit du Gyps
j'en emporrai que elques morceaux , &c 4
mon retour chez moi je l'ekaminaih
plus attentivement ; je le trouvai très:
clair, t tranff arent & friable, je le cale
cipai il devint très-blanc : jen fis un.
peu de marbre faétice. Certe vüe mé (
We ro
CLS LB
E 21
14
\
_ de la Louifiane : 233
“fit efpérer que ce Pays produifant du
plâtre, il pourroit y avoir ailleurs de
a pierre à bâtir, au refte le plâtre ef
- d'une prande utilité. |
…. Je lui demandai s’il fe fouviendroit
bien de l'endroit de maniere à pouvoir
m'y conduire ; il me dit qu'il étoit af-
furé de le retrouver , je voulois voir
par moi-même cet endroit : nous par-
times vers midi,nousfimes environ trois
… lieues avant d'y arriver ; je me repo-
- fai fur la montagne , & l’on fut près
du Bois dans une gorge faire le caba-
. nage : je vifitai l'endroit, qui me parut
- Être une grande carriere de plâtre qui
» feroit un jour plaifir à la Colonie.
Pour ce qui eft du Chevreuil blanc,
j'avois entendu dire à mon Efclave Na-
turelle,& du même Pays que fon pere,
- ayant des parents aux Atac-A pas, qu’il
l'y conduifit avec famere, & qu’en
chemin ils trouvoient beaucoup de
Chevreuils par bandes, qu’ils en vi-
rent une bande entr’autres qui la fur-
prit fort, parce qu’elle en apperçutun
» blanc qui marchoit à la tête du trou-
peau. Son pere lui dit que cela étoit
rare, mais qu'il en avoit déja vü deux
- autres à plufieurs années de diftance,
. Comme je n’ajoûtois pas ab{olument
534 Hifiotre: 0 k1
grande foi au reçit que cette fille me f:
foit alors,je m'en étois informé à desan-
ciens Naturels qui me dirent que c’étoit,
la vérité,mais que c’éroit chofe rare,en-
core n'éroit-ce que dansles Pays qui n’é:
toient point fréquentés par les Chaf=
feurs, que l’ufage étoit de nommer cet
animalblanc,le Noble Chevreuil.Etant
ainfi prévenu, ce recit.du découvreu#
ne me furprit point, Il me confrma
au contraire dans l’idée que j’avois au=
paravant, ae ne
Le vent s’étant mis à la pluie, nous
nous déterminames à nous mettre À
Cabanage.de COUVErt ; J'y confentis volontiers , me»
féjour, fentant un peu fatigué, quoique je ne.
portafle rien ; je préfumai que mes Na“
turels qui ne laïfloient pas d’être char
gés devoient avoir befoin de quelques.
repos : il faut dans de pareils voyages“
fur-tout conduire fes gens avec pru
dence & humanité. L'endroit où le mau°
vais tems nous prit étoit fort propre à
faire féjour. En allant à la chafle of
découvrit à cinq cens pas dansla gorge
un ruifleau d’une eau très dlaire, cé
toit un endroit fort commode (pOur un
abreuvoir de Bœufs, lefquels étoient
en grand nombre autour de nous. À
Mes Naturels eurent bien-tôt conf
eruits une cabanne bien fermée du cô-.
# de la Louifiane. 12
té du Nord, où elle avoit le fond,
… Comime nous voulions au moins y ref-
“rer une huitaine, on la fit de façon
- qu’elle ne laïfloit point pañler le froid ;
- pendant la nuit je ne reflentois point
« les rigueurs de PAquilon, quoique je
… fufles couché à la légere felon l’ufage
des voyageurs, qui ne logent, comme
- nous faifions, que fur leur terrein &
dans leur propre Pays, & qui fans
. payer partent pour un autre gite & ne
mécontentent perfonne. |
} Mon lit étoit compoñé d'une peau LL...
d'Ours & de deux robes de Bœuf : la au li de PAus
. peau d'Ours ayant le blanc du côré ture
_ de la terre portoit fur les feuillages &
le poil en deflus pour fervir de pail-
_laffe, une dés robes de Bœuf ployée
en deux fervoit de lit de plume, la moi-
tié de l’autre robe de Bœuf {ous moi
fervoit de matelas, & l’autre de cou-
. verture ; trois cannes ou branches en
demi-cercle,dont l’une à la tête l’autre
au milieu,la troifieme au deffus despieds
foutenoient une toile que l’on nom-
me Berne : cétoit mon impérial &
mes rideaux qui me garantidoient des
injures de l’air 8c des piqûres des Ma.
ringouins. Mes Naturels avoient leurs
lics-ordinaires de chaffe & de voyage,
Lits des Na-qui confiftent en une peau de Chez
ya“ yreuil & en une robe de Bœuf, ils lés”
turelsen vo
AT
238 Hifhoire
»
‘
L
portent toujours avec eux lorfqw’ils
comptent coucher hors de leurs Vil=
lages. ;
Nous nous repofämes pendant neuf
jours & fimes grande chair en viande
de Bœufs choifis, en Dindons , Cocqs,
& Poules, en Perdrix, en Faifans &
autres ; je tuois ces derniers. les Nas
tureis n’ayant Jamais pü tirer aucun ôf
feau au vol, at ANR
La découverte que j’avois faite du plâ*
tre m'engagea à chercher après notré
féjour dans tous les environs & à plu=
fieurs licues à laronde ; j’étois las enfin
de battre de fibelles campagnes fans dés
couvrir la moindre chofe, & ma réfolu*
tionétoit prife de m’enfoncer dans le
Nord,lorfqu’au fignal de midi le décou-
vreur de devant m’attendoit pour me
montrer une plerre brillante & coupan-*
te : cette pierre étoit de la longueur &
de la grofleur du pouce & aufli quarrée”
qu’un Menuifier auroit pû faire un mor-,
ceau de bois de pareïlle groffeur.Je pense"
. faique ce devoit être du criftal de roche:
“pour m’enaflurer je pris une groffe pier-«
re à fufil de la main gauche en préfentant
la tête,je frappai fur la pierre à fufilayeg”
LI
+ 2 #
ë p"
, L #
LA spé
' >”
à de La Louifiane. 23Ÿ
ne des arêtes du criftal de même que
on fait avec un briquet,je fis beaucoup
lus de feu que l’on n’en eût tiré avec
plus finacier : chacun de mes compa-
ons de voyage voulut en faire aus
Bt, & on ne cefla que lorfque la pier-
ve fut hors d'état de pouvoir fervir "
davantage ; cependant malgré la quan-
“tite de coups que le morceau de criftal
avoit reçus, 1] n'étoit pas feulement
Hayé.
- Nous dinâmes en cet endroit; j’exa-
“Minai ces pierres & je trouvai des mor-
ceaux de cette matiere de diverfe grof-
ur , les uns quarrés, les autres à fix
faces bien épales & unies comme des
Ÿ
glaces de miroirs , très tranfparens ,
4e
Le
Æ
ee
à
Criltal de
roche
4 aucunes veines , ni taches. Quel-
“ques-uns de ces morceaux fortojient
.d: terre comme des bouts de poutres
. de deux pieds & plus de long, d’autres
en aflez grande quantité depuis fept
-jufqu’à neuf pouces, fur tout ceux qui
“érolent à fix pans ; il y en avoit un très-
- grand nombre de moyens & de petits.
« Mes gens en vouloient prendre & les
“emporter, je les dérournai de ce deflein
“en leur difant . » A quoi bon fe char-
“» ger de tout cela ? j'avoue que ces
.» pierres font aflez belles à la vûe,
235 Hifloire |
» mais aufli elles font plus dures que
» le fer ou lacier le mieux trempés
» avec quoi donc les travailler f Quel |
» mérite enfin peuvent avoir ces pier=
» res, fi elles ne font point travailléesiJe
» jettai alors tautes ceiles que j’avois,à.
» l except ion d’une que j'avois cachée,
> fans qu'ils s’en fuffent apperçus.J'e leur
» fis jetter les leurs comme des chofes’
» qui ne vallent pas la peine de les por=
» ter. Ma raifon étoit que je craignoïs
» que quelque. François voyant ces
» pierres ne gagnât à force de préfens:
» ces Naturels pour découvrir cet en=i
» droit.
De mon côté je remarquai bien!
lalaritude, & je fuivis (1) en partant un!
air de vent marqué pour joindre une
riviere que le connoïflois : je fis cettek
route fous prétexte d’aller chez une!
Nation,pour y faire provifion de farines
froide dont nous manquions & qui eff!
d'un grand lecours en voyage.
Nous arrivâmes après fept jours den
marche à cette Nation chez laquelle”
nous fümes fort bien reçus. Mes chaf=s
feurs apportoient tous les jours beau=
coup de Canards & de Cercelles , &
(x) Remarque pour retrouver la mine de
V4
criftal de roche,
3 M La Lou ifane, 230
ne mangeois guères que de ces der-
Meres ; on nous fit de la farine froi-
e & du gruau pour renouveller
s vivres. Je trairai à de ces Naturels
| nd pirogue de Noyer noir qui
4 nous quittâmes contens les uns
es autres après une huitaine de fé
Nord plus que je n’avois encore fait ,
pour tâcher de découvrir quelques Mi-
es. Nous nous embarqu & âmes, & lon
ème jour de notre route, je fis dé-
‘ pee tout ce qui étoit dans la piro-
ue, laquelle je fis cacher dans Peau
u: ‘étoit ba alors ; de cette forte je
é craignois point qu'on me la prit.
De tout ce que nous avions, je fis faire
le es charges” de fept Bbihes , Car les
découvreurs ne das que leurs
fufils & leurs lits, ils changeoïent tous
les jours, & troisautres les remplaçoient
pour partager la charge tour-à-tour.
- Les chofes ainfi difpofées, nous par-
er vers le Nord. Je remarquai tous les
jours avec un nouveau à pläifir, que plus
n ous avancions de ce côté , plusle Pays
por me fervirè à defcendre la ri
J'avois un ne défir d'aller au :
Fertilité du
times felon l'intention que j’avois d’al- Pays.
Le le!
fe Abondance 2.
de gibiere
Ramage des
Oïfeaux le foir
& le matin.
À Hifhire :
étoit beau, fertile ré abondant en
bier de toute efpece ; les troupeaux de
Cerfs & de Biches y font nombreux,
on rencontre des Chevreuils a chaque:
pas ; on ne peut marcher un Jour fans
voir des troupeaux de Bœufs, quels
quefois cinq & fix, de plus de cent
Bœufs chacun 3 les autres efpeces de
gibier s’échappent à la vüe du voyas
geur à chaque inftant , comme fi la prés
£ence de leur Roï leurimprimoit un ref
pet craintif au point de ne pouvoir
foutenir {on afpe&.
Dans les voyages de l’efpece de ces
lui-ci, on prend toujours fon gîte aus
près du bois & de l’eau où on s'arrête
de bonne heure pour avoir le tems de
faire la chaudiere. A lors au coucher d&
Soleil que tout dans là Nature eft trans
quille,on eft ravi du ramage enchanteut
des différens oifeaux, que l’on diroit
s'être réfervé ce moment favorable à [à
douceur & à l'harmonie de leur chant}
pour célébrer fans trouble & plus à
Buraile les bienfaits du Créateur ; on
les voit s'efforcer à l'envie l’un de Pau=
tre, de rendre leurs aétionsde grace a
Tout-Puiffant qui leur a procuré une:
nourriture biénfaifante , & préfervé:
des ferres des oifeaux de proye, àlak
vüel
| _ de la Louifiane: 547
vâe defquels ces foïbles hôtes des bois
femblent être anéantis, & regardent
Péloignement de l’'Epervier comme une
vie nouvelle de laquelle îls ont grand
foin de témoigner leur vive reconnoif-
fanceà PEtre Suprême, par lesairs les
plus tendres & Ia mufique la plus di-
werfifiée. |
De même le lendemain depuis le
lever de l’Aurore jufqu'à celui du So-
leil , ils recommencent leurs chanfons
& font agréablement retentir les bof-
quets de la joye qu’ils reflentent de ce
que la lumiere leur eft rendue, au
moyen de laquelle ils efperent d’échap-
per aux griffes meurtrieres de leurs en-
nemis,& de trouver comme le jour pré<
cédent des vivres convenables, :
… Mais fi dans les bois & proche des Bruit des of:
fontaines ou des petits ruifleaux , on pu
goûte le plaifir d'entendre le chant
mélodieux des oïifeaux, on n’a qu'à
faire le cabanage {ur le bord du Fleuve ;
des Rivieres ou fur le bord des Lacs 5 |
on eft afluré de pañler une bonne
partie de la nuit fans dormir, par le.
tintamare que font lesoifeaux aquati-
ques , tels que font les Grues, les Fla«
mans , les Outardes, les Oyes , les Fé-
rons, les Becs-croches, les Becs-fciss,
Tome I,
242 Hiffoire LL:
les Cercelles , les Canards d’Indes, le&
Canards branchus &les fauvages fem"
bles aux nôtres : on eft étourdi de leurs“
cris continuels ;les Canards furtout ne
femblent fe faire entendre fouvent, que
pour avertir les voyageurs d’avoir tou=
jours quelque furveiilant pour les in=.
terrompre de leur fommeil en cas de”
befoin. |
-
VUE
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mA) À? L&
Le
PICHAPITRE XVIII
Suite du voyage dans les terres : Décou-
verte dun village de Caftors gris :
L'Auteur les fuit travailler : ILen tue
un : Defcription de leurs Cabanes.
F N avançanttoujours vers le Nord,
nous cCommençames à voir des ban-
des de Cignes, parcourir Îles airs , s’é-
lever à perte de vûe & annoncer leur
pañage par leurs cris perçans. Nous
fuivimes pendant quelques jours une
riviere , en marchant toujours fur une
Côte plate qui accompagnoit la riviere
en ligne parallele ; nous en ufions ainfi
pour joindre cette riviere à fa fource ,
afin de la pañfer plus aifément. La con-
winuation des Bois qui couvrent dans
ce Pays le bord des rivieres, nous y
conduifoit , fans craindre de nous trom-
per ; notre vie r'étoit point coupée
par la hauteur des Bois, parce que les
deux côtes volfines de la riviere étoient
plus hautes que les Bcis du vallon. Nous
n'efpérions arriver à la fource que le
Jendemain, lorfque le découvreur qui
Li]
244 Hifloire
fuivoit : Bois dans lebas , vint à AOUS
pour me dire qu'ayant vû le Bois s'é-
chaircir en plufieurs endroits comme
aux approches d’une Nation, & même
qu'ayant apperçu plufieurs troncs d’ ar-
bres , il s’étoit doucement gliflé dans
le fond du Bois pour découvrir fi quel- |
qu'un habitoit cer endroit, mais qu'il.
n'avoit trouvé qu’un village de Caftors,
que fçachant que je » en avois point en-
core vûs, il-avoit crû que je ne ferois.
point faché de les voir.
Villages de Quoiqu’ il ne fût que trois heures.
Lalors gris. après-midi, je fis faire le fignal d’ap-
el , mes autres découvreurs revinrent
à moi. Nous nous cabanâmes à portée
de la retraite des Caftors, aflez loin
feulement pour qu’ ils ne puffent voir
notre feu : j'avertis mes gens de ne
point faire de bruit ni de tirer, de peur
d’effaroucher ces animaux ; je a ûs mé
me devoir prendre Îa précaution de
défendre que lon coupât du bois, éc.
d’en faire chercher pour que lonn “eûp
as befoin de couper, afin de sachet
notre arrivée.
Avant prisftoutes ces précautions A
nous foupâmes de bonne heure pous
pouvoir dormir avant le lever de la
Lune, qui devoit paroître yers onxi
fl
F:
A
\h
f
A
- de la Louifiane. 24$
heures du foir. Dès ayant la nuit, j’a-
_ Vois eu foin de faire couper des bran-
ches d’un bois toujours verd. Nous
- nous levâmes & fûmes fur pied pour le
tems que la Lune-devoit donner fa
clarté, nous nous poflâmes dans un
endroit qui étoit aufh éloigné des ca-
banes des Caftors, que de la chauflée
qui retenoit les eaux où eiles étoient.
J’emportai mon fufl & ma gibeciere
fuivant mon ufage de ne point mar-
cher autrement ; mais Je ne fis prendre
aux Naturels qu’à chacun une petite
L’Auteur
hache que portent tous les voyageurs , fit rravailleu
& qu’ils nomment cafle-tête. Je pris le 1e5 Cañors.
p'us âgé de ma fuite après avoir mar-
qué aux autres le lieu de notre embuf.
cade, & la maniere dont ces branches
devoient être plantées ; je m’en allaï
énfuite vers le milieu de la chaufée
avec monancien qui avoit fa hache, je
lui fis faire à petit bruit une rigole de
la largeur d’un pied ; il la commença
par le dehors de la chauflée en la tra-
Verfant jufqu’à l'eau ; il fit cet ouvrage
en levant la terre avec fes mains. Sitôt
que la rigole fut faite & que l’eau cou-
la dedans, nous nous retirames promp-
tement & fans bruit dans notre embuf-
cade, pour examiuer ce que feroient les
L iij
246 Hifloire | 1
Caftors pour réparer ce défordre. |
Peu de tems après que nous fumes”
derriere nos feuillages ; nous entendi-
Infpefteur des mes l’eau de la rigole qui commençoit
SHVEEESe à faire du bruit. Un inftant après, urké
GCaflor lortit de fa cabane & {e préci-«
pita dans l’eau ; nous ne pouvions le
connoiître que par le rapport de nos
oreilles, mais nous le vimes tout de
fuite fur la levée, nous l’apperçumes
diffinétement qui vifitoit la rigole, il
donna fur le champ quatre coups de fa
queue de route fa force. À peine eut-il
frappé le quatriéme coup, que tous.
les Caftors fe jetterent confufément
à l’eau & vinrent fur la chauffée, Lorf-
qu'ils y furent tous, un d'eux grom-
mela & jargonna aux autres qui étoient
fort attentifs, je ne {çais quel éomman-
dement, mais qu'ils comprirent bien
fans doute, puifqu’a l’inftanc ils par-
tirent & s’en allerent fur les bords de
lEtang , partie d’un côté, partie de
l’autre. Ceux qui étoient de notre!
côté étoient entre nous & la chauflée ,
& nous étions à la jufte diftance qu’il
_ Leurmantere Falloit pour n'être point apperçûs, .&
de faire le mor- pour pouvoir les confidérer : les uns.
torse. —* faifoient du mortier, les autres le cha-
tranfpoitere AOC ; RueAe
rioient fur leurs queues qui fervoient
4
.
| de la Louifiané, Sa
de traiïneaux : je remarquai qu’ils fe
mettoient deux à côté l’un de l’autre,
Pun ayant la tête vers la queue de l'au+
tre, & fe chargcoient ainfi mutuelle-
ment, traincient le mortier qui étoit
aflez ferme fur la levée où d’autres ref-
toient pour Île prendre, le mettoient
dans la rigole & l’affermifoient à grands
coups de queue. "
Le bruit que l’eau faifoit aupara-
vant far fa chure cefla bientôt, & la
"brêche fat fermée en très peu de terms.
Un Caftor frappa deux grands coups
de queue; dans le moment ils fe mi-
rent à l’eau fans bruit , & difparurent.
Nous nous retirâmes pour prendre un
- peu de repos dans notre cabane. J’a-
vois eu envie d’en tuer un, mais j’at-
tendis au lendemain, parce que je leur
préparois bien plus d'ouvrage que ce-
Jui de la nuit & qui fatisferoit plus pare
faitement ma curiofité : au lieu qu'en
tirant, étant tous dehors, j’aurois rif-
, . _ x
qué de les faire tous fuir dans le bois.
Nous reftâmes au cabanage jufqu’au
jour ; mais fi-côt qu’il parut, je fus avi-
de de me fatisfaire, je laiffai deux de mes
gens pour faire les charges. Dès qu’ils
les eurent préparées , ils vinrent nous
1V
Les C aftors
rétablifient la
brèches
DE
ER "
joindre, car nous n'avions point peu
des voleurs où nous étions,
Més Naturels firent tous enfemble”
une brêche affés grande & aflés profon-
de pour que je viffe la conftruétion de
cette chauffée , de laquelle je donnerai
dans un moment Ja defcription ; nous.
faifions alors affez de bruit & nousne
ménagions plus rien, Ce bruit & Peau
que les Caftors virent baiffer en peu de.
tems les inquiéta, au point quesJ’en vis
un à différentes reprifes venir aflez près
de nous pour examiner ce qui fe paf-
AOL. ©, nr |
Comme je craignois que l’eau man-
quant ils ne priffent la fuire dans les
Bois, nous quittâmes la brêche, &
allimes nous cacher tous autour de
l'Etang pour en tuer un feulement,
afin de lexaminer de près. Je ferois
plütôt refté trois jours en cet en-
droit pour en avoir un, parce que
je n'avois jamais vû que des peaux
brunes ou grifess les Caftors dont
je parle étoient de cette. derniere
couleur & m’avoient parû plus beauxs
je voulois en avoir un pour l'examis
ner. FN
Les Caltors 1 y en eut un qui fe hazarda
548 ù H ifloire
D:
ne de la Louiliane. 240
Æ'aller fur la brêche après s’en être viennent pour
| x ' : , fermer lachau!«
approché plufieurs fois, & retournés, Ho
- Comme auroit fait un efpion: j'étois
embufqué dans le bas & au bout de
a chauflée ; je le vis revenir, il vi
fita la brêche, puis frappa quatre
coups, ce qui lui fauva la vie, par-
ce que je le tenois en joue: mais
ces quatre coups fr bien appliqués
me firent juger que c’étoit le fignal
d’appel pour faire venir tous les au-
tres comme la nuit précédente; cela
me fit croire aufh qu’il pouvoit être
linfpeéteur des travaux , & je n’eus
garde de priver la République des
Caftors d'un de fes membres, qui
paroifloit lui être fi nécellaire. J’at-
tendis donc qu'il y en parüt d’au-
tres: peu de tems après 11 y en eut
un qui venoit pañler auprès de moi
pour aller au travail; ie ne fis aucu-
ne difficulté de le jetier par terre.
dans Paflurance que ce r’étoit qu'un:
manœuvre, Mon coup de fufil les fc
retourner à leurs cabanes plus promp-
tement que n’aurclent fait cent coups tds
de la queue de leur fufpecteur. S:- nent Va
tôt que j'eus tué ce Caftor, j'appel. fuire.
aimes compagnons; & trouvant que
Veau ne s'écouloit point aflez vite.
L v
ER
250 Hifloire .
je fis aggrandir la brêche & vif
le mort. |
Defcription Je remarquai que ceux-ci fs
des Caftors plus petits d’un tiers que les bruns
ou ordinaires , rnais ils font faits de
ss même façon; ils ont la même têé-m
, les mêmes dents tranchantes, les“
Done barbes, les jambes aufii cour-
tes, les pates également garnies des
griffes & de membranes Où nageoi- «
res, & font à proportion en tout
femblables aux autres: la feule difé-
rence eft que ceux-ci font d’un gris
cendré & que ie grand poil qui dé=
pale le duvet, eft argenté. Après
toutes les defcriptions que lon a don-
nées des Caftors, ce que je viens d’en
dire me paroit fufñfant.
Pendant cette vifite, je fafois
couper des branches, des cannes &
des rofeaux ; quand je crüs qu'il y
en avoit afezs le les fis jetter vers
la queue de l'Etang, afin que nous
puifons paies fur le peu de vale qui
s’y trouvoit; je fis en même terms
tirer quelque coups à plomb, fur les
cabanes qui étoient plus proches de
nous. Le bruit des coups de fufil &
des grains de plomb qui fe faifoit en-
tendre fur les toits des cabänes, les
1 de la Louifiane 25
Ft tous fuir dans les Bois avec le
plus de vitefle qu'ils purent. Nous
arrivames enfin à une cabane dans ù
. laquelle il ne reftoit pas fix pouces
d’eau, Je fis défaire le toit fans rien #
| . . ° Conftiution:
gafler; pendant ce petit travail, je 4e cabanes
vis le bois de tremble qui étoit dref= des Cafors
{é deflous la cabane, pour leurs pro-
vifions. | |
Je remarquai quinze morceaux de
bois dont l'écorce étoit mangée en
partie; la cabane n’avoit aufi que
quinze cellules autour du tronc du
milieu, par lequel ils fortent, ce qui
me fit penfer qu’ils ont chacun la
leur ; je me contentai d’avoir confi-
déré celle-ci, ne doutant point que
celles qui font plus grandes, ont auf
fi plus de cellules.
Un de mes amis m'ayant entendu
parler de ces animaux de la maniere
que je viens de faire ce récit, me
dit qu'un auteur moderne & refpec-
table ne traitoit point cette matiere
de même que moi; qu’à la vérité,
cet Auteur n’avoit point voyagé , &
quil n’avoit pù parler des Caftors,
que fuivant les Mémoires, qu'on lui
avoit fournis, J’ai là cet Auteur avec
plailir, mais je me fuis pe u’en
L vj
252 Hifloire
plufieuts occafions, on lui avoit acà
cufé faux. C'eft pourquoi je vais dort «
ner une efquifle de larchiteéture de
ces animaux amphibies & de leurs
Villages: je nomme ainfi le lieu de
leurs demeures, d'après les Canadiens
& les Naturels du Pays, avec lef-
quels je fuis d’accord , & conviens que
ces animaux méritent d'autant plus
d’être diftingués des autres, que je
trouve leur inftinét de beaucoup fu- .
périeur a celui des autres animaux,
Je ne poufferai pas plus loin le paral-
lele , il deviendroit offençant.
Les cabanes des Caftors font ron-
des & ont environ dix à douze pieds
de diametre , fuivant le nombre qui
doit Y demeurer & y avoir fon do-
micile fixe: j'entens que ce diametre
doit être pris fur le plancher à en-
viron un pied au-deflus de l’eau,
quand elleeftbord à bord de la chauffée;
mais comme le haut eft en pointe,
le bas eft bien plus large que le plan-
cher: ainfi on doit fe figurer que
‘ tous les montans de la cabane font
comme les jambes d’un À majufcule
dont le trait du milieu eft le plan-
cher. Ces montans font choifis, &
Von pourroit dire bien mefurés ,
M de la Eouifiane 257
. puifqu’à la hauteur que doit être confe
cruit ce plancher, il y a un crochet
pour porter des barres qui par ce
. moyen font je tour du plancher; ces
barres portent des traverfes qui font
_ les folives; des cannes & des herbes
achevent ce plancher, qui a un trou
dans le milieu pour fortir quand l’en-
vie leur en prend, & les cellules ré-
. pondent toutes à cette ouverture.
La chauflée eft formée de bois en
fautoir ou comme un X majufcule , mis 4
près à près & retenus par des bois
de toute leur longueur, qui fe con-
tinuent d’un bout à l’autre de la chauf--
fée, & font polés fur la croifée des
fautoirs: le tout eft rempli de terre
paîtrie & frappée à grands coups de
queue. Le dédans de la chauffée n’a
que peu de talus du côté de Peau;
mais 11 eft en talus plat par dehors,
afin que l'herbe venant à croître fur
ce talus, elle empêche les eaux qui
y païñent d’emporter la terre.
Je ne leur ai point vû couper le
bois ni le conduire ; mais il eft à pré- ti
fumer qu'ils font ce travail comme Île rranfportentie
_ font les autres Caflors, qui ne cou- Het ee
pent jamais que du bois tendre, &
fe fervent pour cer effet de quatre
Conftruâion
e la chauffée.
24. Hifloire |
dents extrêmement tranchantes qu'ilss
ont fur le devant; ils pouflent & rou=
lent ce bois devant eux fur la terre 4
ils le conduifent de même fur l’eau
jufqu’à l’endroit ou ils veulent le dé“
poler. J’at obfervé que ces Caftors”
gris étoient plus fenfibles au froid
que ceux de l’autre efpèce ; c’eft fans
doute pour cette raïon, qu'ils s'ap-
prochent plus du côté du Midi.
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de La Louifiane 25$
PÉHAPITRE XIX.
Suite du voyage dans les terres : Décou=
verte d'une ÎVine de plomb: Renconire
d'un Voyageur extraordinaire : Indi-
ces de Mines: Autres indices de Mi-
nes d'Or : Ketour de V Auteur à fon
Habitation.
N Ous partimes de cet endroit
pour gagner une terre haute
qui fembloit fe continuer au loin.
Nous arrivâmes au pied de cette hau-
teur dès le même foir, mais la jour-
née avoit été trop forte pour y imnon-
ter ce jour-là. Le lendemain nous
allâmes jufqu’au fommet; nous vi-
mes que cette terre étoit plate, à
lexception de quelques buttes de ter-
re, de diflance à autre; 1l ny pa-
roifloit que très-peu de bois, enço-
re moins d’eau, & très peu de pier-
res , quoiqu'il ya apparence qu'il yen
a en dedans, puifque nous en apper:
cûmes en un endroit où la Côte s’é-
toit écroulée. ;
Nous vifitèmes exactement tout ce
856 oO Hiflore
terrein élevé; mes gens & moi nougw
fimes des recherches de côtés & d’au-"
tres, & nous ne découvrîmes dans un“
bofquet qu’un arbre déraciné, dans
le corps duquel nous trouvâmes de
eau de pluye, dont nous nous cons“
tentâmes faute d'autre. Nous avions
fair ce jour-là plus de cinq lieuesi
cependant nous n’étions pas à trois
lieues du cabanage d’où nous étions.
partis le matin; mais je m'étois en-.
” tété à chercher fur cette hauteur,
perfuadé que je devois y trouver quel-
que chofe. Cette terre haute auroit.
été trés commode pour y conftruireun.
Château en bel air, car de fes bords
on découvre extrêmement loin,
Le lendemain ayant encore par-
couru environ deux lieues & demie ;
on me fit le fignal d'appel fur ma
droite: j'y courus à linftant ; lorf-
que je fus arrivé le découvreur me“
montra une fouche qui fortoit de ter-
re à la hauteur du genouil, & qui.
étoit grofle de huit pouces de üia-.
, Découverte mètre, Ce Naturel lavoit pris . de
d'une mine de , . env |
plomb, Join pour une fouche d'arbre, &c fug
furpris de voir du bois coupé dans
un Pays qui paroïloit n'avoir Jamais
été fréquenté : mais lorfqu'il en fus
| |
; de la Louifiane. 257
affez- près pour en juger, il vit à la
figure que c’étoit autre chofe qu'un
æronc d’arbre coupé ; ce fut par cette
raïfon qu'il fit le fignal d’appel.
Je fus charmé de cette découver-
te qui étoit une Mine de plomb;
j'eus du plaïfir auffi de voir ma per-
févérance récompenfée; mais en par-
ticulier je fus ravi d’admiration ,efi
voyant la merveilleufe production &
la force de la cerre de cette Provin-
ce , qui contraint pour ainfi dire,
les minéraux à: fe manifefter eux-mé-
mes. Je fis cañer un peu de cette
Mine, & j'en donnai un petit mor-
ceau à porter à chacun de mes Na-
tureis. Je. continuai à faire quelques
recherches aux environs, & j'apper-
_çûs de la Mine en plufeurs endroits.
Nous retourñâmes coucher à notre
dernier cabanage à caufe de la com-
modité de l’eau, qui étoit trop ra-
ré fur cette terre haute.
Nous partimes de là pour nous
rapprocher du Fleuve ; dans tous les
endroits où nous pañlions, nous ne
voyons que des troupeaux Iinnom-
brables de Bœufs fauvages, de Cerfs,
de Chévreuils & d’autres animaux
de toute efpèce, fur-tout près des
va
5ç8 Fifloire US
Raivieres & des Ruifleaux ; ainfi far
que Jen fafle la remarque ici, or
préfume affcz que nous faifions gran
de chere, ï
2 Poe Lorfsu’on eft en voyage, on eff
extraordinaire. toujours flatté de rencontrer d’autres
voyageurs qui reffentent le même
plaifir: nous en rencontrâmes un qui
étoit d’une humeur & d’une efpéce
bien différente : il prit la fuite dès
qu'il nous vit; plus nous linvitionss
à nous attendre, plus il s’efforçoit des
s'éloigner de nous. Un de mes Na=
turels voyant que fes camarades ap-
pelloient en vain ce Voyageur, jettæ
fa charge en difant: » Je vais le cher-
» cher puifqu'il ne veut pas nous at-
» tendre : il courut , le dépañla & le
ramena près de nous, où il fut for-
cé de refter au moyen d’un coup de
fufil, C’étoit un Ours qui s’étoit
écarté de fa troupe ou qui vouloit
voyager; ces animaux fuivent tou-
jours les Bois fourrés, parce qu'ils y
trouvent les alimens qui leur convien-
nent, au lieu que Îles Prairies font”
pour eux des terres flériles.
Après avoir marché cinq jours, je
vis à ma droite une Montagne qui
me parut aflez élevée pour exciter
. de la Louifrane. 2çŸ -
ma curiofité. Dès le lendemain ma«
tin, je dirigeai ma route de ce cô=
té là; nous y arrivames fur les trois
heures après midi. Nous nous arré-
tâmes au pied de la Montagne où il
y avoit une belle Fontaine qui for-
toit du Roc; jaimai mieux perdre
un peu de la journée & m'aflurer
d'une bonne eau qui n’éroit pas froi-
de.
Le jour fuivant nous montâmes Indice deMt
jufqu'au haut ; le deffus en eft pier- nes.
reux 3 & quoiqu'il y ait aflez de
terre pour nourrir des plantes, elles
y font cependant fi rares, qu’à pei«
ne en trouveroit-on deux cent dans
un arpent : il y a de même trés-peu
d'arbres, encore font-ils maigres &
chancreux ; toute la pierre que jy
trouvai eft très-propre à faire de la
chaux; mais je doute que lon aille
Ha chercher en cet endroit, à moins
que cette chaux ne foit pour aider
a bâtir les maifons des voifins, que
cette Montagne ne manquera pas de
s’attirer un jour, par la pañlion vio-
Jente qu'ils auront de fouiller dans
fes entrailles.
Nous primes de là une route qui
pouvoic nous conduire à notre Piro-
“ne de fer.
f. # + 14,6!
260 Hifioire
gue; peu de jours nous füuffirent poë
y arriver, on la tira de AE
nous paffimes la nuit dans cet en-
droit. Le lendemain nous traverfa-
mes le Fleuve ; en le remontant nous
tuâmes une Ourke, puis fes petits,
car pendant l'hyver les bords du
Fleuve en font garnis, & il eft rare.
de le remonter GET en voir plufieurs
dans un jour le, traverlér, pour aller
chercher de quoi vivre ; & ce n'eft
que faute de trouver de quoi fur les
bords, qu'ils s'en écartent.
Je pourfuivis ma route en remon
tant le Fleuve jufqu aux Ecores À
Pruc- homme, 0 où on m? voit fait en-
tendre que je trouverois quelque cho
fe d’avante geux pour la Colonie ; cé
fut ce qui pi qua ma curiofité.
Arrivés à ces Ecores, nous mimes
à terre, après quoi on débarqua I
paquets, on les monta fur le bord
de la Côte, on cacha la Pirogue dans
Veau, & dès ce jour je cherchai &
trouvai la Mine de fer dont on m’a-
voit donné les indices. Après m'en
être afluré, je fis beaucoup de recher
ches dans les environs, pour y trous
ver de la Caftines;s mais il me fut
impoffble d'en découvrir: je crois!
0 de la Louifiane. _ 26
Riu que lon pourroit en trou
er plus haut, en remontant le Fleu-
ve, mais je aile ce foin à ceux
qui dans la fuite voudront entre-
au refte je fus un peu dédommagé
de ma peine ; en cherchant, je trou-
vai les marques de Charbon de terre
dans le voif inage, ce qui feroit au
‘moins aufli utiie dans le refte de la
Colonie, qu’en cet endroit.
Après avoir fait mes réflexions;
je me déterminai à retourner dans
peu à mon FHabitetion. La faifon des
{emaïlles approchoit, & l’herbe étoit
déja aflez haute pour nous fatiguer
en marchant. Je fs en conféquence
“partir le plus âgé de mes Naturels
“avec un jeune homme, pour defcen-
dre la Pirogue au lieu-même où nous
Fleuve, & où il devoit nous atten-
dre. Pour moi qui ne quittois qu'à
regret ces belles contrées , je pris
le parti d'aller les joindre par terre,
l'avions cachée avant de remonter le
prendre l'exploitation de cette Mine:
Charbon da
terres
añn de ne point me féparer fi-tôt
. de cet agréable Pays. Nous n'avions
“à porter que ce qui nous étoit ab{o-
lument néceflèire ; ainfi nous pou-
. yions aller plus à la légere; de for-
ire
262 Hifloire
te que nous ne craignimes point dé
nous enfoncer un peu dans les terres,
où nous avions l'agrément de rencot:
trer beaucoup de Gibier.
Je vis dans ce petit écart une
monticule toute pellée & aride
n'ayant dans le‘haut que deux ar-
RARE bres très-languiflans & prefque points
Mine der,- dherbes, finon quelques petites touf.
fes aflez éloignées les unes des au=
tres qui laifloit une glaife très-foli-
de ; le bas de cette monticule étoit
moins ftérile, & les environs fertiles
comme ailleurs, Ces indices me fis
rent préfumer qu’il pourroit y avoir
une Mine d’or en cet endroit
Je retournai enfin du côté du
Fleuve, pour rejoinüre ma Pirogue.
De même que dans tout ce Pays &
dans tout le haut de la Colonie, on!
trouve beaucoup de Bœufs, Cerfs S
Chevreuils & autres gibier, on y»
trouve aufli beaucoup de Loups,.
quelques Tigres & Pichous, inf
ve des Carancros, tous animaux cars
rafliers defquels je donnerai la defà
PRE Lorfque nous fâmes près
du Fleuve, nous fimesle fignal de
reconnoiffance ; on nous répondit quoi
fu d'un peu loin. Ce fut alors qué
de la Louifiane. 26%:
mes gens tuerent du Bœuf pour bou-
Caner, afin de pouvoir le conferver
& en avoir pendant quelque tems.
Nous nous embarquâmes enfin, PRE a
defcendimes le Fleuve, jufqu'à une
bonne lieue du débarquement ordi-
naire. Les Naturels cacherent la Pi-
rogue & s’en allerent à leur Viilage.
De mon côté je me rendis vers la
nuit à mon Habitation, ou je trou-
vai mes ÆEfciaves furpris & Joyeux
en même-tems de mon retour ino=
piné. Mon cher voifin qui avoit bien
voulu prendre foin de mes intérêts F
pendant mon abfence, ne fut pas
moins étonné de me voir arriver com-
ime fi je venois de la chaffe dans le
voifinage. Mes compagnons de voya- Voifrage;
ge apporterent à l'inflant d’après,
mon lit & un peu de viande fraîche,
en attendant que le lendemain, ils
apportaflent le refte.
J’étois réellement fatisfait d'être
atrivé dans ma maifon, de voir mes
Efclaves jouiffans d’une parfaite fan-
té, & toutes mes affires en bon or-
dre; mais j'étois fortement occupé
de la beauté des Pays que j'avois
vûs; jaurois défiré finir mes jours
dans ces charmantes Solitudes, éloi-
Réflexion de
Auteur,
fois-je en moi-même, que lon goë:
re connoiîitre au Public,
/
264 Hifloire |
gné du tumulte du monde, de l'ava
rice & de la fourberie: c’eft là, di=
te mille plaïifirs innocens, & qui fel
répetent avec une fatisfadtion tou
jours nouvelle : c’eft la que l’on efts
exempt de la critique, de la médifans
ce & de la calomnie ; c’eft dans ges
riantes Prairies qui s'étendent fouven
à perte de vüe, & où l'on voit tant
de différentes efpèces d’animaux, que
Pon a lieu d'admirer les bienfaits du
Créateur ; c’eft là enfin, qu'au dou
murmure d’une eau pure & vives
c’eft là difois je, qu’enchanté des cons
certs des oïfeaux qui remplifient les!
bofquets voifins , l’on peut conteni=
pler agréablement les merveilles del
la Nature & les examiner à loifir. M
J’avois eu des raifons pour cache“
mon voyage, j'en eus de plus fortes
pour garder le fecret fur ce que j'a
vois pû découvrir, afin de pouvoif
en profiter dans la fuite; mais les
traverfes que j'ai efluyées, & les ins
fortunes de ma vie, m’ont empêché
jufqu'à préfent de profiter de mes!
découvertes en retournant dans ce}
charmant Pays, & même de les fais
b
de Pa olifane: . 269
CHAPITRE XX.
De la nature des terres de La Louifiane :
Des terres de la Mobile : De celles de
la Côte de l'Eft: Des terres qui fonc
depuis Pembouchure du Fleuve, Louis
jufqu'a la nouvelle Orleans.
Es Lumiéres que je yenois d’ac-
quérir dans mon Voyage des ter-
res du Pays, me furent d’un grand
fecours pour connoître la nature du
Sol de la Louifiane, Mes connoiffan-
ces antérieures jointes à celles-ci, &
à ce que j'ai appris par la fuite, me
fourniffent l’occafion de parler de la
nature des terres de cette belle Pro-
vince, & d'indiquer à quelle produc-
tion chaque Contrée peut être plus
propre, Les perfonnes qui auroient
envie de les cultiver pour un Etablif.
fement qu’elles auroient défir d'y fai-
re ; pourroient même avant leur dé-
part de France, choifir le terrein fe-
lon l'efpèce de commerce auquel el-
lès voudroïient s'addonner, Ce qui eff
X
C3
S Lu 3 p* > Fe D ss fe Pa | ALES Fe £a
encore. d'un grand avantage déns cet.
Fa HT _ bugs Lnag a. Ed 3 à -
Î À
LYB.
Terres de la
Mobiles
066. Hiftoire
te Colonie, c’eft que fouvent dan
la même Habitation, on peut s’appli=
uer à plufieurs fortes de cultures,
qui réuffiffent les unes aufli-bien que
les autres. à la fatistion de l'Ha-
bitant. | |
Pour décrire avec quelque ordre
la nature d’un Pays, j'eflime quil:
faut parler d'abord de l'endroit par
lequel on y aborde, qui pour cette
raifon doit être le mieux connu. Je.
commencerai donc par la Côte, je
remonterai enfuite le Fleuve, au con-
traire de ce que jai fait dans la Def
cription Géographique, où j'ai dé-
crit le Fleuve depuis fa fource juf-
qu’à fon embouchure dans la Mer.
La Côte qui a été la premiere ha=
bitée, s'étend depuis Rio Perdido juf-
qu’au Lac S. Louis ; ce terrein eft un
fable très-fin, blanc comme la neige ;
& fi aride qu'il ne peut produire que
des Pins, des Cedres & quelques
Chênes verds. |
La Riviere de Mobile eft la plus
confidérable de cette Côte de lEfrs
elle rouille fes eaux fur un fable pur
qui ne peut les troubler; mais fi
cette eau eft claire, elle fe fent de
la fiérilité de fon fond, c’eft-a-dire,
|
de la Louifiane. - 267
qu'il s’en faut de beaucoup qu'elle
#oit aufli poiflonneufe que le Fleuve
.S. Louis. Ses bords & le voifinage
_de cette Riviere, font aflez peu fer-
tiles depuis fa fource jufqu’à la Mer ;
le terrein eft pierreux, & ce n’eft pref-
que que du gravier mélé d’un peu
de terre. Quoique ces terres ne foient
point flériles, 1l y a une différence
totale de leurs productions à celles
des terres qui font aux environs du
du Fleuve. Il s'y trouve des Mon-
tagnes, mais Je ne fçais siky a des
pierres propres à bâtir; je n’y fuis
point allé pour men informer, & les
perfonnes qui y ont voyagé n'éroient
gueres capables de m'en inftruire, à
moins qu'elles n’euflent vû des pier-
res taillées & prêtes à être mifes en
œuvre. |
Aux environs de la Riviere des
Alibamons, les terres y font meilleu-
res ; cette Riviere tombe dans la Mo.
bile au-deflus de la Baye du même
nom. Cette Baye peut avoir une tren-
taine de lieues de long après avoir
reçu la Mobile qui vient du Nord
au Sud, & a un cours d’enyiron cent :
cinquante lieues. Ce fut fur les bords
de cette Riviere que fut formé le
M i)
269 - .Hifoie es .
premier Etabliffement des Françoise
dans la Louifiane, lequel a fubfiffé
je a ce que l’on eût établi la nou-à
velle Orléans, aujourd’hui Capitale,
de cette Colonie. 4
Les verres & l’eau de la Mobile”
ne font pas feulement infructueufess
à l'égard des plantes & des poiflons 5
la nature des eaux & du terrein con-
tribue aufli à empécher la mulriplica=
tion des enimaux: less femmes même
l'ont éprouvé. J'ai appris de Madame:
Hubert, dont le mari étoit à mon
arrivée Commiffaire Ordonnateur de
ja Colonie, que dans le tems que
les François étoient dans ce Pofte,
il y avoit fept à huit femmes flériles,
qui étoient toutes devenues fécondes
depuis qu’elles s'étoient établies avce
leurs maris fur les bords du Fleuve
S. Louis).où-on à HU Capitale
& tranfporté PEtabliffement.
Le Fort S. Louis de la Mobile
étoit le Pofte François: ce Fort ef
fur le bord de cette Riviere, près
d'une autre petite, nommée la Riviere
aux chiens, qui tombe au Midi dé
-<é Fort, dans la Baye. To |
Quoique ces Pays ne foient pas, l
beaucoup près auf fertiles, com
4
x!
À
4
%
de la Louifrane, 26%:
je Pai dit, que ceux des environs
» à
1
/
du Fleuve S. Louis, il faut cepen-
‘dant obferver que l’intérieur des ter-
res eft d’une qualité {upérieure à cel-
les qui font près de la Mer.
A la Côte du côté de l'Oueft de
la Mobile, on trouve des Iles dont
Jai parlé en arrivant dans le Pays,
& des Iflots qui ne méritent point
que l’on en parle. |
… Depuis les fources de [a Rivieré
des Paika Ogoulas jufqu'’aux fources
de celle de Quefoncté qui tombe dans
k Lac de S. Louis, les terres font
légeres & fertiles, mais un peu gra-
veleufes à caufe du voifinage des
montagnes qu'elles ont au Nord: ce
P ays eft entremélé de côteaux allon-
gés, de belles prairies, de quantité
de bofquets, & quelquefois de Bois
fourrés de cannes, particuliérement
fur les bords des Rivieres & des Ruif-
feaux. Ce Pays eft très-propre à PA.
griculture.
. Les Montagnes que j'ai dit que
ces terres avoient au Nord, font à.
peu-près la figure d’un chapelet, qui
auroit un bout afflez proche du Fleu-
ve S. Louis, & lPautre fur le bord
de la Mobile. Le dedans de cette
M üj.
A 0 Hifioire 4} LUN
chaîne eff rempli de Côteaux qui fonr
affez fertiles en herbes, Simples, fruits
du Pays, chataignes fauvages, cha=.
taignes-glands & marons, auffi gro]
& pour le moins auffi bons que ceux
de Lyon. | | :
Au Nord de cette chaîne de Mon:
tagnes, eft le Pays des Tchicachas,”
très-beau & dégagé de Montagnes 34
il n'a que des Côtes très-allongées &cw
douces, des bofquets & des prairies
fertiles, qui, au Printems, font rou-”
tes rouges par l’abondance des frai-"
fes; elles préfentent en Eté le plus
bel émail par la quantité & la di-
verfité des fleurs ; en Automne dès
que l’on a mis le feu aux herbes
elles font couvertes de champignons
Tous les Pays dont je viens dei
parler font remplis de gibier de tous
te efpèce. Les Bœufs fe trouvent
dans les terres plus élevées; lés Pers
drix aiment beaucoup les Bois clairs À
comme font les bofquets dans les prais
ries ; les Cerfs fe plaïfent dans les
grands Bois, les Faifans ont la mêmes
inclination, le Chevreuil qui eft volan
_ ge fe trouve par tout, parce que dans”
quelque endroit qu'il puifle être, il ah
de quoi brouter, Les Ramiers en Flysn
_
de la Louifianes 27% Û
vér volent avec tant de rapidité, qu’ils
parcourent beaucoup de Pays en peu
d'heures ; les Canards & autre gibier
aquatique font en fi grand nombre ;
que par tout où ilya de l’eau , on eft
afluré d’en rencontrer beaucoup plus
qu’il n’eft pofñble d’en tirer, quand
même on ne feroit autre chofe : ainfion
trouve du gibier en tout lieu, & du
poiffon en abondance dans les riviéres.
Reprenons la Côte,qui quoique pla- Terres de fa
te & aride à caufe de fon fable , eft fé- Côte de PER,
-conde en poiflons délicieux & en co-
quillages excellens. Mais ce fable crif-
-tallin qui incommode la vûe par fa
blancheur , ne feroit-il point propre à
à faire quelque belle compofition ? Je
life ici aux Sçavans à trouver de quel
ufage ce fable pourroit être en France,
où les Arts font parvenus à un fi haut
dépré de perfettion., : |
Si cette Côte eft plate elle a en ce-
“la un avantage : on diroit que la Na-
ture a voulu la faire aïinfi, pour être
par elle même défendue contre les def=
centes des Ennemis. |
Si en fortant de la Baye des Paska<
Agoulas, nous fuivons encore l’Oueft ,
nous avons en notre rencontre la Baye
du vieux Biloxi , où l’on avoit bâci un
$ Miv
rt As Hifoire
Fort, & commencé un Etablifement ; ‘
_ mais une incendie poufice par un vent
= Fa
PRE SR ET ee
violent, détruifit en peu de momens “
ce que a prudence, auroit dû ne pas M
conftruire.
Ceux quiavoient établi le vieux Bi- -
oxi, ne pouvoient fans doute quitter w
le rivage de la Mer ; ils s’érablirent à.
VOueft , & tout près le nouveau Bilo-w
xi,fur un able également aride & dan-
| gereux a “te Ce fut en cet endroit |
qu’ arriverent les grofles Conceffions, -
qui s’ennuyolent extrêmement d'être
{ur un terrein inculte, où il étoit im-
offible de trouver le moindre légumew
a quelque prix que ce fût, & où leurs.
Engagés mouroient de faim dans la
Colonie la plus fertile qu’on puiffe dé.
couvrir dans tout le Monde. J'ai affez
fait connoître dans mon Voyage au Bi-
Joxi les autres inconvéniens qu'il y,
avoit,à laifier fubffter un Etablifiement
fi peu réfléchi, & aufli contraire au
Commerce du Pays,que coûteux & i IR =
commode au Habitans.
En fuivant la même route & la mé
me Côte vers l'Ouelft, les terres y fonts
toujours les mêmes , jufqu’à la petites
Baye de S. Louis 8e juqu'aux Che-
naux qui conduifent au Laçde ce nom.b
| de la Louifiane. 273
La profondeur des terres eft d’une
. bonne quaïité, propre à l'Agriculture,
& à faire un beau Pays; la terre y eft
lépere & un peu graveleufe : la Côte
au Nord de la Baye S. Louis eft d’u-
ne nature différente & beaucoup plus.
fertile. Les terres qui font plus éloi-
gnées vers le Nord de cette derniere
Côte,ne font pas fort diftantes du Fleu-
ve S. Louis ; elles font aufli plus abon-
dantes en produétion, que celles qui
font à PES de cette Baye par la même
Latitude. FU
Pour fuivre la Côte dela Mer juf-
qu’à l'embouchure du fleuve S. Louis,
il faut aller prefque au Sud en quittant
les Chenaux dont jai parlé ailleurs, &
-pañler entre Pifle aux Chats que lon
haifle à gauche, & l’Ifle aux Coquilles
que lon laïfle à droite. En failant cette
route en idée ,; on pañle fur des Bancs .
prefque à fleur d’eau, couverts dun
infinité d’Iflots ; on laiffe à gauche les:
Tfles de la Chandeleur, qui ne fontque
des amas de fable qui ont-la forme
d'un boyau coupé par morceaux :elles
i
font peu élevées au deflus de la Mer,
&c à peine y trouve-t-on une douzaine
de plantes,de même que dans les Iflots.
vuifins dont je viens de parler. On laif-
274 Hifhoire
fe à droite le Lac Borgne., qui n. LE
un autre iflue du Lac S. Eeut & con= ?
tinuant la même route & la ROUTE
des Iflots aflez loin, on trouve un peu |
de Mer nette, & la Côte à droite, qui |
n'eft qu’un marais tremblant formé 4
peu-à peu par une vale très-molle,fur
laquelle naiffent quelques rest
Cette Côte conduiten peu a la Pafe
de PEf, qui eft une des Bouches du
Fleuve queF on trouve bordé d’un pa-
reil terrein, s’il eft permis de lui don- |
ner ce noï’a.
Il y à éncore la Pañle du Sud- ER |
où eft la Balife, & la Pafle du Sud qui
avance plus en mer. La Baifeeftun «
Forc bâti fur une Ifle de fable, raflu-”
ré par un grand nombre de pilotis liés”
d’une bonne charpente : il y a des lo-"
gemens pour les Offciers & pour ia
Garnifon ;ily a aufli une Arullerie
fuffifante pour défendre l’entrée du
Fleuve ; c'eft-là que l’on prend le Pi="
lote de ‘à Barre pour faire entrer les
Navires dans le Fleuve. J’aï parlé de M
ces deux Paffes dans la Defcription.
Géographique de cet PA ainfi "
entrons promptement dans le Fleuve ;
nous en, ferons beaucoup plus fatis-M
fits 3 toutes les Pañles ou entrée s À
de k Louifiane: #7 F
| du Fleuve font auffi affreufes à la vûe ,
que l’intérieur de la Colonie eff Vrai
nor Maraeiertm
Ces marais reinblane continuent Elanss
encore environ Jept licues en remon-
tant le Fleuve , à l’entrée duquel on
trouve une Barre de trois quarts de
Jieue de large ; on ne peut la pañler
Le fans le Pilote de ha Barre, qui feul con-
noit le Chenal.
Toute la Côte de l'Oueft eft TA
ble à celle dont ÿ ai parlé depuis la Mo-
bile ; jufqu” ‘à la Baye S. Louis, c'eft à-
dire également plate, farine d’un fa-
_ ble pareil, & une Barre d’files qui al-
longe la Côte, & défend la defcente; la
Côte continue ainfi en allant à POueft ue
_juîques à la Baye de l’A fcenfion & mé-
me un peu plus loin. Le peu que je dis
de cette Côte doit fuflire;le détail que
je ferois de fon terrein ne » ouroit être
qu'ennuyeux , puifqu’il eft auf ftér rile,
&c femblable en tout à celui dont j'ai
parlé.
Je rentre dans le Fleuve & pale
avec vitefle ces marais tremblans, in-
capables de foutenir des hommes , &e
qui ne peuvent que fervir de retraite:
a desLégions de Maringouins ou Cou-
fins,& à “qHélanes Oifeaux rule d+
M y)
1
4 |
276 | : ifloire 1
qui fans doute y trouvent de quoi pis
vre en fureté. L
Rens de : Au fortir de ces marais, on trouve
4 une Langue de terre de chaque côté du .
Fleuve; c'eft à la vérité une terre fer
me, mais accompagnée de marais.
femblables à ceux de l'entrée du Fleu-
ve. Durant l’efpace de trois à quatre «
lieues,cette Langue deterre eft dénuée !
d'arbres, mais enfuite elle en eft cou- «
verte , de façon qu'elle arrête les vents
dont les Vaiffeaux ont befoin pour ré:
monter le Fleuve & arriver à la Capi-
tale. Cette terre, quoique très étroite
continue avec les arbres qu’elle porte
jufqu’au Détour à l'Angloïs , lequel ef
gardé par deux Forts , l’un à droite,
Pautre à gauche du Fleuve.
FAT à L'origine du nom de Détour a l'An-
": |" ploiste rapporte de différentes manie-
res ; & ceux qui veulent en raconter
l'Hifioire fans la fçavoir, en compofent
une à leur mode : coutume trop ordi-
naire à ceux qui n'ont d'autre but que
de parler & non d’inftruire les autres.
Je penfe différemment : je me we:
informé aux plus Anciens du Pays, à
quelle circonftance ce Détour dev
fon nom. |
Ils m'ont dit qu'ayant le premier
SE ,
à oi
22
eX<S
= = -
MT
14
W/
{
y
x
| de la Louifiane: aTY
Etablifement des François en cette
Colonie, les Anglois ayant entendu
_ parler de la beauté du Pays, qu'ils
. avoient deja vifitéfans doute en y al-
lant de la Caroline par terre, eflaye-
rent de s'emparer de l’entrée du Fleu-
ve, & de remonter, pour fe fortifier
dans le premier terrein folide qu'ils
trouveroient. Excités par cette \alou-
fie qui leur eff naturelle , ils prirent les
, . ser à
précautions qu'ils crürent convenables
pourréufir. |
É
_ Deleur côté les Naturels qui avoient
déja vü ou entendu dire que plufeurs
Hommes Blancs (les François)avoient
defcendu & remonté le Fleuve en dif-
férentes fois ; les Naturels, dis-je, qui
n'étojent peut être pas trop contens
d'avoir de tels voifins , furent encore
plus effrayés de voir entrer un Navire
dans le Fleuve, ce qui les détermina à
les arrêter en chemin ; mais il leur fut
impoflible, tant que les Anglois eu-
rent du vent dont ils profiterent jufqu’à
ce Détour.Ces Naturels étoient les
Ouachas & les Chaouachas qui habi-
toient à l'Oueft du Fleuve, & au def-
fous de ce Détour. Il y en avoit d’un
coté & de l’autre du Fleuve , ils fe cas
chojent dans les cannes, regardoient
la ui Hi foire - L
les Angloïis & les fuivoient en montants
fans ofer les attaquer.
Lorfque les Anglois furent à lens
trée de ce Détouxs, le peu de vené
qu’ils avoient leur manqua : voyant en!
outre que le Fleuve tournoit extrè=
mement , ils défefpérerent de réuffir
ils voulurent s'amarrer en cette en-=\
droit, il fallut 2 à cet’ effet porter des»
cordages à terre ; mais les Naturels
leur tirent grand nombre de flèches ;:
jufqu’à ce qu’un coup de canon tiré en!
Pair les diffipa, & fut un fignal aux Ans
glois de regagner le Vaifleau, dans la
crainte que les Naturels ne vinflent en.
en plus grand nombre les mettre ent
pieces. À
Telle eft origine du nom de ceDé2
tour ; le fleuve en cet endroit fait la
figure d’un Croiflant prefque fermé ,
de forte que le même vent qui amene,
un Vaifleau lui eft fouvent contraire
lorfqu'il eft arrivé au Détour, C’efts
pourquoi les Navires s’amarrent & new
remontent qu’à la T houe ou en virant,
le Cabeftan. Ce Détour à fix à fept
lieues , quelque - uns lui en donnent
huit plus ou moins felon que le chemins
6
leur dure.
ü
Les terres qui font aux deux côtés de
N
immédiatement après ce Détour eff fi-
tuée la nouvelle Orléans Capitale de
cette Colonie, à l'Eft du Fleuve & fur
le bord. Sien cet endroit du Fleuve
on tire une ligne perpendiculaire, on
trouve à une lieue derriere la ville un
_ Bayouc qui peut porter de gros ba-
teaux à rames. En fuivant ce Bayouc
l'efpace d’une lieue, on va au LacS.
Louis , & lorfqu’on a traverfé oblique-
ment celui-ci, on trouve les Chenaux
* qui conduifent à la Mobile par où jai
commencé à décrire la nature du ter
rein de la Louifiane.
Le terrein où eff fituée la nouvelle
Oïléans étant une terre rapportée par
es-vales de même que celle qui eft au
deéflous & au deffus affez loin de certe
Capitale , eft d’une bonne qualité pour
PAgriculture , fi ce n’eft même qu’el-
leeft forte & plutôt trop grafle que
maigre. Cette terre étant plate & les
eaux des débordemens layant noyée
pendant plufieurs fiécies, elle ne peut
manquer d’étre entretenue en humidi-
té n'y ayant d’ailleurs qu’une levée qui
“empêche le Fleuve de la couvrir
d’eau : elle feroit même trop humide
0 de la Louifiane 2%
“ee détour font habitées, quoique la
‘profondeur n'en foit pas confidérable ;
Des terres
où eft fituée La
nouvelle Qxre
léanse
. 280 Hlifoire | 20
& ne pourroit être cultivée, fi onn cl
fait cette levée & des foflés près les!
les uns des autres pour faciliter l'écou-
lement des eaux 3 par ce moyen on.
Pa mife en état d’être cultivée avec”
fuccès.
Depuis la nouvelle Orléans jufqu'à. à.
Manchac,à 'Eft du Fleuve, vingt- cinq,
lieues plus haut que la Capitale, & juf=.
qu’à la Fourche à l'Oueft, prefque vis-»
a-vis Manchac & à peu de ditance , les
terres font de la même efpèce & de 12”
même qualité que celles dela nouvelles
Orléans.
CHAPITRE XXI
. Qualité des terres qui font au-deffus de la
Fourche : Carriere de pierres à bâtir :
Terres hautes de l'Eft : Leur fertilité
_ prodigieufe : Côte de V'Oueft : Terres
.… del'Oueft : Salpêtre.
| FU côté de l'Oueft au deffüs dela
FA
Des re res
À J Fourche, lesterres font aflez qui font au-
deur des débordemens. L'endroit de
ces terres le plus connu fe nomme
_ Baya-Ogoula, nom forgé des mots
Bayouc & Ogoula, qui fignifioit la
Nation qui habite près du Bayouc, y
ayant eu en ce lieu une Nation de ce
nom quand les premiers François ont
defcendu le Fleuve S. Louis ; c’eft à
_ vingt- huit lieues de la Capitale,
Mais du côté de lEft les terres font
bien plus hautes , puifque depuis Man-
chacjufqu’à la Riviere Ouabache . elles
_ fe foutiennent entre cent & deux cens
pieds plus hautes que le Fleuve dans
fes plus grandes eaux : la pente de ces
| ’ defflus
plates,mais exemptes dans leur prof Fourches
de ‘læ
Terres hau-
terres s’écarte perpendiculairement du tes de PER,
À
hi |
282 Hiflhoire : 20
Fleuve, qui de ce côté ne reçoit qué
peu de rivieres & même très petites ff
lon except e celles des Yazoux, enco=
re n’a-t-elle pas plus de cinquante lieues
de cours.
Toutes ces terres hautes font en
core furmontées en bien des endroits
de petites monticules , bufes & côteauxs
allongés , la pente des uns & des au+
cres el affez douce. Ce n’eft qu’ en s’é-
cartant un peu du Fleuve qu’on trouvek
ces terres hautes avoir par deflus dé
_ petites montagnes qui paroïffent toutes,
de terre, quoiqu elcarpées, fans que
l’on apperçoive le moindre gravier ou
une petite pierre. /
La qualité de ces terres hautes eff
d’être noires & légeres, d'environ trois:
pieds fur les Côteaux ou monticules,
Cette premiere terre eft foutenue d’u-.
ne plaife rougeätre extrêmement fo-
hide, les endroits les plus bas entre ces”
Côteaux font de la même nature , nais
la terre noire a jufqu’à cinq à fix pieds.
d’épaiffeur : ainfi hanté qui y croit efEn
de la hauteur d’un homme, quoi qu’elw
le fois très-menue &c très-fine ; au lieud
que l'herbe de la même prairie fur les
Côteaux ne pañle gueres la hauteur du
genouil, elle eft encore de la même L
La
LA
: de la Louifiane. 283
hauteur dans les bois de haute futaye
& fur les plus hautes élévations, à
moins qu’il ne fe trouve deflous des
chofes qui non - feulement rendent
Pherbe plus courte, mais empêchent
même d’y naître par la force des exha-
hifons, ce qui n'arrive point ordinai-
rement fur les Côteaux quoiqu'élevés,
mais feulement fur les montagnes pro-
prement dices,
Mon expérience dans l'Architecture Pierres à B%
m ayant appris que plufieurs carrieres tire
fe font trouvées deflous une glaife pa-
reille äcelle-ci, j’aitoujours eû dans
l'idée qu'il devoit y en avoir dans ces
Côteaux.
Depuis ces réflexions, j'ai eu occa-
fion dans mon voyage dans les terres
de fortifier mes conjectures. Nous
étions cabannés au pied d’une Côte
qui étoit efcarpée de notre côté & près
d’une fontaine ; l’eau que l’on m’en ap-
porta étoit tiéde & pure.
. J'allai voir cette fontaine qui me pa-
rut fortir d’un trou lequel avoit été
formé par l’éboulement de la terre, je
me baïffai pour mieux voir, j’apper- |
çus de la pierre qui à la vûüe me parut -
propre à batir &e le deflus étoit de certe
glaife particuligre au Pays. Je fus très-
584. Hifloire
fatisfait de m être afluré qu'il yavoit.
de la pierre à bâtir dans cette Colo:
nie, où lon croit quil n'y en
point, parce qu’elle re fort _pas de
terre pour fe déclarer elle-même.
Il n’eft pas étonnant qu'il ne s
en trouve point dans. la baffe- Louis
ce fiane, qui n’eft qu’une terre rapportées
mème fur les par ls vafes; mais il eft bien plus
TER extraordinaire de ne pas voir un cail
Te Jou ni même une petite pierre fur
des Côteaux pendarit l’efpace quelque
fois de plus de cent lieues ; c’eft ce
pendant ce qui eft ordinaire-dans cette)
Province.
Je crois devoir en donnner uné*
raifon qui me paroît affez vraifembla=
ble. ns terre n’a jamais été fouil=
lée, elle eft fort épaiffe au-deflus de
la Glaile : celle-ci qui eft extrêmes
ment dure couvre la pierre qui ne
peut fe manifefler, en étant fi forte=m
ment empéchée ; il n’eft donc poineh ;
fi furprenant que l’on n’apperçoiven
aucune pierre hors de terre dans cesw
Plaines & fur ces Côteaux; fi on
croit en avoir befoin, on ne peut
gueres moins faire que d'aller la trous
| ver. à
Fertilité de Toutes ces terres hautes font ors
d
>
0 7
u _ dela Louifiane. 28F
dindirement des Prairies, & des fu- je terres de
tayes avec de l'herbe jufqu'au génouil : PER
le long des ravines ce font des Bois
fourés dans lefquels on trouve des Bois
de toute efpèce, même des fruits du
Pays.
… Prefque toutes ces terres de PES
font telles que je viens de les décri-
re ; c’eft-à-dire, que les Prairies font-
“ur les Côteaux dont la pente eft
plus douce; on y voit aufli des Fu-
tayes, & les Bois fourrés font dans
Jes bas fonds. Dans les Prairies on
voit de diftance à autre des bofquets
de chênes très-hauts & fort droits,
dont les arbres font au nombre de
quatre-vingt ou de cent au plus; il
y en a dautres d'environ quarante .
ou cinquante, lefquels femblent étre
plantés par main d'homme dans ces
Prairies, & pour fervir de retraite
aux Bœufs, aux Cerfs & autres ani- l
maux , & les mettre à l'abri des orages
_& de Paiguillon des Taons, |
Lies Futayes font prefque toujours
toutes de noyers blancs, ou toutes
. de chênes; dans ces derniers on trou-
ve quantité de morilles, mais en re-
. vanche, il croït une efpèce de cham-
. pignons au pied des noyers coupés,
Bofquetss <
Futayes
Prairies,
simples,
?
286. : He 4
que les Naturels ramaflent avec foin?
jen ai goûtés que j'ai trouvés dé
bon goût; j'étois perfuadé qu'ils né
mangent rien qui ne foit très- fein ;
C au pourquoi je ne fis point de dif:
ficulté de goûter de cette forte de
Champignons.
- Les Prairies ne font pas fculénet
couvertes d’herbes propres au pacas
ge, elles portent encore quantité de
Pare au mois d'Avril; les mois fui-
vans le coup d'œil fe charmant, à
peine voit on l'herbe, à moins que
ce ne foit celle que lon foule aux
pieds ; les fleurs qui {ont alors dans
toute leur beauté, préfente à la vüë
le fpectacle le plus raviflant; elles,
font diverfifiées à à l'infini ; j'en ai res
marqué une en particulier , qui feroit
lornement des plus beaux parterresa
c'eft la gueule de lion dont je par=
lerai.
Ces Prairies fourniffent nèn- full
ment à la vûe de quoi la ravir , ele
les produifent encore en quantité ad
Simples excellentes, ainfi que les fu
tayes, tant pour la Médecine que
pour la Teinture, Quand toutes ces”
herbes font ci & qu'il furvient”
unc petite pluye, des champignons”.
? dela Louifiang 28
d'un très-bon goût prennent la place
% blanchifflent toute la furface de
ces Prairies. Les Naturels ne man-
gent pas plus de champignons que
des morilles
Ces Côteaux én Prairies & ces fu: Gibier:
tâves font abondantes en Bœuf,
Cerfs & Chevreuils, en Dindes, en
Perdrix & en toute forte de gibiers
on y trouve en conféquence des
Loups, des Pichous &e autres bêtes
carnacieres , parce qu’en fuivant Îles
autres animaux, ils détruifent & man-
gent ceux qui font trop vieux ou
trop gras; & quand on y va à la
chañe , ils font certains d’ avoir la cu-
Jrée ; ce qui les engage à fuivre les
Chafleurs.
— Ces terres hautes produifent natu-
none des mûriers dont les feuil-
les plaifent beaucoup aux Vers à foye;
PIndigo y croît de même le long des
bois fourrés, fans culture. Il s ÿ tTOU- pxceilenre
ve aufi du Tabac naturel, à la çul- duterrein de_
ture duquel ainfi que des autres ef- RE
pèces de Tabac, ces terres font très Lache.
propres. Le Coton s'y cultive auffi
à profit ; on y fait venir du Froment
& du Lin plus aifément & meilleur
qu'e en bas vers la Capitale, la serre
Minese
T'eyres de la
Cèvede DER, Par Ja Côte de l'Oueft qui eft Wa
288 | Hifloire.
y étant trop grafle, ce qui fait qu'à
la vérité l'avoine y vient plus bat
que dans les terres dont je parle; mais
ke Coton de même que les autres de
rées n’y font pas fi fortes mi fi ps
nes , & font fouvent de moindre rap-
port pour le proïit, quoique le ter-
rein foit d’une nature excellente.
Enfin cette partie de terre Hat
qui fe trouve à l’'Eft du Fleuve 4
puis Manchac jufqu’à la Riviere d’'Ouæ
bache, peut & doit avoir des ME
nes; on y en trouve de Fer & de
Charbon de Terre tout auprès. Ïl n°
a point d'apparence de mines d'Ar-
gent; mais il pourroit y en avoirs
d'Or, même de Cuivre & de Plomb.
Retournons À Manchac Qi j'ai *
fé le Fleuve ; je le paferai pour
fiter le côté de- l'Oueft comme Ji
fait celui de PER. Je commenceräl
même que celle de PES; on peut
feulement remarquer quelle eft enco-
re plus aride & plus flérile. En ds
tant cette Côte de fable blançu
_criftallin pour aller vers le Nord,
trouve cinq à fix Lacs qui commu
rar les uns aux autres, & qui
font fans doute des refles de la Mer |
Entre
_
E. de la Louifianes 289
Entre. ces Lacs & le Fleuve, eft une
terre rapportée fur le fable & formée
des vafes du Fleuve, comme je l'ai
dit ; entre ces Lacs ce ne font que
des fables, fur lefquelsily a fi peu
de terre que le fond de fable paroit ;
aufh n’y voit-on que peu d'herbes
de pâcages que quelques Bœufs écar-
tés viennent manger: il ny a point
d'arbres , fi l’on en excepte une C6-
te fur le bord d’un de ces Lacs, qui eft
toute couverte de chênes verds ,
qui font propres à la conftruttion
des Vaifleaux. Ce terrein peut avoir
une lieue de long fur une demi-lieue
de large; on a nommé cet endroit
Baratarta, parce qu'il eft enfermé ge
‘ e enters
par ces Lacs & par leurs iffues, ce. Re
qui forme à peu-près une Ifle en |
terre ferme, comme étoit celle dont
Sancho-Pança fut fäit Gouverneur.
Ces Lacs {ont remplis de Carpes
monfirueufes tant pour leur groffeur
que pour leur longueur: ces Carpes
S'échapent du Fleuve & de fon eau
trouble dans le tems de fon débot-
dement, pour chercher une eau plus
claire: ce qui doit étonner, c’eft qu’il
ÿ ait tant de poiflons dans ces Lacs,
ÿ ayant une quantité innombrable de
Tome I, R
290 Hifloire 1
Crocodiles. Il y a dans les environs"
de ces Lacs quelques petites Nation
de Naturels qui vivent en partie de
cet animal amphibie, ù
Entre ces Lacs & les bords au
Fleuve, il fe trouve quelques her-«
bages clairs, entr'autres du Chanvre
naturel qui y vient comme un arbrifs
feau, & très-branchu: il ne doit pass
être “farpr enant que ce Chanvre ait
beaucoup de branches & affez lon,
gues , puifque chaque plante eft trèss
écartée l’une de l’autre; de ce côté,
on voit peu de Boïs, fi ce n'eft en
approchant du Fleuve.
A lOueft de ces Lacs on trouve,
de très-bonnes terres couvertes en:
beaucoup d’endroits de Futayes , dans
lefquelles on peut aifément courir à
cheval; on y trouve du Bœuf fau
vage qui ne fait que pafler, parce
que l'herbe de ce pâcage eft amerê
fous les arbres; ceft pourquoi le
Bœuf prétere l'herbe des prairies
laquelle étant expofée aux rayons du
Soleil, en devient beaucoup plus fæ
voure de e. \.R
En s’éloignant encore plus vets.
POuett, on trouve les Bois bien plus”
fourrés ; sil que ce us eft exs,
de la Louiliane. 20T
trêmement arrofé; on y trouve quan-
tité de Rivieres qui fe jettent dans
la Mer ; & ce qui contribue à la fer-
tilité de cette terre, c’eft la quanti-
té de Ruiffeaux qui tombent dans
ces Rivieres.
_ Ce Pays abonde en Chevreuils &
autre gibier ; il y a peu de Bœufs,
mais 1l promet beaucoup de richefles
à ceux qui l’habiteront, par la bon-
ne qualité de fes terres. Les Efpa-
gnols qui nous bornent de ce côté-
- (à en font affez jaloux : mais la gran-
de quantité de terres qu'ils pofledent
dans l'Amérique, leur a ôté l’idée
d'y faire des Etabliflemens, quoiqu’ils
l’euffent connu avant nous; cependant
ils fe font. donnés des mouyemens
pour traverfer nos deffeins, quand
ils ont vû que nous y penfions. Ils
n’y font point établis: qui pourroit
_ erapêcher que l’on y fit des Etablif-
fémens avantageux Ê |
J: reprensle bord du Fleuve au-def-
fus des Lacs & des terres au-deflus dela
fourche, que j'ai aflez fait connoitre
pour n'être pas des meilleures, & jere-
_ monte vers le Nord pour fuivre le
même ordre que j'ai tenu en don-
Nij
Bonne terre
de POueft,
‘202 Hifhoire
nant la Defcription de la nature des
terres de VER. |
Les bords du Fleuve font d’une
terre grafle & forte, comme j'ai dit
ailleurs ; mais ils font beaucoup moins
fujets à linondation. Si l’on avan-
ce un peu vers l’Oueft, on trouve
des terres qui s’élevent peu-à- peu, «
& font d’une très-bonne qualité; il »
y a même des Prairies que lon pour- «
roit dire n’avoir point de fin, fi elles w
métoient entrecoupées de petits bof «
quets : ces Prairies font couvertes de
Bœufs fauvages & autre gibier, qui.
vivent d’autant plus paifiblement,
qu'ils ne font point chaflés par les.
hommes, qui ne fréquentent nulle-.
ment ces contrées; ni inquiétés par.
les Loups ou les Tigres qui fe tien-
nent plus au Nord. | 2
Le Pays que je viens de décrire.
eft tel que je le dis jufau’au nouveau
Mexique ; il s’éleve aflez doucement,
aux approches de la Riviere Rouge“
qui le termine vers le Nord, jufqu'au
une terre haute qui n’a pas plus des
cinq à fix lieues de large & une lieuew
feulement en certains endroits ; ellek
eft prefque plate, n'ayant que quels!
|
À
+
|
À
"A
)
- de la Louifiane: 293
_ ques buttes à une afflez grande dif-
tance les unes des autres: on y trou-
ve aufli quelques Montagnes d’une
moyenne hauteur qui paroiflent ren-
fermer plus que de la pierre.
Cette terre haute commence à quel-
ques Heues du Fleuve, & continue
ainfi jufqu’au nouveau Mexique: elle
s’abaifle du côté dela Riviere Rou-
ge, par replis, où elle eft diverfifiée
alternativement de Prairies & de Bois.
Le deflus de cette hauteur au con-
traire n'a prefque point de Bois; il
y croit une herbe fine entre les pier-
res qui y font communes: les Bœufs
viennent paître cette herbe, lorfque
les pluyes les chañlent des plaines;
autrement ils n’y vont gueres, parce
_ qu’ils n’y trouvent ni eau ni falpé-
tre. |
On: doit remarquer enpaffant , que
tout le pied fourchu aime extrème-
ment le fel, & que la Louifiane en
général renfèrme beaucoup de falpé-
tre; ainfi on ne doit pas être fur=
pris fi le Bœuf, le Cerf, & le Che-
vreuil ont plus d'inchination pour
certains endroits que pour d’autres,
quoiqu’ils foient fouvent chaflés. On
doit feulement conclure qu'il y a plus
Nu
Salpètres
294 Hiffoire
de falpêtre en ces endroits, quer
|
ceux qu’ils ne fréquentent que rare-
ment: c'eft ce qui m’a fait remar-
quer que ces animaux après leurs ré-
fections ordinaires, ne manquent gue-
res d’aller dans les Torrens où la
terre eft coupée, même dans la glai-
fe ; là ils léchent cette glaile, fur-
tout après la pluie, parce qu’ils y trou- .
vent un goût de fel qui les y attire. La:
plüpart de ceux qui ont fait cette re-
marque s’imaginent que ces animaux.
ul
à
mangent la terre ; ils ne cherchent en. .
ces endroits que le fel qui eft pour eux.
un appas fi violent, qu'il leur fait bras
ver les dangers pour le fatisfaire,
de la Louifiané 05 pe
"a,
CHAPITRE XXIL
ualité des Terres de la Rivicre Rouge :
… Poftes des Nuëtchitoches : Mine d'Ar-
gent: Des Terres de la Riviere Noire.
E s bords de la Riviere Rouge
4 du côté de fon confluent font af-
… fés bas, & quelquefois noyés par les
débordemens du Fleuve ; maisfur-tout |
Je côté du Nord, qui n’eft qu’une terre
marécageufe l’efpace de plus de dix
lieues en remontant aux Naétchito-
ches, jufqu’à ce que l’on ait trouvé la 4:
- Riviere Noire qui tombe dans la Ri- Rivicre Rou-
viere Rouge. Cette derniere prend fon £°-
nom de la couleur de fon fable qui
eft rouge en plufieurs endroits ; on la
nomme auffi Riviere de Marne, nom
que quelquesGéographes lui donnent &
que l’on ne connoit point dans le Pays.
_ Quelques-uns lui donnent le nom de
: Fiviere des Nadtchitoches, parce qu’ils
habitent fes bords : le nom de Riviere
Rouge lui eft demeuré. |
Depuis la Riviere Noire, le côté du
- Nord de la Riviere Rouge n’eft qu’une
Niv
296 Hifloire |
terre très légere, même fabloneufe, où
l'on trouve plus de Sapins que d’autres.
arbres 3 on y voit aufli quelques ma-.
rais 3 mais ces terres, quoïqu'elles ne fe-
_ roient point fkériles.fi on les cultivoit,
ne feroient point des meilleuresselles fe M
foutiennent de la forte vers les bords
de la Riviere, feulement jufqu’au rapi-
de que l’on rencontre dans cette Rivie-
re à trente lieues du Fleuve S. Louis.
Ce rapide n’eft rien moïns qu'un faut ;
il eft vrai qu'on ne peut gueres le re-
=
monter à la rame lorfqu’on eft chargé , «
il faut mettre à terre & tirer. Il me
femble que fi l’on fe fervoit de la Gafe
ou Perche,dontles Mariniers fe fervent
fur la Loire & autres Rivieres de Fran
ce, on furmonteroit aifément cet obfta-
cle ; maïs dans cette Colonie on n’eft
point dans le goût d’inventer ce qui,
peut foulager dans lestravaux ; oneft «
‘{eulement dans lufage de fuivre la rou-
tine donnée par les premiers Habitans.M
qui n’étoient pas afflurément d’habiles
Artiftes. | |
Le côté du Midy de cette Riviere
©. , 9 e A , . /
jufqu’au rapide,eft tout-à fait différent,
du côté qui lui eft oppofé ; il eft un peu M
plus haut, & s’éleve à mefure qu’il ap-
proche dela hauteur dont j'ai parlé 3,
mue de ia Louifiane. 297
… la qualité eft auffi très différente ; cet-
te terre éft bonne & légere, elle pa-
_roît difpotée à recevoir toutes les cul-
tures qu’on défirera y faire, & l’on
peut en toute affurance efpérer d'y
réuffir : elle produit naturellement de
très-beaux Bois francs &.de la Vigneen
abondance, c’eft de ce côté que l’ona
trouvé du. Mufcat. L:s derrieres ont
leurs Bois plus nets, & des Prairies en-
tre-coupées de belles. Futayes : de ce
côté les arbres fruitiers du Pays font
communs, fur-tout les Pacaniers & les
Noyers: cés arbres n’annoncent jamais
une mauval{e terre. |
- Depuis le rapide jufqu’au Na@chi-
toches , les deux côtés de cette Rivie-
re font aflés femblables aux terres dont
je viens de parler. À gauche en re-
montant,.eft une petite Nation que lon:
_ nomme les Avoyelles,& qui n’eft con-
_ nue que par les fervices qu’elle à ren-
dus à la Colonie, par les Chevaux ,
_Bœufs & Vaches qu’elle eft allé cher-
cher au nouveau Mexique pour les
Erançois de la Louifiane. J’ignore. le
fin du Commerce de ces Naturels 3:
mais je fçais que malgré les peines du:
Voyage,ces Beftiaux l’un parmi l’autre,
ne revenojent, tous car &c fortis-
AN Vs
298 Hifhoire .
de leurs mains, qu’à environ deux pifto:
les la piece ; je dois préfumerde là qu'ils M
les ont à bon marché dans le nouveau.
Mexique : ce n’eft point au refte ce qui .
doit nous inquiéter 3.le meilleur eft que:
nous avons à la Louifiane par la voie de.
cette Nation , de très beaux Chevaux |
de l’efpéce de ceux de la vieille Efpa-
gne , lefquels , s'ils étoient dreflés ,.
pourroient monter les premiers Sei-
gneurs de la Cour. Pour ce qui eft des
Bœufs & Vaches, ils font tels que ceux …
de France , les uns & les autres font à
lé \ «
préfent très-communs. dans la Loui-
fiane.
Le côté du Midy n'apporte dans la
Riviere Rouge que de petits ruiffeaux.
Du côté du Nord & aflez près des
Naëtchitoches, eft, à ce que l'ondit, :
une Source d’eau très-falée, qui a qua-
tre lieues feulement de cours. Cette.
Source dès en fortant d® terre, forme
une petite Riviere qui dans les chaleurs:
laiffe du fel fur fes bords : ce qui pour-
roit le faire croire plusaifément, c’eft
que le Pays d’où elle tire fon origine
renferme beaucoup de fel minéral qui
fe manifefte par plufieurs fources d’eau: f
falée , & par deux Lacs falés dont jew
parlerai bien-tôt. Enfin en remontant”
,
l
=
fi
SJ
)
F
|
{ g
\
dela Louifiane. , . . 709
on trouve le Fort François des Nact-
chitoches, bâti dans une Ifle que forme
- Ja Riviere Rouge. |
Cette Ifle n’eft que de fable, & fi fin
que le vent l'emporte comme de la
poufliere;de forte que le Tabac que l’on
ÿ a cultivé dans les commencemens en
étoit rempli : la feuille de Tabac étant
d'un velu très fin retient aifément ce fà-
_ Ble ,que le moindre fouffle porte par-
tout, cequieft caufe que lon ne fait
plus de Tabac dans cetlfle, maïs feules
ment des vivres, comme du Mahiz,
des Patates , des Giraumons, & autres,
aufquels le fable ne peut faire aucun
dommage, ‘
_ M. de S: Denis qui a été lonp-tems
Commandant de cePofte desNactchito-
ches qui ont toujours été amis desFran-
Çois., auroit mérité d’être Gouverneur
_de toute la Colonie ; il étoit auf pru-
dent dans fa maniere de Gouverner
qu’il étoit brave Officier ; il a fçû tou-
te fa vie fe faire aimer &refpecter, tant
des François que des Naturels, Ces
derniers lui étoient fr attachés, que
rien ne leur coûtoit, dès qu'il éroit
queftion de fon fervice. Ces. peuples:
n'ont rien de plus cher que leur liber-
té,& préferent la mort à l’efclavage, &
N vy.
Pofte des
a&chitoches,
+00 Hifloire
même à la domination d'aucun Sou:
_verain , quelque douce qu’elle puiffe.
être. Cependant vingt ou vingt-cinq;
Nations avoient trouvé en la perfonne »
de M. de S. Denis un charme fi puif-
fant , qu’oubliant qu’elles étoient nées:
libres , elles s’étoient données à lui vo-
_lontairement ; les Chefs & le peuple,
tous voulurent l'avoir pour leur Grand
. Chef, enforte qu’au. moindre figneil:
auroit pü fe mettre à la tête de trente:
mille hommestirés de ces Nations , qui:
de leur propre mouvement s’étoient
foumifes. à fes ordres. Il n’eût pas été:
befoin qu'il eût été les trouver lui-mé-
me pour les faire venir, il eût fufhi que:
M. de S. Denis traçât fur le papier une
jambe bien formée & des figures hiéra-.
glyfiques qui euffent défigné la guerre ::
la jambe bien formée le défignoit lui-
même, parce qu’ils. lé nommoient le
Chef à la grofle jambe. Pour défigner
la guerre, on fait la figure d’un cafle-
tête ; pour marquer le tems auquel on a
befoin de fecours, on défigne les mois.
par des Lunes, & les jours de plus par
desT, de cette forte; fr l’on eft preffé
d’avoir du fecours, on marque feule- «
ment autant d'I, qu’il faut de jours pour:
faire Ja route ; on défigne la Nations
| e . ;
de la Louifiane. 30
qu'on veut attaquer par la figure qui:
lüi eft propre. Le nombre des Guer-
riers ne fe marque point , les Chefs des
Nations envoyent leurs Guerriers ;
on fçait ce-que chaque Nation peuten-
fournir , dinfi on fait fçavoir fon inten-
tion à autant deChefs qu’il eft néceflai-
re-pour completter lenombre d’hom-
mes que l’on fouhaite. Les flêches défi-
_gnent auffi la Guerre , mais feulement
pour la déclarer, ce font alors deux:
flêches en Saultoir écrafé.
. Lorfque M. de S. Denis eft mort ;.
tous ces peuples l’ont pleuré & re-
gretté , comme de bons enfans pleure-
roient leur pere ; mais ce qui doit en-
core furprendre dans le changement de
fentimens de ces peuples en faveur de:
M. de S. Denis, c’eft que la plûpart de:
ces Nations font für les terres des Efpa-
gnols, & qu’ils auroient dû plutôt s’at-
_ tacher à eux qu'aux François. Les qua-
lités perfonnelles de. M. de S. Denis,
Pavoient emporté fur toute forte de
confidérations ; &: telle eft la force de
là vertu qui & fait refpecter par tous
les hommes , quoique peu la prati-
quent: J’aurai occafion de parler dans
peu du caractere de ces Peuples, & de:
_ Seux-cienparticulier, à l'égard de M..
1
%
;
302 Hifhoire “ À
de Saint Denis, pour faire voir que leur”
dévouement à ce Commandant étoits
fincere, puifqu'il faifoient leurs efforts:
pour lui rendre fervice à fon infçû com-
me fous fes yeux , avec un défintéreffe-"
ment inconnu parmi les Nations po-
licées. - ;
A fept lieues du PofteFrançois,lesET-,
pagnols en ont établi un,où ils onttou-.
jours réfidé,depuis que M. de la Motte:
Gouverneur de la Louifianne y eût don-
né les mains.Je ne fçais par quelle fatale.
politique cet Etablillement fut afluré
aux Efpagnols , mais je fçais que fans:
les François , les Naturels n’auroient
jamais {ouffert que les Efpagnols s'éra-
bliffent en cet endroit. F
Quoi qu’il en foit,le voifinage de ces
Etrangersyaattiré plufieurs François,
qui fans doute fe font imaginés que les:
pluyes qui venoient du Mexique rou-
loient & apportoient avec leurs eaux:
de l’or,qui ne coûteroit que la peine de:
le ramafler. Mais quelle eff l'utilité de ce
Beau métal, finon de rendre vains &"
pareffeux les hommes, chez qui il eft fs
commun, & de leur faire négliger law
culture dela terre qui eft.la vraierichefss
fe, par les douceurs qu’elle procure 4
l'homme, & par les avantages qu’ellen
k de la Louifiane. 203
lui fournit au moyen du Commerce.
…. Plus haur que les Naëtchitoches
… habitent Îles Cadodaquioux , dont les
villages épars prennent différens noms.
: Aflez près d’un de ces villages, ona
… découvert uneMine que l’ona trouvée Mine d’Ars
. abondante & d’un métal très pur ; j’en gent.
« ai vû l'épreuve, la matiere en ef très-
. fine, Cet Argent eft caché en parties in-
… vifibles dans-une pierre de couleur de
- maron, laqu’elle eft fpongieufe, affez
… légere & facile à fe calciner ; elle rend
cependant beaucoup plus qu’elle ne
. promet à la vüe. L'épreuve de cette
Mine futfaite par un Portugais nommé
Antoine , qui avoit travaillé aux Mi-
nes du nouveau Mexique, d’où, je ne
. f{çais pourquoi, il fe fauvoit ; il paroif-
… foit pofléder fon métier ; il vifita en-
fuite d’autres Mines beaucoup plus au
Nord ; mais il atoujours donné la pré-
férence à celle de la Riviere Rouge,
Cette Riviere au rapport des Efpa- Qu deta
” gnols prend fa fource par les trente- Riviere Rou-
deux dégrés de latitude Nord ; elle #°*
court environ cinquante lieuesau Nord- -
ER, fait un grand coude du côté de
VER , puis de-là en fuivant le Sud-Eft,
qui eft l'endroit où nous commençons.
à la connoïtre,elle vient tomber dans le
Fa
| nn |
304 Hifloire 4
FleuveS. Louis, vers les trente-un dé:
grés quelques minuttes. à
J’ai dit un peu plus haut que la Ki
viere Noire fe déchargeoït dans la Ris
viere Rouge , dix lieues au deflus du
confluent de celle-ci dans le Fleuves
nous allons la reprendre &r la fuivre,
après que nous aurons obfervé que les.
poiflons de toutes ces Rivieres qui
communiquent avec le.-Fleuve, font les.
Terres de lMêmnes quant à l'efpece , maïs beaucoup
RiviereNoire. meilleurs dans la Riviere Rouge & la
Riviere Noire , parce que l’eau de ces
Rivieres eft plus claire & plus vive que
celle du Fleuve, qu’ils quittent tous
jours avec plaifir ; ce goût délicat &
plus fin qu’on leur trouve, peut aufli
provenir des nourritures qu'ils pren=
neht dans ces Rivieres. |
Les terres dont nous allons parler
font au Nord de. la Riviere Rouge son.
peut les diftinguer en deux parties, qui
{ont à la droite & à la:gauche de la Ki-
viere Noire. en la remontant jufques à
fa fource & même jufqu’à la Riviere des.
Arkanfas. Cette Riviere eft nommée-la,
“Riviere Noire, parce que fa. profon-
deur lui donne cette couleur, qui-eftu
encore augmentée par les Bois quida
bordent dans toute la Cobonie. Toutes"
| _ de La Éouifiarie: | 306$
les Rivieres ontleurs bords couverts de
Bois, mais celle ci qui eft aflez étroite,
* les-branches la couvrent & la rendent
d’une couleur noire au premier coup
. d'œil. On lui donne quelquefois le nom
de Riviere des Ouachitas , parce qu’il y
a. cu fur fes bords une Nation de ce
nom, qui ne fubfifle plus : je continue-
rai à la nommer de fon nom ordinaire.
Les terres que fon trouve d'abord
des deux côtés, font bafes & conti=
nuent ainfi l’efpace de. trois à quatre
lieues , jufqu’à ce qu’on ait. trouvé la
: Riviere des Taenfas , ainfi nommée à
caufe d’une Nation de ce nom qui ha-
bitoit. fes bords ; cette Riviere des
Taenfasn’eft à proprement parler qu’un
_ Chenal fait par les eaux du déborde-
. ment du Fleuve. Cette Riviere qui a
fon cours prefque paralléle au Fleuve.
fait la féparation des terres.bañles d’a-
_ vec les Côteaux ; ainfi je ne parlerai
pas des terres qui font entre le Fleuve
& cette Riviere des Taenfas, puifqu’el.
les font les mêmes que dans la bafle.
Louifiane.
Les terres que l’on trouve en ré-
montant la Riviere Noire, font à peu:
près les mêmes entr’elles , tant pour la:
nature du terrein, que pour Jens bon:
“
Fertilité de
ceterrein,
#06. : ‘Et |
nes qualités. Ce font des Côteaux al
longés , qui peuvent être regardés em
généralcomme une très-vaftePrairie dis
verfifiée de petits bofquets, & qui n’efl
coupée que par la Riviere & les Ruif=u
feaux quifont bordés de Bois jufqu’a
leurs fources. Les Bœufs fauvages &
les Chevreuils y font par troupeaux
Aux approches de la Rivierre des Ars
kanfas.les Cerfs & les Faifans commen“
cent à être très-communs ; On y TOUS
ve les autres efpéces de gibier commen
à l'Eftdu Fleuve:il'en eft de même des.
fraifes, des Simples, des fleurs & des
champignons. La feule différence eft
que ce côté du Fleuve ef plus égal ,«
mavant point des-Côtes fi hautes & fi"
différentes du refte du terrein ; pour
ce qui eft des Bois,ils font telslqu’à l'EfEM
du Fleuve, excepté que vers POueft
il y a beaucoup plus En Noyers & deu
Pacaniers,qui font une autre efpece de
Noyer dont les noix font plus ten=
dres, ce quiattire dans ces cantons un
plus grand nombre de Perroquets. Ce M
que je viens de dire eft général à ce.
côté, voyons ce qui lui eft particulier.
de la Louifiane. 307
CHAPITRE XXIII
Ruifleau d'eau falée : Lacs falés: Ter-
res de la Riviere des Arkanfas : Mar-
bre rouge jafpe: Ardoife : Plitre :
Chaffe aux Bœufs : Battures du Fleu-
ve, |
7" ORsQU'OoN a remonté la Rie
L. viere Noireenvirontrente lieues ,
_on trouve à gauche un Ruifleau d’eau
_falée, qui vient de l'Oueft ; en remon-
tant ce Ruifleau environ deux lieues,on
tombe à un Lac d’eau falée, qui peut »
4 qui peut 4
avoir deux lieues de long fur une de
large ; une lieue plus haut vers le
Nord, on rencontre un autre Lac
_ d’eau falée, prefque auffi long & auf
large que le premier,
Cette eau pañle, fans doute, par
quelques Mines de Sel; elle ale goût
de Sel , fans avoir l’amertume de l’eau
de la Mer. Les Naturels viennent d’af-
fez loin dans cet endroit pour y chafleë
pendant l’hyver, & pour y faire du
fel. Avant que les François leur euf-
{ent traités des chaudrons, ils faifoient
4
Ruïifeau'
Eau falée.
Lacs falési
TYndices de .
Mines de Sel,
k
308 Hifloire |
fur le lieu des pots de terre pour cette
Opération: quand ils ont dequoi fe
charger , ils s’en retournent dans leurs
pays chargés dé fel & de viandes fé
chéss | |
Vers l'Ef de la Riviere Noire , on
ne voit rien qui annonce des Mines;
mais à l’Oueft, on diroit qu'il doit
y en avoir, à certaines marques qui
tromperoient bien des perfonnes qui
croyent s’y connoître ; pour moi, je
ne voudrois point garantir qu’il y eût
deux Mines dans cette partie de terre,
qui femble en promettre : je ferois
plus volontiers porté'à croire que ce
font des Mines de Sel, peu éloignées
de la furface de la terre , qui parleurs
efprits voletils & acides , empêchent
les plantes de croître en ces endroits
. Quelques dix à douze lieues plus
baut que ce Ruiïffeau , eft'un Bayouc,
près duquel s’étoient retirés les Nat
chez réchappés par leur fuite , d’être
faits Efclaves avec le refte de leur
Nation , que Meflieurs Perrier dé-
truifirent ou réduifirent en efclavagen
par ordre de la Cour, comme je le
dirai en fon lieu. Je’re fais la def
cription du lieu de la retraite des Nat-
chez , que fur le rapport d'autrui
de la Louif Lanes 309
Mayant pü aller à.cette Guerre.
La Riviere Noire prend fa fource souree de1a
au Nord-Oueft de fon confluent » & RiviereNoiree
raflez près de la Riviere des Arkan-
fas , dans laquelle tombe une bran-
che de cette fource, au moyen dequoi
on peut communiquer de l’une à Pau-
tre avec une moyenne voiture (1).
Au refte cette Riviere Noire feroit en
état de porter bateau par tout , fi elle
étoit nettoyée des bois tombés dans
fon lit, qui la traverfent le plus fou-
vent & tiennent fa largeur. Elle re-
çoit quelques Ruifleaux ; elle abonde
en poitfons exceliens & en ! Crocodiles.
_ Je nai aucun doute que ces terres
ne foient très-propres à rapporter ; &
produire toutes les denrées que jai
dit pouvoir être cultivées avec fuc-
cès du côté de PES du Fleuve , op-
poié à à celui-ci : fi ce n’eft le canton
qui fe trouve entre la Riviere des Ta-
_enfas & le Fleuve $. Louis; cette terre
étant fujette à inondation, ne feroic
bonne que pour le Riz.
Je crois que nous ÉoRane à pré-
Ci
(1) Cette communication dans la Riviere
_ des Arkanfas eft à plus de cent lieues du
Pofte de ce nom,
310 Hifloire ‘4
{ent pafler au Nord de la Riviere des:
Arkanfas, qui prend fa fource dans.
Hausse ; des voifines & à. l'Ef de
viere des Ar. Janta-Fé 5 elle remonte enfuite un peu,
kanfas, au Nord, ; où elle fe rabat vers le
_ Sud un peu plus bas que fa fource ; de
cette forte elle fait prefque une ligne
paralléle avec la Riviere Rouge.
Cette Riviere aune cataracte ou fault
eautrde cure à CEnt. cinquante lieues environ de fon
Riviere. confluent 3 avant d’être arrivé à ce
Carriere de fe ult, on trouve une carriere de Mar
Marbre rouge bre ae jafpé , une d’ardoife & une
A FAR nE de plâtre ; des voyageurs y ont vü
des paillettes d'or dans un petit Ruife
feau ; mais comme ils alloient cher:
cher un rocher d'Emeraudes, ils ne
daignerent point s’amufer à ramafler
ces particules d’or ; le tems étoit pré
cieux , il falloit en profiter pour quels
ue chofe qui en valüt mieux Îa peines
Le Chefde ces Voyageurs étoit ff
Rocher d'E- affuré de trouver ce rocher d’Emeraus
meraude,
des, qu’il prit avec lui un homme qui,
fe difoit Ingénieur , afin que cet hom=
me habile par les connoïffances qu'il
avoit de la Nature, lui facilitat les.
moyens d'enlever ce rocher par gros "4
morceaux. Pour s’aflurer de la réuflite,
ce foi-difant Ingénieur inventa unen
de la Louifriane. 31X
machine qui avoit des reflors très<
forts, puifqu'il falloit deux hommes
pour la tendre : en fe détendant, cette
machine devoit faire le même effet
que les Béliers dont les Anciens fe fer
voient dans les Siéges de Places for-
tifiées ; la tête du côté qu’elle devoir
frapper le rocher en queftion, avoit
la figure d’un À majufcule. Je crois
que fi avec un outil de cette façon
on en eût détaché un morceau un
peu gros, on auroit dû en faire un
srand nombre de petits ; on auroit mé-
\ae réduit en poufliere une trop grande
quantité d’une matiere fi rare & fi pré-
cieufe,
Cette Riviere des Arkanfas eft rem- De gros ba-
“plie de poiflons ; elle a beaucoup d’eau, En PE are
ayant un cours de deux cent cinquante qw'au Sault de
lieues ; elle peut porter de gros ba- 7 Alviere des
teaux jufau’à fa cataracte : fes bords:
font couverts de Bois comme toutes
les autres Rivieres du Pays ; elle re-
-çoit dans fon cours plufieurs Ruifleaux
‘ou petites Rivieres de peu de confé-
‘quence , à moins. que l’on n’ôte de ce
nombre celle que l’on nomme la Ri-
viere Blanche, & qui fe décharge dans
Je courbe de celle dont nous parlons,
& au- deffous de fon fauit.
_
312 Hifioiré SES
Dans tout le ‘Nord de cette Rivie=
Beauté &bon- re/, on trouve des plaines à perte de
ee yûe , qui font des Prairiesimmenfes
ne «entrecoupées de bofquets, & à peu
de diftance les uns des autres ; ce font
tous Bois de haute Futaye ainfi que. de
petites Forêts, .où l'on pourroit aifé-
“ment courit le Cerf: on rencontre dans
ces cantons grand nombre de ces ani-
maux, de même que des Bœufs fauva-
ges ; les uns & les autres vont par
troupes quelquefois de cent cinquan=
te ÿ les Chevreuils y font aufli très-
communs, ue 0)
A force d’avoir vû de ces animaux
qui s’effrayent au moindre bruit, fur-
tout aux coups de fufil,j’ai penfé à une
Chaffe aux maniere de les chaffer, comme l’on dit
Bœufs, que font les Efpagnols du nouveau
Mexique, qui ne les effaroucheroit
point, & qui tourneroit au grand
avantage des Efabitans qui auroient
abondamment de ce gibier dans leurs
contrées : cette chaffe pourroit fe faire:
dans l’Hyver & dès le commencement
du mois d'O&tobre,quelesPrairies font
brülées, jufqu’au mois de Février.
Ans Cette chaffe n’eft ni coûteufe ni in-
Facilité de CR à L
cenxe Chañe. Commode; on a dans ce pays des che=
voa vaux à peu de frais, & on les nour=
rit
É
ee
D. .de la Louifianes 313
rrit de même prefque pour rien ; cha-
:que chaffeur eft monté fur un cheval,
:& eft armé d’un croiffant un peu ou-
vert , dont le dedans doit être bien
‘tranchant ; le haut du déhors-doit avoir
‘une douille pour ‘y mettre une ham-
pe ou manche ; on iroit plufieurs à
Cheval chercher un de ces troupeaux
de Bœufs, on les attaqueroit toujours
le vent au dos. Auffitôt qu'ils fentent
homme, ils fuyent à la vérité ; mais
à la vûe des-chevaux ils modereroient
Jeur frayeur ; ainfi ils ne précipite-
rolent point tant leur courfe , au lieu
que le coup de fufil'les épouvante au
point qu'ils fe fauvent à toutes jam-
bes. Dans la chafñfe dont je parle,
les plus legers fuiroient aflez vite;
mais les vieux, & même les jeunes de
deux ou trois ans font fi gras que leur
1péfanteur les feroit bientôt joindre :
alors le chafleur dreflé frapperoit le
Bœuf de fon croiffant , & en donne-
roit un coup au-deflus de chaque jar-
ret, lui couperoit le nerf & l’accule-
roit facilement ; puis de celui - là
à un autre, jufqu’a ce que l’on en
eût arrêté le nombre que l’on fouhai-
teroit. Le Bœuf ainfi acculé, eft épou-
vanté , il veut fuir & ne peut aller
Tome I,
3 T4 Hifloire
loin 3 tous les efforts qu il fait pour fe
fauver, ne fervent qu’à lui faire per-
dre plus de fang ; il s’'affoiblit, ilrom-
be, il laïfle à à fon ennemi la liberté de
lacheyer à fon aife,
Grafeexwa. Les perfonnes qui n’ont point vû
a des de ces Bœufs , croiront difficilement
: ce que je dis de leur graïfle, mais ils
doivent penfer que des Bœufs qui font
nuit & jour dans des pâturages abon-
dans d’une herbe fine & des plus
friande, doivents engraifler prompte-
ment & dès leur jeunefle ; j'en ai une
preuve certaine dans nos Bœufs do-
meftiques.
fl n’y avoit que peu de Taureaux
dans le Quartier des Natchez , lorf=
qu’on y amena les premieres Vaches,
ce qui fut caufe qu’à l’Habitation de la
Terre blanche, qui étoit près de chez
moi, on en conferva un jufqu’à l'âge de
deux ans ; il commença alors à n’être
plus en état de couvrir les Vaches ; &
fi par hazard il arrivoit qu'il pût fau-
ter fur une , il lui cafloit les reins par
fon extrême péfanteur. On fut obli ligé
de le tuer faute d’avoir quelqu'un qui
fçut couper les mâles : fon col étoit
prefque aufh gros que fon corps, &
cn lui trouva près de cent cinquante
livres de fuif,
__ dela Louifiane. 315
On peut juger par ce que je viens
de dire,quel profit feroient de tels chaf-
feurs fur les peaux & les fuifs de ces
Bœufs; les cuirsenferoientplusgrands utilité de
& mieux nourris, la laine feroit en-°°tt Chafte,
core une augmentation de bénéfice.
Je puis ajoûter que cette chaffe ne di-
minueroit point l'efpèce, ces Bœufs
gras n'étant ordinairement que la proye
des Loups, puifqu'ils font-trop péfans
pour pouvoir s’en défendre.
Al eft vrai que les Loups netrouvez
rolent pas leur compte à les attaquer Te EU
dans le troupeau ; on fçait que les Bou,
Bœufs & Vachesfe rangent en rond,
les plus forts dehors, les plus foibles
en dedans ; les forts aflez près les uns
des autres préfentent les cornes à l’en.
nemi, qui n'ofe les attaquer dans cette
difpofition : maïs les Loups , comme
tous les autres animaux, ont leur inf
tinét particulier pour fe procurer la
nourriture néceffaire, [ls s’en appro-
chent de façon que les Bœufs les
fentent de loin, ce qui les fait fuir :
ils avancent toujours d’un pas aflez
égal, jufqu’à ce que voyant L's plus,
gras eflouffiés , ils les attaquent devanc
& derriere; un des Loups faifit :e Bœuf
par les fuites, le renverfe & les autres
Pétranglent, O ij
3-16. Hifoire
Ces Loups étant plufieurs enfemble ;
n’en détruifent pas pour un feul , mais.
toujours autant qu'ils peuvent avant
de manger ; car c’eft la coûtume du
Loup d’en tuer dix ou vingt fois plûs
qu'ilne lui en faut, fur-tout lorfqu’il
le peut avec facilité, & qu’il n’eft
point inquieté dans fa chafle.
Quoique de Pays que je décris ait
de très-grandes Plaines , je ne prétens
pas donner à entendre qu'il ny ait
point de Côteaux , mais ils y font plus
rares qu'ailleurs , fur-tout du côté de.
V'Oueft : en approchant du nouveau
Mexique, on apperçoit de grands Cô-
teaux @& quelques Montagnes, dont
quelques unes font aflez hautes.
Je ne dois point omettre:ici que de-
puis les terres bafles de la Louifiane , le
Fleuve S. Louis abeaucoup de battures
Battures du de fable en le remontant , qui paroïît
Fluve S très-fec, après que les eaux {e font
retirées à la fin de fon débordement:
ces battures font plus ou moins lon-
gues, il y en a d'une demie lieue de
long,qui ne laiffent pas d’avoir une bon-
ne largeur. J’ai vû les Natchez & au-
tres Naturels fémer une graine qu'ils
nommoient Choupichoul, fur les bat=
tures ; -ce fable n’étoit nullement cul
4
de la Louiliane. 2 17
tivé, & les femmes & les enfans avec
leur pieds couvroient tellement quel-
lement cette graine fans y regar-
_ der de près. Après cette fémaille, :
& cette efpèce de culture , ils atten-
doient l’Automne,& recueilloient pour
lors une grande quantité de cette grai-.
ne : ils la préparoient comme du mil-
let, & elle éroit très-bonne à manger.
Cette plante eft ce que l’on nomme
Belle Dame fauvage , qui vient en tout
pays, mais il lui faut une bonne terre;
_& quelque bonne qualité qu’ait une
verre en Europe , elle ne vient que
d’un pied & demi de haut ; & fur ce
fable du Fleuve , fans culture elle s’é-
léve jufqu’à trois pieds & demi &
quatre pieds, Telle eft la vertu de ce
fable dans tout le haut du Fleuve.
_ Louis, ou pour mieux dire, tout le
long de fon cours , fi l’on en excepte
les terres rapportées de la bafle Loui-
fiane, au travers defquelles il pafle,
:& oùil ne peut laïffer des battures,
parce qu'il eft refferré dans fes bords,
qu’il éléve lui-même , & qu'il augmen-
te continuellement. |
Dans tous les bofquets & les peti-
tes. Forêts dont j'ai parlé, & qui font
au Nord de la Riviere des Arkanfas,
| O ii
318 _ Hifloire |
les Faïfans , les Perdrix, les Bécafles
& les Bécaffines font en fi grand nom-
bre, que les plus friands de ce gibier
auroïent dequoi fatisfaire leur appetit,
de même que de tout autre efpèce de
gibicr. Les petits oifeaux y {ont en-
core infiniment plus nombreux,
RES
de la Louïfiane. 39
CHAPITRE XXIV.
Des terres de la Riviere de S. Fran:
çois : Vline de Maramec € autres :
Mine de Plomb : Pierre tendre fem-
blable au Porphyre: Des terres du
Miffouri : Des terres qui font au
Nord de Ouabache : Des terres des
Tilinois : Mine de la Mothe & au-
tres,
FE RENTE lieues plus haut que la
Rivicre des A rkanfas , au Nord
& du même côté de cette Riviere,
on trouve celle de S, François; fes
environs font toujours couverts de
Chafle aux
Bœufs fur
Riviere de
troupeaux de Bœufs, malgré les chaf- François.
fes qu’on leur fait tous les hyvers dans
ces cantons ; car c’eft dans cette Ki-
viére , c'eft-à dire aux environs, que
les François & les Canadiens vont faire
provifion de viandes falées pour les
Habitans de la Capitale & des Ha
_ bitations voifines ; ils fe font aider par
des Naturels Arkanfas qu'ils louent
pour cet effet. Quand ils font fur les
Lieux , ils choififfent un arbre propre
NM.
?
ja '
€
NA
Terres de la
Riviere de S,
François.
Ni
‘à
320 Hifloire
pour faire une Pirogue qui Jeur fert:.
de faloir dans le milieu É qui eft fermé
par les deux bouts, où il ne refte que
la place d’un homme à chaque extré-
mité. |
Les arbres qu’ils choififfent font or-
dinairement des Liards qui croiflent:
au bord de l’eau ; c’eft un boïs blanc,
tendre & liant. Ils pourroient faire.
leurs Pirogues avec d’autres bois
puifqu’il s'en trouve d'aflez gros; mais
les bois font ou trop péfans pour des-
Pirogues , ou fe fendenttrop aifémient:
pour laiffer des féparations.
L’efpèce de Bois dans cette partie:
de la Louifiane eft de Chênes en Fu
tayes ; les campagnes abondent en-
Noyers de quatre efpèces , fur-tout:
en Noyers noirs,que l'on nomme ainfi,.
parce qu'ils font fi bruns qu’ils en font:
prefque noirs: ceux de cette efpèce.
deviennent très- gros.
ya d’ailleurs dans ces pays des:
arbres Fruitiers . & c’eft A que Pon.
commence à trouver communément
des Afminiers:; il s’y trouve auffi d’au-
tres arbres de toutes efpèces, plus ou
moins, felon que le: terrein leur eff:
favorable. Ces teries en général font
propres à produire tout ce que les ter: :
=)
F” " net
à Tate Bee
Re
Ja \
res baffes peuvent rapporter , à l’ex-
ception du Ris & l’Indigo : mais en
revanche le Froment y vient très-bon,
Mone sy rencontre par tout, les
Müriers y font en abondance, le Tabac
y devient beau & d’une bonne qualité ,
de même que le Coton & les Lé-
gumes, de forte qu’en menant une
de: la Louifiane: EE d
_vieaifée & délicate dans ces Contrées,
on peut encore s’afsûrer d’un retour
aflez gracieux en France,
La partie de Terre qui eft entre le:
Fleuve S. Louis & la Riviere de S.
François, eft pleine de Côteaux & de
Montagnes d’une moyenne hauteur,
lefquelles, fuivant les indices ordi-
naires , renferment plufieurs Mines :
on en a éprouvé quelques-unes , en-
tr'autres celle qu’on nomme Maramec
fur la petite Riviere de ce nom ; les
autres Mines ne paroïffent ni fi abon-
dantes ni fi faciles à exploiter; il
en a quelques unes de Plomb , & d’au-
Mines d’Ar-
gent, de Cui-
vre, de Plomb.
tres de Cuivre, à ce que l’on prétend.
Ea Mine de Maramec eft aflez près
du confluent de la Riviere, qui luia
donné fon nom ;#ce feroit un grand
avantage pourceux qui y travaille-
roient , parce qu'étant près du Fleu-
ve, ils pourroient aifément: recevoir:
NS
QD y.
ak ONU
les marchäfidifes d'Europe, dont ils:
auroient befoin ; elle eft fituée à cinq
_cens lieues environ de la Mer (x).
N Es du Je continuerai à POueft du FRuve:
Ses eaux trou: S. Louis , & au Nord de la fameufe
bles, Riviere du Mifouri que nous allons:
pañler. Cette Riviere prend fa fource
à huit cens lieues, à ce que l’on aflu=
re , de l'endroit où elle fe décharge
dans le Fleuve de S. Louis : fes eaux
font limoneufes , troubles & chargées
de nitre ; ce font les eaux de cette
Riviere qui rendent troubles celles du.
Fleuve S.. Louis jufques à la°Mer 5
. car le Fleuve S, Louis eft trés-clair
au- deffus du confluent du Miffouri ; la
raifon en eft que le premier roule fes:
eaux fur le fable & une terre aflez fer-
me, lautre au contraire conduit fes:
eaux au travers des terres grafles, &
Terres dû où l’on voit peu de pierres ; & quoi-
Mifouri. LT. Might Da
que le Miflouri forte d’une Montagne: .
qui eft vers le Nord Oueft du nou-
veau Mexique , on rapporte que tou-
tes les terres par lefquelles il pañle ,,
font pour la plüpart des terres grafles,
comme doivent êfre celles-ci ; c’eft-
(1) Cette Mine eft d'Argents.
SES
tire fon nom d'une Nation qui habite
fes bords ,. & que l’on nomme les Ofa-
ges: elle fe jetre dans le Miflouri aflez
: près de {on confluent.
We lacHugirane. 284 ,
dire des Prairies bafles & des terres
fans pierres. À ar
Cette grande Riviere , qui femble
vouloir difputer Pempire au Fleuve S. one Le:
Louis , reçoit dans un cours fi long Mifoui,
quantité de Rivieres & de Ruifleaux,
qui augmentent confidérablement le
volume de fes eaux : mais excepté cel.
les qui ont reçu leurs noms de quel-
que Nation des Naturels qui habitent
fur leurs bords , il y en a très-peu du
nom defquelles on puifle être afsûré,
parce que chacun de ceux qui les ont .
vûües, leur ont donné des roms diflé-
rens. Au refte les Mifouris n'ayant été
remontés par les François que lefpace
d'environ trois cens lieues au plus, &:
As , A
que celles qui: fe déchargent dans fonlic
ne font connues que des Naturels, il
importe peu de fçavoir les noms qu’el-
les peuvent porter à préfent, étant
d'ailleurs dans un pays auffi. peu. fré-
quenté que celui-là. La: plus connue
des Rivieres eft celle des Ofages , qui
Riviere dés:
Ofagese
La plus grande Riviere-conue qui.
tombe dans le Miflouri,. eft la Rivie-
: O vj.
é 324 Hifloiré.
re des Canzez: elle a près de deux :
cens lieues de cours dans un très: beau:
pays. Suivant ce que j'ai pû appren-.
dre du cours de cette grande Rivie-
re, elle court depuis fa fource juf--
qu'aux Canzez de l’Oueft à: l'Eft ;:
depuis:cette Nation elle fe précipi-
te vers le Sud, où ellereçoit la Ri--
Riviere dés viere des Canzez, qui vient de lOuefts:
Vanzez. x lip . ;
| à elle fait un grand coude qui finit.
dans lé voifinage. des Miflouris', re-
prend enfüite fon cours vers le Sud-
Eft, pour perdre enfin fon nom avec
fes eaux dans le Fleuve. S. Louis à
quelques: quatre lieues plus bas que.
la Riviere des Illinois.
Fort duMi Il y a eu pendant quelque téms un:
fouie Pofte François dans une Ifle de quel-
ques lieues de long vis:à-vis les Mif-
fouris 3’ les François avoient établi ce:
Fort à la pointe de l'E: on le nom-.
moit le Fort d'Orléans. M. le Che-
valier de Bourgmont ÿ a commandé:
affez de tems pour gagner l’amitié des
Naturels des Pays voifins de. cette:
grande Riviere; il avoit mis en paix.
toutes ces Nations, qui avantfon ar-
rivée étoient toutes en guerre 5. ces.
Nations du Nord étant toutes beau-
coup plus belliqueufes que. celles du:
uds:
— de la Louifiane. 32%:
_ Depuis le départ de ce Comman-
. dant, ils ont égorgétoute la Garni- PE US
fon ;; aucun: Pränçois n'ayant pô en cepoñe. |
échapper pour en rapporter la nou-
vélle , on n’a pû fçavoir ff c’étoit la-
faute des François , ou s'ils l’ont fait
par pure trahifon.. RTE UE
Pour ce qui regarde. la: qualité de
_ ce Pays, je laifle au Lecteur à s'en
_inftruire dans un Extrait que j'ai fait.
en abregé’du Voyage de M. de Bourg-
mont aux Padoucas; je le-dcnnerai dans
_ da fuite de cet Ouvrage, après que j’au-
rai parlé. de l’origine des Peuples de:
PAmérique. C'eft une Rélation origi-
ginale , & fignée de tous les Officiers
qui l’accompagnoient , & de plufieurs:
autres qui. étoient du Voyage: j'ai crü:
qu’un Journal de Voyage donné au
long pourroit ennuyer ; mon inten>-
tion n’étant que de. communiquer au.
Public ce qui peut lui être utile, je:
me fuis contenté d’extraire.ce qui-pou-
voit concerner le caratéré de ces Peu-
ples , là qualité du terrein, & de tra.
cer la route à céux qui auroient l'envie:
d'y voyager. | a ee
Dans ce Voyage de M. de Bourg=
mont, ilneft fait mention que de ce
que l’on rencontre depuis le Fort d'Or:
3; 56 | Hifloire
léans, d'où il partit pour aller aux Pa:
doucas ; ainf1 je dois parler d’une chofé
Pierre très
tendre fembla
ble au Por-
phyre
aflez curieufe pour être rapportée, &
qui fe trouve fur le bord du Miflouri,
On y voit un Ecore affez haut, mais
fi droit du côté de l’eau, que le rat le
plus agile ne pourroit y monter : du
milieu de cet Ecore fort une mafle de
de pierre rouge mouchetée de blanc,
comme le Porphyre ; il y a cette dif-
férence , .que celui dont nous parlons
eft prefque tendre comme du tuf ; ïl
éft couvert d’une autre qualité de
pierre qui n'a nul mérite, le deffus
eft une terre comme fur les autres Cô-
teaux. Les Naturels du Pays qui con-
noiflent ce que peut valoir celle-ci,
ont imaginé d’en détacher des parties:
à coups de fléches; ces morceaux tome
Bent dans l’eau, & ils vont les cher-
cher en plongeant : lorfqu’ils peuvent
en avoir des morceaux aflez gros pour
en faire des Calumets, ils les fâcon-
nent avec des couteaux & des aléness:
cette pierre fe travaille aifément &
fouffre la violence du feu ardent. On
nomme Calumet , une pipe qui'a une
douille de deux ou trois pouces de:
long , & au côté oppofé la figure.
d’une hache ; au milieu du tour,
:
RE
sé Lu ,
| de la Louifane. g2%
Botte dela pipe pour mettre le tabac:
ces fortes de pipes font très-eftimées
parmi eux. |
Tout le Nord du Miflouri nous eff
totalement inconnu, à moins qu'on ne
veuille s’en rapporter aux diverfes Re-
Jations que différens Voyageurs en ont
faites ; mais auquel donner la préfé-
rence © En premier lieu ils fe contre-
difent prefque tous : je vois d’ailleurs
Tes plus experts les traiter de fourbes :
ainfi j'aime mieux ne m’arréter à aucun.
J'ai cependant fait ce que j’ai pü pour
tirer quelques lumieres de ces Voya-
geurs que j'ai fréquentés & connus
vVéridiques ; mais c’étoit par malheur
des géens fi grofliers , que ce qu’ils
m'ont dit, ne mérite point d’étreécrit.
Ce que j’ai trouvé de mieux à ce fujet',
me vient dun Naturel, qui étoit né
avec tant d’efprit & d'amour pour les
Sciences , qu'il auroit mérité de re-
cevoir une autre éducation. Je le rap-
porteraï en fon lieu, Pet cé faire
connoitre des Pays que les Européens
ne connoiflent point, que pour faire
voir ce que les Naturels font capables:
d’entrepreridre, & que l’efprit eft de
tout Pays comme de tous Etats.
Repañlons donc maintenant le Fleu:
358 Hire
ve S. Louis , pour reprendre la Def-
cription de terres qui font à PEft,
& que nous avons quittées à la Riviere’
Riviere d’Oua- d'Ouabache. Cette Riviere eft éloi-
es gnée de 460 lieues de la Mer: on efti-
me qu’elle a quatre cens lieues delong ,. :
depuis fa fource jufqu’à fon confluent
dans le Fleuve. On la nomme Oua-
bache , quoique fuivant lufage ordi-
naire, elle devroit porter ke nom d O-
hyo , ou belle Riviere , puifqué l’O-
hyo eft connu fous ce nom en-Cana-
da, avant que fon confluent fût com
nu 5-& comme l’Ohyo prend fa fource
plus loin que les trois autres, qui fe
confondent enfemble avant que de fe:
décharger dans le Fleuve S. Louis, il
devroit faire perdre le nom aux-au-
tres ; mais l’ufage a prévalu dans cette.
occafion. La premiere Riviere qui fe:
jette dans POhyo, & qui nous foit
connue, eft celle des Miamis qui prend”
Voyage di fa fource vers le Lac Eriés
us. &° C’eft par cette Riviere des Miamis-
| que les Canadiens viennent à la Loui-
fiane.. Pour cet effet ils s’embarquent
fur le Fleuve S: Laurent , remontent
ce Fleuve , pañlent les Cataractes juf-
qu'au fond du Lace Erié, où ils trou 4
vent une petite Riviere, fur laquelle
ils remontent aufli jufqu'à un endroit:
k
|
!
Li
… Capitale du Canada à celle de la Loui-
fiane, par les-grands dérours qu’il faut
de la Louifiane. 32 9
. que lon nomme le Portage des \ia-
. mis. Ils ne montent plus dès qu'ils y
. font arrivés; ils vont au Village des
.Miamis chercher des Naturels de cette’
Nation, quiviennent prendre leurs ef-
fets, & les tranfportent fur leurs dos à:
deux lieues de-là jufques fur le bord
æ
CL
de la Riviere de leur nom que je viens:
de dire fe jetter dans l'Ohyo: de-là.
ls defcendent cette Riviere, entrent:
dans lPOuabache , & enfin le Fleuve’
$. Louis qui les conduit à la nouvelle
Orléans, Capitale de la Louifiane :
on compte dix-huit cens lieues de la’
faire. |
La Riviere des Miamis eft ainfi la
premiere du côté du Nord qui fe jette
dans l’'Ohyo , .enfuite celle des CHaoua-
nons au Midy , & enfin ceile des Ché-
raquis ;: lefquelles toutes enfemble fe
Riviere des
Miamis, celle
des Chaoua-
nons ,-cellè.
des Chéraquiss.
jettent dans le Fleuve S. Louis ; c’eft
ce que nous pommons l’Ouabache , &
que l'on nomme Ohyo en Carada 8e
dans la Nouvelle Anpgleterre. Cette
Riviere eft belle, très. poiffonneufe &:
navigable jufques près de fa fource.
Au Nord de cette Riviere eft le:
Canada , qui prend plus à PEft que.
330 Fiftoire | |
la fource de l'Ohyo, & s'étend juf-
qu'au Pays des Illinois. Il importe peu
de difputer ici des limites de ces deux
Colories voifines , puifqu’elles appar-
tiennent toutes deux à la France ; ainfi
le Roi eft le maitre de fixer fes bornes
dans les endroits & dans le tems qu’il
jugera à propos. Les terres des Illi-
nois font reputées de la Louifiane ;
nous y avons un Pofte près d’un Vil-
lage de cette Nation que l’on nomme
Tamaroüas. ;
Le Pays des Hlinois eft très-bon ;
il abonde en Bœufs & autre gibier,
C’eft au Nord de l'Ouabache que lon
commence à voir les Orignaux : on
dit que ces animaux tiennent du Cerf
& du Bœuf; en effet, on me les a dé-
peint d’une nature beaucoup plus grof-
fiere que celle du Cerf ; leur boîs tient
quelque chofe du Cerf, mais:il eft plus
€ourt & plus maflif; la viande en eft,
dit-on , aflez bonne. Les Cygnes font
communs dans ces contrées, de même
que les autres Oifeaux aquatiques.
Des Terres De toute la Colonie, le Pofte Fran.
des Minois, çois des Illinois eft celui qui fafle le
plus ailément du Froment , du Seigle,,
& autres grains qui approchent de Îa
nature de ceux-ci ; il ne faut qu'un
es
4
de la Louifiane. 23%
peut grater la terre avant les {émail Froment é5:
Îes ; cette culture fi facile fuffit pour n°
que la terre en produife autant que l’on
peut naturellement en défirer : on m’a
affuré que dans la derniere Guerre les
farines de France étoient rares, les [l-
linois en defcendirent à la Nouvelle
Orléans plus de huit cens milliers dans
un feul hyver. IL y vierit aufli du Ta-
bac, mais il a de la peine à mürirs.…
toutes les plantes qui y font trarfpor:
tées de France y réufliffent bien, ainfi.
que les fruits. |
Il y a dans ces Paysune Riviere qui Riviere des
prend fon nom des Illinois ; c’eft par Hfinoise
cette Riviere que les premiers Voya-
seurs font venus du Canada dans le
Fleuve S. Louis : ceux qui venant du
Canada n’ont affaire qu'aux Illinois, y
pañlent encore : mais ceux qui veulent
fimplement aller vers la Mer ; defcen-
dent par la Riviere des Miamis dans
FOuabache , & de-là dans le Fleuve.
T1 fe trouve des Mines dans ce Pays;
il y en a une nommée la Mine de la
Mothe ; c’eft une Mine d'Argent, de
laquelle on a fait l'épreuve. de même
que de deux Mines de Plomb, qui
étoient fi abondantes lorfqu’on les a
|
trouvées, qu'elles végétoient au moins
d’un pied & demi hors de terre.
Tout ce qui eft Nord de la Riviere
des Illinois n’eft pas beaucoup fréquen-
té, & par conféquent peu connu. La.
grande étendue de la Louifiane fait pré-.
fumer que ces Cantons ne viendront
de long-tems à notre connoiflance , à
moins que quelque curieux n’y aille
pour ouvrir des Mines que l’on dit y
être en bon nombre & de grand rap-
porte | |
Des Mésres : Du choix des Nècres : De
leurs maladies : De la maniere de les
traiter pour les guérir Dela maniere
de lesgouverner. ie rer
L Es Négresfaifant tousles travaux
À; de PAgriculture , fur-tout de la
Bañle-Louifiane, il me paroït très-im-
. portant de dire à leur fujet tout ce qui
peut inftruire les perfonnes qui vou-
droient s’y aller établir. |
- Les Négres font une efpèce d’hom:
mes qu'il faut gouverner autrement
que les Européens , non pas parce
qu'ils font noirs, ni parce qu'ils font
Éfciaves , mais-parce qu’ils penfent tout
autrement que les Blancs. |
_ Premierement on les previent dès
enfance que les Blancs ne les ache-
tent que pour boire leur fang ; ce qui
vient de ce que les premiers Négres
qui ont vû les Européens boire du vin
de Bordeaux, fe font imaginés que ce
vin étoit du fang, parce qu'il eft d’un
rouge foncé, de forte qu'il n'y a que
de la Louifiane. : 335
1 Fa]
n [542
Hifhoire : 4
Vexpérience du contraire qui puifle
les difluader ; mais comme ilne revient
aucun de ces Efclaves expérimentés
dans leur Pays, le même préjugé refte
toujours en Guinée , d’où on les tire.
Bien des gens qui ne font point au fait.
de la maniere de penfer des Népres,
Â
croirolent que cet avis importeroit peu:
pour ceux qui font déja vendus chez
les François. Cependant l'on en a vû
arriver de fàcheufes fuites , fur-tout
s’ils ne trouvent aucun ancien Efclave
de leurs Paysen arrivant de chez-eux,
Quelques-uns d'eux fe font tués ou
noyés plufieurs ont déferté, (ce que l’on
nomme fe rendre Maron ) & cela dans
Pappréhenfion qu’on ne bôût leur fang.
Dans ce cas de défertion ils penfent re-
tourner dans leur Pays, & pouvoir vi-
vre dans les Bois avec les fruits qu'ils
croyent par-tout aufll communs que
chez-eux ; d’ailleurs ils croyent qu’ils
trouveront leur Nation en tournant
autour de la Mer, ce qui n’eft pas fur-
prenant , ces peuples étant très-bornés
du côté des Sciences.
Ils font très fuperftitieux & atta-
chés à leur préjugés & à des colifichets
qu’ils nomment des gris-gris ;ainfi il ne
les leur faut point ôter ni leur en par-
K?
M
“
de la Liste Ne
Aer, parce qu ils fe croiroient perdus fi
on leur Ôtoit ces minuties; les anciens
Négres Efclaves les défabufent en très
peu de tems.
La premiere chofe que vous devez
faire lorfque vous achetés des Néores,
_c'eft de les faire vifiter par un habile
| Chirurgien & honnête homme, pour
| connoître s’ils n’ont point quelque ma-
ladie vénérienne ou autre : pour cet
effet on les fait mettre nuds comme la
main, {oit homme, foit femmes ; onles
vifite depuis Ja plante des pieds juf-
qu’au fommet de la tête, enfin entre
les doigts des pieds & des mains, dans
la bouche, dans les oreilles, fans ex-
cepter les endroits naturellement ca-
chés , quoiqu’ils foient alors à décou-
L vert.
Vous demanderez : à votre Chirur-
gien Vifiteur s’il connoît la maladie des
Pians, c'eft le virus de Guinée, qui
‘ef incurable pour beaucoup de CH
rurgiens François quoique très-habiles
dans les maladies des Européens ; ; mais
prenez garde d'y être trompés, car
votre Chirurgien le pourroit être lui-
même ; ceft pourquoi foyez-y vous-
même, & remarquez bien fi fur toutes
RON ae NT. =
ESS À.
-3:3 6 _ Hifloire Pa +
les parties du corps du Négre vous ne.
-voy:z pas quelques endroits de la peau
du Népre ou de la Négrefle, qui, quoi-
que très noir , foit aufli uni qu’une
glace de miroir & fans aucune éléva-
tion ou tumeur : cela eft aifé à remar-
.quer , parce que toute la peau d’une
-perfonne qui va nue efk ordinairement
ridée. Aïnfi vous le pouvez rebuter fi
vous voyez ces marques 3 il y a tou-
jours aux ventes des Négres arrivans,
des Chirurgiens experts qui les ache-
tent ; plufieurs même y ont fait fortu-
ne : maisils ne mettent leur fecret en
pratique que pour eux. Le fcorbut eft
encore une maladie mortelle, & dont
plufieurs Négres venant de Guinée
{ont attaqués ; l'onla connoiït aux gen-
cives, mais quelquefois cette maladie
eft fi invétérée qu’elle-fe déclare exté-
rieurement : alors il y a peu deremede.
Si cependant quelqu'un de mes Lec-
teurs avoit ie malheur d’avoir quelque
Négre attaqué de lune de ces mala-
dies, je vais lui enfeigner de quoi les
fauver en les mettant en état de pou-
voir être radicalement guéris par les
Chirurgiens ; car je ne veux pas me
brouiller ayec ceux-ci : j'avertis que
j'ai
CAS
de la Louifiane? 557
ai appris ce fécret d’un Medecin Né-
gre qui étoit fur l’'Habitation du Roi,
quand j'en pris larégie.
Ê Ê dr
Il ne faut, jamais mettre le fer dans
le Pian, il feroit même mortel de s’en
fervir 3 mais pour parvenir à.ouvyrir le
Pian, vous prendrez de la rouille de
fer réduite en poudre impalpable &
paflée au tamis fin ; vous détremperez
enfuite cette poudre avec du jus de Ci-
tron, jufqu’à ce qu'il foit en confif-
_tence d’onguent, que vous étendrez
fur un linge graïflé de vieux-oin, ou de -
. fain-doux frais, fans {el , faute d’autre 3
vous appliquerez Ponguent fur le Pian
& le renouvellerez foir & matin : de
cette forte le Pian fera ouvert en très-
peu de tems & fans aucune incifion.
L'ouverture étant faite, vous pren-
_drez du-fain-doux fans fe], gros com-
me un œuf d'Ovye , dans lequel vous in-
corporerez une once de bonne Théré-
bentine ; après quoi ayez un gros de
Ver de-gris pulvérifé & trempé demie
journée dans de bon vinaigre,que vous
vuiderez par inclination avec les ordu-
res qui furnageront ; égoutez bien le
Ver-de-gris far un linge, puis vous la-
joûterez avec le refte. T'outesces Opér
rations fe font fans l’aide du feu. Tous
Tome I, P
Pour le Scor-
but.
338 Hifhire
étant bien incorporé enfemble avec un
fpatule , votre onguent fera fait , vous .
en penferez le Pian; puis après faites
füer votre Négre le plus que vous pour-
rez, & il fera guéri. Sur-tout prenez
bien garde que votre Chirurgien ne le
traite avec du Mercure, comme j'en
ai vüs, ce qui les fait mourir.
À l’égard du Scorbut , il n°eft pas
moins à craindre que les Pians; cepen-
dant vous en viendrez à bout, fi vous.
faites exactement ce qui fuit.
Prenez du Cochlearia , fi vous en
avez quelque plantes, du Lierre ter-
reftre que plufieurs nomment l'herbe
dÊS. er , du Creflon de fontaine ,
ou de ruiffeau , faute du premier, &.
au défaut de Creflon d’eau, fervez=
vous de Creflon fauvage ; prenez de
ces trois herbes ou de ces deux der-
nieres, fi vous n’avez pas de Coch-
learia , pillez-les, &c les arrofez avec
du jus de Citron pour en faire une
pâte liquide que le Scorbutique tiendra
fur fes deux gencives en tout tems,
excepté lorfqu’il mangera , jufqu’a ce
qu’il ait les gencives bien nettes.
” Dans le même tems vous ne lui laïf-
ferez boire que de la tifane , compofée
de deux poignées des herbes que je
Me ser
il de la Louifiane: 339
viens de nommer; vous les pillerez tou-
tes entieres après avoir lavé la terre
qui peut tenir aux racines, Où qui peut-
fe trouver ailleurs: joignez-y un Ci.
tron. frais coupé par rouelle & pillé
avec ces herbes ; vous mettrez tremper
ces herbes avec le Citron dans une pin-
te d’eau pure mefure de Paris ; mettez
le tout dans une terrine avec gros com-
me une bonne noïfette de fel de nitre
en poudre & purifié ; vous y mettrez
auffi un peu de caftonnade , afin que ce
Negre ne fe dégoûte point fi aifément.
Après avoir trempé du foir au lende-
main, vous tirerez cette tifane & la.
_ pañlerez en exprimant fortement; le
cout fe fait à froid ou fans feu: telle
»eft la dofe pour une bouteille d’eau
.mefure de Paris. Mais comme le Ma-
-lade en doit boire deux pintes par
jour, vous en pouvez faire plufieurs
pintes à la fois fur cette proportion,
-& continuer aflez long-tems.
Dans ces deux maladies il faut bien
“nourrir les Malades & les faire fuer ;
ce feroit sabufer de croire qu’il faut
qu'ils fafñlent diéte; il faut donner
de bons alimens, mais peu à la fois;
un Negre non plus qu’un autre ne
peut foutenir les remedes avec des
: P ij
340 Hifloire
mauvais alimens, encore moins ‘avec
la diéte, mais il faut en proportion
ner la quantité à l’état du Malade &
. à la qualité de la maladie : au refte
les bons alimens font la meilleure par-
tie des remedesaux gens qui font nour-
ris grofiérement. Le Negre qui m'a ap-
pris ces deux remedes, voyant le foin
que je prenois des Negres & Negrefles,
apprit aufli-à guérirtoutes les mala=
dies aufquelles les femmes font fujet-
tes, car les Negrefles n’en font pasplus
exemtes que les Blanches. -
Maniere de gouverner les Négres.
uand un Negre ou Neprefle arri-
ve chez vous, :il efl-à-propos de le ca-
reffer, de lui donner. quelque chofe de
bon à manger avec un coup d’eau de.
vie 3 il eft bon de l’habiller dès le même:
jour , de lui dennerune couverture &a
de quoi le coucher ; je fuppofe que les!
autres ont été traités de même, parce
que ces marques d'humanité les flattent
& les attachent à leurs maîtres. S'ils!
font fatigués ou affoiblis de quelques!
voyages ou maladies, faites-les travaillet
peu, mais occupez-les toujours tant
qu’ils peuvent le fupporter, fans le
de la Louif ane. 341:
Jaïffer jamais oififs hors des repas. Avez
foin d'eux dans leurs maladies, tant pour
les rémedes que pour les alimens, qui
doivent être plus fucculens Es da
dont ils ufent ordinairement ; vous y
êres intereflé , tant pour leur conferva=.
tion que pour vous les attacher ; car
quoique plufieurs François difent que:
les Negres font ingrats , j'ai éprouvé’
qu'il eft très- -aifé de fe les rendre affec=.
tionnés par les bonnes façons, & en:
leur faifant juftice ,. comme je le diraï:
ci-après.
Si une Nesreffe accouché, Eire
foigner en tout ce qui lui fera néceflai-
rè; & que votre époufe, fi vous en
ayez une , ne dédaigne pas d’en pren-
dre foin elle-même , du moins d'y avoir
l'œil.
_ Un Chrétien doit avoir attention
que ces enfans foient batifés, & inf
truits , puifqu'ils ont une ame immor-
télle; on doit algrs faire donner à
la: mere une demie ration de plus &.
une chopine de lait par jour, pour:
l'aider à nourrir fon enfant.
La prudence demande que vos Ne.
gres foient logés à une diftance fuf-
fifante pour n’en être pas incommos:
dé, cependant aflez près pour s’ap=-
P'üÿ
342 * Hifhoire ie
percevoir de ce qui fe pañle parmi
eux. Quand je dis qu'il ne faut pas
les mettre fi près qu’ils puiffent vous
incommoder, j'entens par la puan-
eur qui eft naturelle à quelques Na-
tions de Negres, tels que font les Con-
gos , les Angois , les Aradas, & au-
tres ; c’eft pourquoi il eft à proposqu’il
y ait dans leur Camp un Baignoir de
madriers enfoncés en terre d’un pied,
ou d’un pied & demi au plus, qu'il ny
ait jamais plus d'eau que de cette pro-
fondeur , de peur queles enfansne sy.
noyent : il faut en outre qu'il y ait des
bords, pour que les plus petits n’y puif-
fent entrer ; il faudroit une mare au-.
deffus & hors du Camp pour fervir à y
entretenir de l’eau & à nourrir du poii-
fon. |
Ce Camp des Negres doit être
fermé de paliffades avec une porte
fermante à clef: les cabanes doivent
être ifolées, à caufe du feu, & ti-
rées au cordeau, tant pour la propre-
té que pour la facilité de connoïtre
les cabanes de chaque Nepgre ; mais
pour être moins incommodé de leur
odeur naturelle, il faut avoir la pré-
caution de mettre ce Camp au Nord
de votre maifon, ou vers le Nord-
4 de la Louifiane. 343
Eft, parce que les vents qui fouf-
flent de ces côtés-là ne font jamais
fi chauds que les autres, & que ce
n’eft que quand ils ont chaud qu'ils
€xhallent une odeur infuportablæ
_ Ce que je viens de dire fur l'odeur
des Negres qui fentent mauvais (1),
doit vous faire prendre garde de ne les
aborder au travail que du côté que le
vent vient, de n’en point laïffer appro-
cher vos enfans , lefquels outre le mau-
-Vais air, n’en peuvent jamais apprendre
tien de bon, ni pour les mœurs, ni pour
Péducation, ni pour la Langue,
- De là je conclus qu'un pere Fran-
Çois & fa femme font bien ennemis
.de leur poftérité, lorfqu'ils donnent
à leurs enfans de telles nourricess
car le lait étant le {ang le plus pur
de la femme, il faut être maratre
pour donner fon enfant à nourrir à
une Etrangere de cette efpèce , dans
un Pays tel que la Louifiane, où les
meres ont toutes les commodités pour
fe faire fervir, pour faire porter &
accommoder leurs enfans, qui peuvent
par ce moyen, être toujours fous
leurs yeux ; il ne refte donc à la me-
(1) Ceux qui fentent le plus mauvais,
font ceux qui font les moins noirs.
À de
B44 Hifloire
re que le foible foin d’allaiter fôn
enfant & de fe décharger du lait
qui le nourrit, dl
Je ne veux:point m’amufer: à criti-
qués la molleffe & l'amour propre des
femmes qui facrifient ainfi leurs en-
fans; on voit affez. d’ailleurs combien
la Société y eft intereflée; je dirai
feulement que pour tel fervice que
ce puifle être, à la maïfon, je ne
confeille pas de prendre d’autres Ne-
gres & Negrefles, jeunes & vieux,
que des Sénégals qui- fe nomment
entreux Djolaufs, parce que de tous
les Negres que j'ai connus, ceux-ci
ont le fang le plus pur; ils ont plus
de fidélité & l’efprit plus pénétrant
que les autres, & font par conféquent
plus propres à apprendre un métier
ou à fervir; il eft vrai qu’ils ne font
pas fi robufies que les autres pour
les travaux de la terre, & pour ré-
fifter à la grande chaleur. !
Cependant les Sénégals font les
plus noirs, & je n’en ai point vüûs
qui euffent de lPodeur 3 ils font très-
reconnoiffans, & quand on fçait fe
Les attacher, on les voit facrifier leurs
propres amis pour fervir leurs maï-
tres. Îls font bpns Commandeurs des
À
| de la Louifiane. 348
autres Negres, tant à caufe de leur fidé-
lité & leur reconnoïffance, que parce
qu’ils femblient être nés pour comman--
der. Comme ils font orgueilleux, on
peut aifément les encourager à ap-.
prendre un métier ou à fervir dans.
la maïfon, par.la diftinétion qu’ils.
acquereront fur les autres Nepres, &.
la propreté que cet état leur procu-.
rera dans leurs habillemens.
Quand un Habitant veut gagner.
du bien, & conduire fon Habitation.
avec œconomie, il doit préférer fon.
Antérêt à fon plaifir, & ne doit en
prendre qu’à la dérobée; il doit être
le. premier levé & le dernier cou-
ché, afin d’avoir l'œil à tour ce qui.
fe pañle dans fon Habitation: à la.
vérité il eft de fon. interêt que fes:
Negres travaillent bien, mais d’un.
travail égal & modéré, fans les rui-
ner par des travaux violens & con=
tinuels aufquels ils ne pourroient te:
nir long-tems; au lieu.que ne les:
faifant travailler que continuellement
& tranquillement , ils ne ruinent point:
leurs forces ni leur tempéramment 5:
il arrive delà qu'ils fe. portent bien, .
*& travaillent plus long-tems & plus.
agréablement : au refte il ak CON=-
| | LYApL
3 A6 Hifloire
venir que la journée eft affez longüe
à qui travaille bien, pour mériter le
repos du foir. |
Pour les accoutumer à ce travail, :
voici de quelle maniere je my pre-
nois ; javois foin de prévoir l’ouvra-
ge quil falloit faire avant que celui
qu'ils faifoient fût fini, & j'en pré-
venois le Commandeur en leur pré-
fence, afin qu'ils ne perdifent pas le
tems, les uns à venir demander ce
qu’ils feroient & les autres à atten-
dre la réponfe ; en outre j’allois plu-
fisurs fois dans la journée les voir
par des endroits cachés, faifant fem-
blant d'aller à la chaffe ou d’en re-
venir. Si je les trouvois à s’amufer,
je les grondois; de même quand ils
me voyoient venir, s'ils travailloient
trop vite, je leur difois qu'ils fe fa-
tiguoient, & qu’ils ne pourroientcon-
tinuer un travail aufli rude pendant
tout le jour fans être harraflés, &
que je ne voulois pas qu’il en fût ainfi.
Quand je les furprenoïs à chanter
en travaillant & que je m’apperce-
vois qu'ils me découvroient, je leur
criois d’un ton joyeux : courage, mes
enfans, j'aime à vous voir le cœur
gai pendant que vous travaillez; mais
de la Louifiane. É 4}
chantez doucement , afin de ne pas
vous fatiguer, & vous aurez ce foir
un coup de Tafia (1) pour vous don-
ner des forces & de la joye; on ne
fçauroit croire l'effet que ce difcours
faifoit {ur leur efprit, par l’allégreffe
que l’on voyoit paroitre fur leur vi-
fage, & lardeur au travail. :
S'il eft à propos de ne pafler au-
cune faute eflentielle aux Negres, il
ft auffi néceffaire de ne les châtier
que lorfqu’ils l'ont mérité, après une
férieufe recherche & un examen ap.
puyé d’une certitude parfaite, fi°ce
n'eit que vous les preniez fur le fait;
-mais quand vous êtes bien convain-
cu du crime, ne faites point de gra-
ce, fous proteftation ou affurance de
leur part, ou par follicitation : châ-
tiez-les proportionnément au mal
qu'ils ont fait; cependant toujours
avec humanité, afin de les mettre
dans le cas de convenir en eux-mé-
mes qu'ils ont mérité le châtiment
qu’ils ont reçü ; un Chrétien eft in-
digne de ce nom lorfqu'il châtie avec
cruauté, comme je fçais que l’on faic
(1) Le Tafña eft une liqueur forte faite
avec le marc de fucre, que les Négres ai-
ment beaucoup.
P vj
348 Hifloire 4
dans quelque Colonie , jufques-la qu’ils :
\ réjouifient leurs conviés d’un fpeétacle |
qui tient plus de la barbarie que de
l'humanité : en fortant d’être fouettés,
faites-les bafiner aux endroits doulou-
reux avec du vinaigre, dans lequel
vous aurez mis du fel & du piment,
même un peu de poudre à tirer (1)..
Comme l'expérience nous apprend
que la plüpart des hommes nés d’une
bafle extraction & fans éducation , font
fujets au larcin dans la néceflité, il n'ya
rien de furprenant de voir des Nepres
‘voleurs lorfqu’ils manquent de tout,
comme j'en ai vüs beaucoup mal nour-
ris, mal vêtus & couchés fur la terre.
Il n’y a qu'une réflexion à faire : s'ils
font Efclaves, il eft vraiauffi qu’ils font
hommes & capables de devenir Chré-
tiens ; votre but d’ailleurs eft d’en tirer
du profit : n’eft-il donc pas. jufte d’en
avoir toutle foin qui dépend de vous ?
Nous voyons tous ceux quientendent
2 gouvernement des chevaux, avoir
une attention extraordinaire pour les
leurs, foit qu’ils foient pour la felle,
foit qu’ils foient pour le trait, Pendant
les froids ils font bien couverts, &
{:) Le Piment fe cultive dans les jardins
de là Louifiane. 349?
dans: des écuries chaudes; pendant
l'Eté ils ont une toille ou caparaçon
fur le corps pour les garantir de fa.
poufliere, en tout tems une bonne li-
tiere pour les coucher; tous les mac
tins bien nettoyés de léur fumier ,
bien étrillés & broflés, le:crin & le.
poil fait. Si on demande à ces Mat-
tres pourquoi ils fe donnent tant de:
peine pour des bêtes, ils vous répon-
dront que pour tirer un bon fervite
un Cheval, il faut en avoir beau-
e , A;
coup de foin, & que c'eft l'intérêt
dé celui à qui il appartient. Après
cet exemple peut-on efpérer du tra-
vail des Negres qui manquent bien
Æouvent du néceffaire ? peut-on exi-
ger de la fidélité d’un homme à qui
on refufe ce dont il a lé plus grand
befoin ? Quand on voit un Negre qui
travaille bien & avec zele , on a cou-
tume de lui dire pour l’encourager,
qu'on eff content de lui, & qu’il eft
un bon, Nepre: mais quand quelque
Negre qui parle François entend un.
pareil éloge, il fçait bien dire, Mon-
fu, Negre mian mian boucou trabail
boucou., quand ÎVegcre terir bon Maître
| °q 4 ;
Negre veni bon ; ce qui fignifie : Mon-
“fieur, quand un Nesre eft bien nour..
350 Hiflôire AIT ST TRES
ti, il travaille bien: & quand un Ne:
gré a un bon Maître, Je Negre de.
vient bon. Wie
- Si je confeille aux Habitans d’avoir
_&rand foin de leurs Negres, je leur
fais voir auffi que leur intérêt eft en
cela joint à l’humanité 5 Mais je ne
leur confeille Pas moins de fe méfier
toujours d’eux ; ans paroïtre les crain-
dre, parce qu’il eft auf dangereux
de faire voir à un ennemi caché qu’on
le craint, que de lui faire une injuf-
tice. ï |
Ainfi ayez pour ufage de vous bien
fermer , de ne point faire coucher au
cun Negre dans Ja même maifon eñ
état d'ouvrir votre porte; vifitez de
tems en tems vos Negres, de nuit,
à des heures & des j
afin de les tenir toujours en crainte
d'être trouvés abfens de leurs caba-
nes; tâchez de Jeu
une femme pour éviter le libertinage
& fes Mauvaifes fuites: yous devez
{çavoir qu’il fut des femmes aux Ne-
8'es, & que rien ne Jes attachent
mieux à une Habitation que les en-
fans : mais fur-tout ne fouffrez point
qu'ils quittent Jeurs femmes quand ils
en Ont fait choix d’une, & en votre
ps
- RE
N hi:
si de la Louifrane. 25
préfence ; défendez les batteries fous
peine du fouet, fans cela les femmes
en feront naître très-fouvent,
Ne fouffreze point que vos Negres
emportent leurs enfans dans la Plan=
tation quand ils commencent à mar-
cher, ce qui diftrait les meres du
travail & pâte les Plantes cultivées ;
fi vous en avez un certain nombre,
il vaut mieux employer une vieille
Neprefle à les garder dans le Camp,
à qui les meres laifflent quelque chofe
a manger pour leurs enfans, vous y
gagnerez bien plus; fur-tout ne fouf-
frez jamais qu’elles les menent au bord
de l’eau, où il y a trop à craindre.+
Pour nourrir vos Negres plus dou-
cement , il leur faut donner toutes les
femaines une petite quantité de fel
& des herbes de votre jardin pour
rendre léur Coufcou (1) plus man-
geable. | :
Si vous avez quelque vieux Negre
où quelque convalefcent, occupez-le
à la pêche, tant pour vous que pour
vos Negres, vous le regagnerez bien.
Il eft encore de votre intérêt de
(1) Le Coufcou ef une graine qu’il font
avec de la farine de Riz ou de Mahis, qui.
eft bonne & trempe bien dans le bouillon,
ss? Hifloire-
: EL
leur donner un canton de terrein neuf:
à défricher au bout du vôtre, & de
les engager à en faire un champ à, -
leur profit pour fe mettre plus bra-
ves, avec le produit que vous leur.
achetez équitablement ; il vaut mieux
qu’ils s’occupent à cela les Dimanches,.
quand il$ ne font pas Chrétiens, que
de faire pis: enfin-rien n’eft plus à
craindre. que. de voir les Negres s’af-
fembler les Dimanches, puifque fous
prétexte de calinda (ou de danfe}
s
on les verroit quelquefois s'affembler.
des trois à quatre cens enfemble faire
un efpèce de Sabbat qu'il eft toujours
prudent d'éviter, puifque c'eft dans
ces affemblées tumultueufes que fe tra-
fiquent les vols & que les criri@g fe
commettent : C’eft-là auffi que fe for-
ment .les révoltes.
Enfin avec de l'attention & de
lhumanité, on vient aifément à bout
des Negres, &on a le plaifir de ti-
rer:grand profit de leurs travaux...
Fin du Tome premier, .
Contenus en ce Volume..
CHAPITRE PREMIER.
T1 TABLISSEMENT des François
Æs Jjur la Riviere de Mobile : M, de-
_ $. Denis va au nouveau Mexique pour
faire un Traité de Commerce avec Les
Éfpagnols. pag: I
CHar. IT. Retour de M. de S. Denis:
Ce Commandant établit les Efpagnols
aux Affinais : M. de S. Denis part
de nouveau pour Mexico +. Ses trayer-
fés dans le fecond Voyage: Son re.
D EYES
CHap. ITI. Embarquement de huit
cens hommes , que la Compagnie de&
Indes envoya à la Louifiane : Arri-.
354 DES CHAPITRES. 1
vée € [éjour au Cap François : Arri- |
vée à lIfle Dauphine : Defcriprion dé
cette Îfle: Le Commandant Géneral $
3 reçoit les Conceffionnaires, 2$"
Cear. IV. Départ de L' Auteur pour
… Ja Conceffion : Deféription des en-
droits par lefquels il pale jufques à
la Nouselle Otllans 5 Pons y
tes données par le Roi, en forme d' E-
dit , en faveur de PErabliffement d'une
… Colonie à la Louifiane. 41
Lettres Patentes en forme d’Edit , por-
tant Eïtablifflement fous le nom de
_ Compagnie d'Occident , données à
Paris au mois & Août à 719: :47:
CHar. V. L'Auteur eff mis en pof-
Jefion de [on terrein: Waine crainte
que l’on a des Crocodiles : Erreur
commune fur la maniere de penfer des
Naturels: L’Auteur prend la re/olu-
tion d'aller s'établir aux Natchez, 82 -
CHarP. VI. Surprife du Fort de Pen-
Jacola par les François: Les Æfpa-
grols le reprennent : Les François
l'ayant repris le démoliffent. 03
Cap. VIT Calumet de Paix des
_ Tchitimachas : Leur Harangue au
Commandant Géneral : Ayanture
n Eten. à I10$
_ Cap, VIII, Départ de lAuiteur pour
PR REPAS
K &
TABLE ‘4er
| des Naichez : Defcription de ce Voya=
es Difficulté de convertir les Na-
. turels : Etablifflement del’ Auieur aux
: Natchez, os 2
CHar.IX. L’Auteur eft attaqué d’une
Sciatique: Entretiens [ur deux Points
d’Afironomie : L’Auteur eft guéri
par un Médecin Naturel. 129
CHar. X, Defcription Géographique
de la Louifiane : Climat de certe
Province, 138
. CHar. XI. Suite de la Deftription
_-. Géographique: La baffe Louifiane ef?
une Terre rapportée.
| ] 5 5
CHar. XII 7 gage de lAuteur au
Biloxi : Etabliffement des Concef-
. fions : L'Auteur découvre deux Mi:
. nes de Cuivre : Son retour aux Nar-
chez : Phénomene, | 166
Car. XIII. Premiere Guerre avec
les Naichez : Caufe de cette Guer-
rez: Les Naturels apportent le Cas
.lumet de Paix à l’' Auteur. 177
CHar. XIV. Serpent a fonnettes monf-
trueux : Phénoméne extraordinaires
189
Crar. XW. Le Gouverneur frrprend
les Natchez avec 700 hommes: Dif-
cours du Serpent Pique au fujet de
cetre Guerre , &° de la Paix qui l’a
PT,
356 DES CHAPITRES.
k |
- #
voit précedée : Le Médecin du Grand \
Soleil guérit Auteur d'une Fiftulela- \
crymale : Cures furprenantes des Me-
decins Naturels :: L’ Auteur envoye
a la Compagnie plus de 300 Sim- |
ples | 197
€nar. XVI. V’oyage dé Auteur dans
les Terres de la Louifiane : Il prend
des Naturels pour laecompagner =:
Teins de fon départ : Chaffe aux Din-
dôns : Decouvreurs : Signaux. 213
CHaP. XVII. Suite du Voyage dans les
terres : L’ Auteur tue un Eœuf [au-
vage : Découvreur ésaré :'Cheyreuil
blanc : Découverte du Gyps : Défcrip-
tion du lit de Auteur : Découverte.
d’une Mine de Criftal de roche : Fer-
. tilité du Pays : Abondante de gibier :
Carriere de Piätre. #0: 7 2
Car. XVIII. Suite du Voyage dans
les terres : Découverte d’un Village
de Caffors gris : L’ Auteur les’ fait
travailler : Il en tue:un : Deftrip-
tion de leurs Cabanes. 243
Cap. XIX. Suite du Voyage dans’ ies
terres : Decouverte d'une Mine de
Plomb : Kencontre d'un Voyageur.
extraordinaire : Indices ‘de ÜViines :.
Autres indices de Mines d'Or :: Re--.
: TABLE 357
tour de Auteur à Jr Habitation.
_25$
CHar. XX. De La nature. des terres de
la Louifiane : Des terres de La Mobi-
| “le: De celles de la Côte de l'Efi: Des
9 terres qui font depuis Pemboüchure du
Fleuve, S. Louis jufqu'a la nouvelle
Orléans. .: 265
“CHaAr. XXI. Qualité des terres qui r
au-deffus de la Fourche : Carriere de
Pierres à bâtir: Terres hautes de l'Efi:
Leur fertilité prodigieufe : Côte de
lOuefl:Terres de l'Oueft:Salpêtre. 281
:CHar. XXII. Qualité des terres de
la Riviere Rouge : Poftes des Nac-
æchitoches: Mine d'argent : Des ter =
res de La Riviere Noire. 295$
‘CHar. XXIIT. Ruiffeau d'eau falée:
Lacs falés : Terres de la Riviere des
Arkanfas:: Marbre rouge jafpé : Ar-
doife: Plâtre: Chaffe aux pu
Baitures du Fleuve. 07
-CHar. XXIV. Des terres dela Rivie-
re de S,. François : Mine de Mara-
mec € autres : Mine de Plomb : Pier-
re tendre femblable au Porphyre: Des
terres du Miffouri: Des terres qui font ‘
au Nord de l'Ouabache : Des terres
des Illinois: Adine de la Mothe &
‘autres, 319.
358 DES CHAPITRES.
Car. XXV. Des Negres : Du Choix «
des Negres : De leurs Maladies :
De la maniere de les traiter pour :
les guerir: De la maniere de les gou-
VerNEre sp 333
Fin de la Table des Chapitres.
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